Arabie saoudite: protéger les activistes des droits des femmes au lieu de les poursuivre

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Numéro de l'action: 
31.6
Date: 
18 Juin 2013
Date de mise à jour: 
18 Juil 2013
MISE A JOUR: 

MISE A JOUR 6 NOVEMBRE 2013 : Le 14 Juillet 2013, Wajeha Al-Huwaider et Fawzia Al-Oyouni ont déposé leur recours auprès de la cour d'appel. Si la cour d'appel confirme la décision du tribunal de district, les militantes seront emprisonnées pendant qu'elles préparent leur ultime recours. La cour d'appel n'a pas encore rendu de décision officielle et le gouvernement continue de faire pression sur Wajeha pour qu’elle ne participe pas aux campagnes de défenses des droits humains telles que la campagne Women2drive du 26 Octobre. Veuillez continuer à exhorter les autorités saoudiennes à annuler leur peine de prison et leur interdiction de voyager.


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Le 15 juin 2013, deux activistes des droits des femmes, Wajeha Al-Huwaider et Fawzia Al-Oyouni, ont été reconnues coupables de « Takhbib », une infraction à la charia, la loi islamique, qui signifie le fait d’inciter une épouse à se soustraire à l'autorité de son mari. Elles ont été inculpées en raison de leur soutien à une Canadienne et ses enfants, qui auraient été maltraités par le mari saoudien de cette dernière. Bien qu’elles n’aient pas été condamnées pour avoir tenté d'aider la femme et les enfants à fuir le pays, Wajeha Al-Huwaider et Fawzia Al-Oyouni ont été reconnues coupables d’avoir «soutenu une femme à l'insu de son mari, compromettant par là même le mariage. » Le tribunal du district d’Al-Khobar les a condamnées à 10 mois de prison et leur a interdit de quitter le pays pour une durée de deux ans après la fin de leurs peines.

AGISSEZ !

Le fait que les autorités saoudiennes aient non seulement puni ceux qui cherchent à défendre les droits humains, mais semblent également n’avoir rien fait pour enquêter sur les violences qui auraient été perpétrées par le mari, est très préoccupant et constitue une violation du droit international. Cela signifie que protéger un mari dominateur et apparemment violent est plus important que de garantir la sécurité d’une femme. Selon des rapports, c'est aussi la première fois dans l'histoire du droit saoudien qu'une interdiction de quitter le territoire a été imposée dans le cadre d’une affaire relative à des problèmes domestiques. Les activistes saoudiens s’interrogent donc pour savoir si, au lieu de l'infraction présumée, l'interdiction de quitter le pays et les peines de prison injustifiées sont liées à l’engagement de longue durée de Wajeha Al-Huwaider et de Fawzia Al-Oyouni, qui ont par exemple tenté de faire annuler l'interdiction de conduire pour les femmes.

En vertu du système saoudien de tutelle masculine, les femmes font face à un grand nombre de discriminations, tant dans la sphère privée que dans la sphère publique, et disposent d’un pouvoir de décision et d’une liberté de mouvement limités. En décembre 2008, lors d'une intervention devant le Conseil des droits de l'Homme des Nations Unies, les autorités saoudiennes ont affirmé qu’ «il n’existait aucune obligation légale exigeant une tutelle ou conditionnant la jouissance par les femmes de leurs droits à une quelconque autorisation» et que, dans le royaume saoudien, les femmes « conduisent leurs affaires en toute indépendance. » Comme le démontre cependant le jugement prononcé à l’encontre de Waheja Al-Huwaider et de Fawzia Al-Oyouni, ce n'est clairement pas le cas. La tutelle masculine demeure imposée de force par la loi, et ce même si elle est contraire aux obligations internationales de l'Arabie saoudite, notamment à la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (CEDAW).

Wajeha Al-Huwaider et Fawzia Al-Oyouni vont faire appel de leur jugement. Elles ont 30 jours à compter de la condamnation pour pouvoir le faire.

Comment agir: 

AGISSEZ !

Veuillez rejoindre Egalité Maintenant et exhorter les autorités saoudiennes à annuler l’interdiction de quitter le territoire et les peines de prison pour les deux activistes. Demandez-leur également de:

  • Les blanchir immédiatement et sans condition de toutes les accusations portées contre elles
  • Mettre en place, en consultation avec les défenseurs des droits des femmes, des mesures concrètes afin de protéger les femmes victimes de violence domestique ou risquant de l’être
  • Mettre fin au système de tutelle masculine et d’éliminer la discrimination envers les femmes et les filles, notamment en ce qui concerne l’accès à l’éducation et à l’emploi, ainsi que la capacité à faire leurs propres choix de vie
  • Protéger et promouvoir le droit des défenseurs des droits humains à militer pacifiquement.

Les courriers doivent être adressés à:

Sa majesté le roi Abdallah ben Abdelaziz al-Saoud
Royaume d’Arabie saoudite
Fax: +966-1-491-2726

Son excellence le Dr Muhammad bin Abdul El Karim Abdul Azziz El Issa
Ministre de la Justice
University Street, Riyadh 11137
Kingdom of Saudi Arabia
Fax: +966-1-401-1741

Prince Mohammed bin Naif bin Abulaziz
Minister of Interior
Fax: +966-1-1442-0057

Avec une copie à: Commission des droits de l'Homme, Fax: +966 1 461 2061, Email: info@hrc.gov.sa

Lettres: 

Cher roi Abdallah, cher ministre:

Je vous écris au sujet de la condamnation le 15 juin 2013 de Wajeha Al-Huwaider et Fawzia Al-Oyouni, deux activistes des droits des femmes qui ont été reconnues coupables de Takhbib, le fait d’inciter une épouse à se soustraire à l'autorité de son mari. Elles ont été inculpées en raison de leur soutien à une Canadienne et ses enfants, qui auraient été maltraités par le mari saoudien de cette dernière. Bien qu’elles n’aient pas été condamnées pour avoir tenté d'aider la femme et les enfants à fuir le pays, Wajeha Al-Huwaider et Fawzia Al-Oyouni ont été reconnues coupables d’avoir «soutenu une femme à l'insu de son mari, compromettant par là même le mariage. » Le tribunal du district d’Al-Khobar les a condamnées à 10 mois de prison et leur a interdit de quitter le pays pour une durée de deux ans après la fin de leurs peines.

Le fait que les autorités saoudiennes aient non seulement puni ceux qui cherchent à défendre les droits humains, mais semblent également n’avoir rien fait pour enquêter sur les violences qui auraient été perpétrées par le mari, est très préoccupant et constitue une violation du droit international. Cela signifie que protéger un mari dominateur et apparemment violent est plus important que de garantir la sécurité d’une femme. Je crois comprendre que les autorités saoudiennes ont affirmé lors de réunions internationales que le système de tutelle masculine n’était pas prescrit par la loi. Cette condamnation semble cependant indiquer le contraire.

Je vous exhorte donc à annuler immédiatement les condamnations injustifiées prononcées contre Wajeha Al-Hwaider et Fawzia Al-Qyouni en les blanchissant de toutes les accusations portées contre elles et en supprimant l'interdiction de quitter le territoire. Par ailleurs, je vous demande de mettre en place, en consultation avec les défenseurs des droits des femmes, des mesures concrètes afin de protéger les femmes victimes de violence domestique ou risquant de l’être. Enfin, veuillez protéger et promouvoir le droit des défenseurs des droits humains à militer pacifiquement.

Je vous demande respectueusement de mettre fin au système de tutelle masculine, ce qui éliminerait la discrimination contre les femmes et les filles et leur permettrait de jouir pleinement de leurs droits humains. Cela serait également en conformité avec les normes internationales ratifiées par l'Arabie saoudite, notamment la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes.

Je vous remercie de votre attention.

Cordialement,

Pour copie: La Commission des droits de l’Homme - email: info@hrc.gov.sa