La Proclamation de
Bruxelles
La rencontre du Sommet des Femmes Afghanes pour la
Démocratie a eu pour résultat les revendications
suivantes relatives à la reconstruction de l'Afghanistan:
L'EDUCATION, LES MEDIAS ET LA CULTURE
Les infrastructures de l'Afghanistan ont été
anéanties depuis les 23 dernières années. Le
peuple de l'Afghanistan a perdu ses droits humains fondamentaux, y
compris le droit de vivre, de recevoir une éducation et de
travailler, de même que le droit à sa culture. Deux
générations d'Afghans sont analphabètes et aucun
système de scolarisation adéquat n'était
disponible dû à la guerre et à un régime
répressif, ce dernier ayant interdit aux filles d'aller
à l'école tout en n'enseignant aux garçons que
les principes de l'Islam "politique," de sorte qu'ils aient subi un
lavage de cerveau, et soient devenus des extrémistes. Ces
idées sont en opposition avec les valeurs islamiques.
Les Afghanes ont grand besoin d'éducation et d'information
par voie de transmission par les médias. L'éducation,
l'information et la culture rendent la femme plus puissante. Ce sont
les femmes qui forment la société; il faut qu'elles
reçoivent une éducation et qu'elles aient accès
à l'information afin de pouvoir élever des enfants
responsables. Les femmes devraient participer pleinement au
développement actuel et futur de l'Afghanistan.
Il nous faut réouvrir les écoles dans les villes
principales de l'Afghanistan, à commencer par Kabul, la
capitale, et restaurer au peuple notre héritage culturel. Il
faudrait en particulier nous occuper des orphelins des rues, en ce
qui concerne leur abri et leur éducation.
Il nous faut faire renaître l'espoir de notre peuple, en
leur offrant un brillant avenir. Il est de notre devoir en tant
qu'Afghanes d'aider et d'appuyer notre peuple afin de mettre en
évidence l'apport important des Afghanes en tant que
porte-flambeau d'une culture en danger.
Voilà 23 ans que le peuple afghan vit dans le noir. Nous,
les Afghanes, devrions conjuguer nos efforts pour édifier une
sociéte civile dans notre pays et pour restaurer les valeurs
démocratiques par le biais de l'éducation et de la
culture. L'éducation et la culture dépassent la
réalité de nos vies. Leur pouvoir curatif et leur
énergie créative pourraient servir de catalyseur de
paix et d'antidote aux blessures nationales, en protégeant
notre héritage culturel contre le risque de disparition. En
ressuscitant l'éducation et la culture, nous, les Afghans,
pourrons tous avoir quelque chose en commun à partager et pour
nous unir.
Recommandations
- Envoyer un groupe de femmes en Afghanistan pour y
évaluer l'état des écoles.
- Dresser un plan d'urgence visant la réouverture des
écoles d'ici mars 2002 pour les filles comme pour les
garçons, et la reconstruction des écoles
endommagées ou détruites.
- Réouvrir les établissements d'enseignement
supérieur.
- Subvenir à tous les besoins nécessaires des
écoles pour qu'elles puissent fonctionner
correctement.
- Transférer aux écoles les étudiants qu'on
instruit à domicile.
- Offrir un programme d'enseignement compréhensif,
basé sur les modèles internationaux et sur un
matériel pédagogique et scolaire pertinent.
- Offrir une formation aux enseignants, y compris des cours de
rattrapage.
- Etablir des structures pour abriter et pour instruire les
orphelins.
- Garantir des salaires équitables pour tout le corps
enseignant.
- Inclure des membres du corps enseignant dans le
ministère de l'Education.
- Assurer l'inclusion dans l'éducation de cours de
résolution de conflit.
- Assurer l'évaluation de la situation en Afghanistan par
les journalistes afghans qui vivent à
l'étranger.
- Reconstruire les satellites de télévision et les
stations de radio, particulièrement dans les villes
principales d'Afghanistan déjà
équipées.
- Fournir des caméras et l'équipement
nécessaire.
- Offrir une formation au personnel dans le domaine technique et
le domaine de la production.
- Récupérer et racheter nos oeuvres
littéraires anciennes réparties autour du monde,
avec l'aide de l'Unesco et de donateurs particuliers.
- Réimprimer les livres rares de littérature, de
poésie, etc.
- Traduire en anglais et en d'autres langues la
littérature afghane, pour que les enfants afghans qui
vivent à l'étranger puissent retrouver leur
identité culturelle.
- Etablir un système de distribution de prix en
littérature pour les jeunes écrivains,
poètes, et artistes.
LA SANTE
Les femmes devraient participer pleinement au développement
actuel et futur de l'Afghanistan, particulièrement dans le
domaine de la santé. Nous nous proposons de conduire une
enquête compréhensive afin de relever et de signaler de
façon précise les besoins médicaux au cas
où le soutien matériel se présente. Afin de
pouvoir conduire une enquête compréhensive dans les
domaines suivants, les membres du groupe demandent à la
Commission Européenne et aux organisations d'aide
internationale de subventionner une équipe pour conduire une
enquête qui porterait sur les besoins médicaux des
Afghans.
Recommandations
- Fournir de l'équipement médical critique, des
médicaments et des vitamines.
- Reconstruire le système de la distribution d'eau et le
système sanitaire.
- Rétablir les programmes d'aide alimentaire.
- Effectuer des programmes de vaccination.
- Envoyer des équipes médicales en Afghanistan
pour donner une formation pratique aux médecins afghans et
à d'autres membres du corps médical afghan, et pour
leurs servir de guides.
- Offrir aux médecins afghans et à d'autres
membres du corps médical afghan la possibilité de
suivre une formation à l'étranger.
- Offrir des bourses aux étudiants en médecine
pour faire des études à l'étranger.
- Sensibiliser le public--au moyen des médias et de la
distribution de la documentation relative à la
santé--aux questions suivantes, entre autres: la
santé de la mère et de l'enfant, la malnutrition,
l'hygiène, les maladies contagieuses, le Sida et autres
maladies sexuellement transmissibles.
- Rétablir les centres de santé dans les zones
urbaines et régions rurales.
- Rétablir les centres et programmes de formation pour le
corps médical.
- Reconstruire les facultés de médecine à
Kabul, à Hérat, à Nengrahar et à
Mazar-i-Sharif.
- Réhabiliter l'hôpital psychiatrique de
Kabul.
- Etablir d'avantage de centres orthopédiques pour les
handicapés.
- Etablir d'avantage de centres médicaux pour traiter la
malaria et la leshménie.
- Etablir dans les écoles des centres de santé et
de services de conseils.
- Offrir des programmes de planning familial.
- Reconstruire les laboratoires médicaux et en
établir des nouveaux.
- Réintroduire l'assurance médicale.
- Etablir des centres pour les séropositifs,
sidéens et toxicomanes.
- Etablir des banques du sang.
LES DROITS HUMAINS ET LA CONSTITUTION
En faisant référence à la Declaration
Universelle des Droits de l'Homme des Nations Unies, au Programme
d'Action de Pékin, à la Convention des Nations Unies
sur l'élimination de toutes les formes de discrimination
à l'égard des femmes, au Programme d'Action du Caire,
et à la Convention contre la torture et autres peines ou
traitements cruels, inhumains ou dégradants des Nations Unies,
nous, les participantes au Sommet des Femmes Afghanes pour la
Démocratie, faisons les recommandations suivantes:
Recommandations
- Faire dépendre tout soutien de la part de la
communauté internationale, y compris le soutien financier
sur les des droits de la femme et du traitement des femmes.
- Cesser de faire servir le Pakistan de mandataire pour
l'Afghanistan et par conséquence reconnaître
l'Afghanistan comme Etat indépendant aux cours des
négotiations de reconstruction.
- Garantir la reconnaissance des personnes
déplacées retournant en Afghanistan comme citoyens
légitimes de l'Afghanistan.
- Inclure les femmes de façon centrale dans la Loya
Jirgah (Grande Assemblée), dans tous les processus de
paix et dans toutes les questions relatives à la
reconstruction.
- Inclure les avocates afghanes dans la rédaction d'une
nouvelle constitution basée sur la Constitution de 1964 et
dans les cadres juridiques résultants.
- Accorder de l'attention de façon critique sur le
désarmement dans toutes les régions d'Afghanistan,
et mener une campagne de grande envergure pour faire retirer les
mines terrestres.
- Assurer que les principes de la non-discrimination relative
aux sexes, à l'âge, à l'appartenance ethnique,
à l'handicap, à la religion, et aux attaches
politiques en ce qui concerne les droits politiques, sociaux,
culturels, civils, et économiques, sous tout aspect, soient
au centre du nouveau système juridique.
- Assurer la protection des femmes vis-à-vis des mariages
forcés et/ou précoces, du harcèlement sexuel,
du trafic humain, et de toutes autres sortes de traitements
abusifs.
- Assurer que les femmes et les filles vivent en
sûreté et en sécurité.
- Assurer l'égalité des droits pour la femme, y
compris le droit de vote, le salaire équitable, le droit
à l'emploi, l'accès égal à
l'éducation et aux soins médicaux.
- Mettre fin au travail des enfants et au recrutement des
enfants dans l'armée.
- Engager un maximum d'expertes afghanes, utilisant leurs
connaissances et leurs expériences.
- Mettre en place une coalition qui recouvrira un grand nombre
d'organisations, lesquelles travailleront conjointement sur des
projets ou des programmes.
- Faire passer les fonds des donateurs par les organisations non
gouvernementales (ONGs) afghanes; établir un système
transparent de responsabilité financière.
- Garantir l'examen de la participation économique des
acteurs régionaux dans le contexte de la promotion d'une
paix viable.
LES REFUGIES ET LES FEMMES DEPLACEES A L'INTERIEUR DU
PAYS
Selon le Commissariat des Nations Unies pour les
Réfugiés, depuis les deux dernières
décennies les réfugiés afghans constituent la
plus grande population de réfugiés au monde. Par suite
de la guerre actuelle en Afghanistan, environ 300.000
réfugiés de plus se sont joints à la population
des réfugiés. Plus de 65% des réfugiés
sont des femmes et des enfants. Les réfugiés afghans
disposent de droits très limités dans leur premier pays
d'asile, particulièrement dans les pays voisins, y compris les
pays de l'Asie centrale. La sécurité de la plupart des
réfugiés, et particulièrement des
réfugiées, est extrêmement limitée. Dans
les circonstances actuelles, en raison de la présence de mines
terrestres et de la destruction de l'infrastructure dans les
régions résidentielles, l'Afghanistan n'est pas en
mesure de fournir des conditions de vie viables. Les conditions
politiques et les conditions relatives à la
sécurité en Afghanistan ne sont pas estimées
sûres pour certains réfugiés. Ces
réfugiés, qui ne peuvent pas rentrer et qui ont besoin
de la protection internationale selon la Convention de Genève
de 1951, devraient être installés dans une nouvelle
région comme moyen de protection.
Recommandations
- Eviter le repatriement forcé, puisqu'il viole les
droits fondamentaux de l'homme, selon les réglements
relatif au repatriement du Commissariat des Nations Unies pour les
Réfugiés.
- Développer une solution durable quand au repatriement
des réfugiés qui ne peuvent pas rentrer en
Afghanistan pour des raisons de sécurité.
- Augmenter le nombre de programmes éducatifs,
générateurs de revenus, le nombre de programme de
formation et pour le perfectionnement des compétences pour
répondre aux besoins particuliers des
réfugiés et des femmes et des enfants
déplacés à l'intérieur du pays.
- Subvenir aux besoins vitaux des femmes réfugiées
et déplacées à l'intérieur du pays,
besoins essentiels à l'existence humaine. Ces besoins
comprennent:
- La sécurité et la protection
- Les services de santé
- L'éducation sur la prévention des maladies
sexuellement transmissibles
- L'éducation sur la contraception et le planning
familial