Jordanie: Efforts nationaux pour affronter les "meurtres d'honneur" et pour protéger les femmes de la violence

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Date: 
1 Déc 2000

Honor KillingsUne femme a été tuée à coups de couteau parce qu'elle voulait continuer ses études et qu'elle a refusé d'épouser l'homme que sa famille a choisi pour elle. Une seconde a été abattue de cinq coups de fusil parce qu'elle s'est enfuite de son mari, qui la battait et la violait sans arrêt. Une troisième a été étranglée la nuit de ses noces, quand son mari a découvert qu'elle n'était plus vierge. Une quatrième a été égorgée parce que son mari la soupçonnait d'adultère - il l'avait vue parler avec un homme de leur village. Une jeune fille a été battue à mort par son frère cadet parce que son frère aîné l'avait violée. Ces femmes et ces filles n'avaient personne à qui recourir et aucun endroit où se cacher. Il n'y a pas de centre d'accueil pour les femmes en Jordanie. Il n'existe que des prisons d'Etat pour les femmes, où on les incarcère pour les mettre à l'abri - à l'abri de leurs propres familles. Par ironie, leur libération ne peut être obtenue que par un parent.

TCes meurtres sont fondés sur la croyance que la femme est la propriété de sa famille. Si la vertu de la femme est mise en doute, quelle que soit la raison, ou si la femme refuse d'obéir à son père, à son mari, ou à son frère, la famille serait "déshonorée," et il faudrait qu'un membre de la famille tue cette femme pour rétablir la réputation de la famille dans la communauté. Selon le Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP), jusqu'à 5.000 femmes et filles chaque année seraient tuées par des parents dans des prétendus "meurtres d'honneur" autour du monde. Selon le FNUAP, on a signalé de tels crimes au Bangladesh, au Brésil, en Egypte, en Equateur, en Inde, en Israël, en Italie, en Jordanie, au Maroc, en Ouganda, au Pakistan, au Royaume-Uni, en Suède, et en Turquie. Dans beaucoup de pays ces meurtres sont sanctionnés par la société, et les tueurs sont traités avec indulgence. Dans certains pays, comme la Jordanie, des "crimes d'honneur" sont également sanctionnés par le système juridique. L'article 340 du Code pénal de la Jordanie stipule l'exemption de la peine si un homme tue sa femme ou parente après l'avoir prise "sur le fait d'adultère avec autrui." Il stipule une peine moins lourde si un homme tue sa femme ou parente après l'avoir découverte "avec autrui dans un lit illicite." Un autre sujet de préoccupation, c'est la façon dont on utilise d'autres articles du Code pénal, lesquels stipulent des peines moins lourdes dans les cas où il y aurait eu de la "provocation," pour réduire les sentences de beaucoup d'auteurs des prétendus "crimes d'honneur."

La Campagne nationale pour supprimer les prétendus crimes d'honneur, mouvement jordanien puissant et qui s'agrandit, mène une campagne active pour mettre fin à ces crimes. Une pétition demandant l'adoption d'un projet de révision du Code pénal qui abrogerait l'article 340 a recueilli plus de 15.000 signatures. La pétition a été présentée au parlement par la Campagne le 21 août 1999, après une marche publique et un rassemblement. Des membres de la famille royale jordanienne, y compris la reine Noor et la reine Rania, ainsi que des ministres du gouvernement de haut niveau, ont condamné les "meurtres d'honneur," et ont également demandé l'adoption du projet de révision du Code pénal. Dans une interview télévisée l'année dernière, la reine Rania a dit, que "Les crimes d'honneur n'ont aucun fondement religieux. Ce n'était pas une pratique acceptable au feu roi, et ce n'est pas non plus acceptable à Sa Majesté le Roi Abdullah." Au début de l'année, le roi Abdullah a chargé le Premier ministre de modifier toute loi qui "fait de la femme l'objet de discriminations et qui est injuste envers elle."

Le gouvernement de Jordanie a récemment institué un Département de Protection de la Famille à l'intérieur de la police, pour aborder les problèmes de la violence familiale et des violences sexuelles. Le gouvernement a aussi soumis le projet de révision de l'article 340 du Code pénal. Pourtant, le parlement a été jusqu'à présent impuissant à faire adopter cet amendement. Quoiqu'il soit appuyé par le Sénat (la Chambre haute), la Chambre basse l'a deux fois repoussé, le plus récemment le 26 janvier 2000. Dans les débats de la Chambre basse, Mahmoud Kharabsheh, membre de la Commission des Affaires juridiques de la Chambre, a dit que l'amendement constitue "une invitation à l'obscénité," et que "ce sont les femmes qui prennent l'initiative et qui font preuve de consentement à l'adultère."

L'article 340 constitue une violation manifeste des traités internationaux que la Jordanie a ratifiés, y compris le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et la Convention des Nations unies sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes, traités qui prévoient l'égalité de protection et l'égalité tout court pour les femmes selon la loi. L'article 340 est également incompatible avec les engagements contractés au Programme d'Action de Beijing pour supprimer toute législation qui fait de la femme l'objet de discriminations. A la Session spéciale de l'Assemblée générale de l'Organisation des Nations unies pour faire le bilan de Beijing + 5, les gouvernements ont consenti à élaborer, adopter et appliquer des lois, de la politique, et des programmes pour supprimer la pratique des prétendus "meurtres d'honneur."

Comment agir: 

Veuillez écrire au président de la Chambre basse du parlement et l'exhorter à appuyer tous les amendements au Code pénal pour que ce Code assure l'égalité et la justice, et qu'il sauvegarde la valeur de toute vie humaine. Faites observer que les "meurtres d'honneur" sont une violation des droits humains fondamentaux, y compris le droit de vie et de sécurité personnelle, et le droit d'égalité de protection selon la loi.

Veuillez écrire aussi au ministre du Développement Social témoignant de votre inquiétude au sujet de l'absence de centres d'accueil et d'autres services de soutien pour les femmes. Exhortez-la à protéger ces femmes en créant des centres d'accueil, en autorisant les ONGs à les créer, et en mettant en place des services de soutien suffisants autour du pays pour les femmes menacées de violence et de mort.

 

Son Excellence Abd al-Hadi al-Majali
Président de la Chambre basse du Parlement
B.P. 72
Amman, JORDANIE
Fax: 962-6-568-5970

Son Excellence Tamam al-Ghwol
Ministre du Développement Social
B.P. 6720
Amman, JORDANIE
Fax: 962-6-593-0687