L'Esclavage au Ghana: La Tradition Trokosi

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Numéro de l'action: 
14.3
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Date: 
1 Mai 2002

Selon la tradition trokosi pratiquée dans le sud-est du Ghana, des filles vierges sont données aux prêtres du village comme moyen d'apaiser les dieux pour des crimes commis par des membres de la famille. Le mot trokosi veut dire en langue ewe, «les esclaves des dieux». Une fois donnée au prêtre, une fille lui appartient, et elle est obligée de faire des travaux ménagers pour lui comme la cuisine et la lessive, de même que de travailler la terre et de chercher de l'eau. Après le commencement de la menstruation, l'esclavage des trokosi comporte aussi la servitude sexuelle.

En mars 1998, Egalité Maintenant a lancé une campagne exigeant l'interdiction de la pratique et la libération des trokosi. Plus tard dans l'année, le gouvernement du Ghana a voté une loi interdisant la pratique. Egalité Maintenant a accueilli avec plaisir cette nouvelle, de même que celle de la libération ultérieure d'environ 2.800 filles. Dans son Action Femmes de 1998 sur la pratique trokosi, Egalité Maintenant a mis en avant le cas d'Abla Kotor (voir la photo ci-dessus). A l'âge de 12 ans, on l'a donnée à un prêtre local comme expiation du viol dont a résulté sa naissance - le viol de sa mère par l'oncle de sa mère. Bien que d'autres trokosi aient été libérées du lieu saint Awlo-Korti où était asservie Abla, elle continua à habiter le lieu saint après l'adoption de la loi, effectivement sous l'autorité du prêtre, parce que sa tante craignait qu'autrement la malédiction des dieux poursuive de nouveau la famille. Heureusement, Abla a maintenant quitté le lieu saint, et elle habite chez un oncle dans l'ouest du Ghana, où elle va à l'école.

Beaucoup d'entre celles qui furent libérées des lieux saints se font aider par l'organisation non-gouvernementale International Needs Ghana [Besoins internationaux Ghana], qui est au cœur de la libération et de la réhabilitation des trokosi. L'organisation négocie le retour des femmes et des filles à leurs familles ou dans leurs communautés, en leur fournissant un logement et de la nourriture, ainsi que des services de conseils, de l'instruction, et des formations en compétences génératrices de revenus. L'organisation pour les droits de l'homme Survivors For Change [Rescapées pour le changement], fondée par des rescapées de la pratique trokosi, préconise aussi l'application de la loi qui interdit la pratique, en lançant sa propre campagne qui vise des divers ministères gouvernementaux et en cherchant le soutien des ambassadeurs internationaux installés à Accra.

Malgré ces progrès favorables, Egalité Maintenant est profondément inquiète que, trois ans après l'interdiction de la pratique trokosi par le gouvernement ghanéen, plusieurs milliers de filles et de femmes seraient toujours asservies comme trokosi. Selon les rapports, certains groupes traditionalistes au Ghana entraveraient la libération des trokosi. Un groupe, nommé Afrikania Mission, soutient que la pratique fait partie de la culture et que la loi ne devrait pas détruire sa culture. Ce groupe ferait pression pour mettre obstacle à l'application de la loi, et il aurait persuadé certains prêtres que cela serait leur droit de continuer la tradition.

Il semblerait que le travail de l'organisation International Needs Ghana est aussi entravé par plusieurs descriptions inexactes de la pratique trokosi émis par le gouvernement américain, lesquelles minimisent la sévérité de la pratique et auraient influencé certains donateurs de sorte qu'ils arrêtent de soutenir les efforts de l'organisation International Needs Ghana pour mettre fin à la pratique trokosi. Les rapports du ministère des Affaires étrangères sur les droits de l'homme et sur les libertés du culte pour 2001 diffèrent considérablement de ceux publiés dans les années précédentes; il est intéressant de noter dans un de ces rapports, qu'aux mois de mai et de juillet 2001, des hauts fonctionnaires de l'ambassade des Etats-Unis se sont entretenus avec les dirigeants de la Mission Afrikania «pour découvrir leurs opinions sur la liberté du culte dans le pays,» et qu'ils ont signalé que «les dirigeants de la Mission ont exprimé leur gratitude pour la visite… »

Cent trente prêtres trokosi, qui ont libéré toutes les trokosi de leurs propres lieux saints et qui s'opposent maintenant à la pratique, étaient tellement furieux par les inexactitudes des rapports du gouvernement américain, qu'ils se sont réunis le 4 janvier 2002 pour réfuter en termes très précis les affirmations du gouvernement américain. Le ministère des Affaires étrangères prétend, par exemple, que la pratique trokosi est une pratique religieuse «qui comporte une période de servitude durant jusqu'à 3 ans,» et qu' «il n'existe aucune évidence que les sévices sexuels constituent une partie enracinée ou systématique de la pratique.» Les prêtres trokosi ont soutenu, par contraste, qu' «une fois qu'une fille est envoyée en servitude trokosi, elle est trokosi jusqu'à sa mort. Après sa mort, il faut qu'elle soit remplacée par sa famille,» et que les trokosi «font les travaux ménagers pour nous les prêtres, elles satisfont nos désirs sexuels et elles travaillent dans nos fermes pour assurer notre sécurité économique.» Les prêtres ont également affirmé que « les filles n'ont absolument aucun droit de décider qui dans le lieu saint devrait avoir des rapports sexuels avec elle, ou quand…» et, qu'une partie «de la logique du choix du sexe féminin comme l'objet de réparation est pour pourvoir au plaisir sexuel de ceux qui servent la divinité.» Egalité Maintenant a soulevé à plusieurs reprises auprès du ministère des Affaires étrangères son souci que le gouvernement américain déforme la pratique trokosi, mais on n'a pas à ce jour reçu de réponse substantielle.

En plus de la loi de 1998 qui criminalise explicitement la pratique trokosi comme forme d'esclavage, la pratique trokosi viole la constitution ghanéenne, et en particulier, l'Article 14, qui stipule que «Toute personne a droit à la liberté personnelle,» et l'Article 16, qui stipule qu' «Aucune personne ne sera réduite en esclavage, à l'asservissement, ou à faire du travail forcé.» De même, de nombreux traités internationaux relatifs aux droits humains interdisent l'esclavage; en particulier, la Convention relative à l'esclavage, la Convention supplémentaire relative à l'abolition de l'esclavage, de la traite des esclaves, et des institutions et pratiques analogues à l'esclavage, et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, traités qui ont tous été ratifiés par le Ghana. Bien que des hauts fonctionnaires du gouvernement ghanéen aient exprimé leur opposition à la pratique, et qu'un nouveau gouvernement, arrivé au pouvoir en 2001, ait déclaré son engagement à respecter les droits de l'homme, il est clair que jusqu'ici les mesures prises pour assurer la libération du reste des trokosi sont inadéquates. Aucunes poursuites judiciaires n'ont été engagées en vertu de la loi de 1998.

Comment agir: 

Veuillez écrire aux hauts fonctionnaires ci-dessous. Exprimez votre souci que des milliers de trokosi soient toujours asservies dans des lieux saints malgré la loi de 1998 interdisant la pratique. Demandez que le gouvernement prenne des mesures immédiates pour assurer la libération immédiate de toutes les trokosi, et des dispositions pour leur soutien matériel, leur éducation, leur retour à leurs familles, et leur réintégration dans leurs communautés. Exhortez le gouvernement à donner immédiatement l'ordre formel à la police du pays entier d'appliquer la loi, et d'engager des poursuites judiciaires contre les lieux saints qui gardent des trokosi en violation de la loi de 1998.

Son Excellence le Président
M. J.A. Kufour
Département du Président
Maison d'Etat/State House
Accra, GHANA
Fax: +233 21 676934

Ministre de la Justice
L'hon. Nana Akuffo Addo
Ministère de la Justice & Procureur Général
B.P. M 60, Ministères
Accra, GHANA
Fax: +233 21 667609

Veuillez écrire également au ministre des Affaires étrangères des Etats-Unis, Colin Powell, en exprimant votre inquiétude à l'égard de la déformation apparente de la pratique trokosi par le gouvernement américain, au détriment de ceux qui travaillent pour mettre fin à cette pratique. Demandez qu'il prenne immédiatement des mesures pour corriger cette déformation apparente et pour réaffirmer que la pratique trokosi est une grave violation des droits de l'homme:

Ministre des Affaires étrangères Colin Powell
Ministère des Affaires étrangères
Washington DC 20520, USA
Fax: +1 202 261 8577