Ghana: La promulgation de législation criminalisant la tradition d'esclavage trokosi

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Date: 
1 Jan 1999
Abla Kotor
Abla Kotor, Photo autorisée par Robert Grossman/NYT Pictures

Le 12 juin 1998, le Parlement ghanéen a voté un amendement du Code pénal, en y ajoutant l'article 314A, lequel criminalise toute forme d'esclavage rituel ou coutumier. La nouvelle loi, que le président a signée en septembre 1998, stipule le suivant:

(1) Quiconque

(a) envoie ou reçoit une personne dans quelqu'endroit que ce soit, dans l'intention de réduire cette personne en esclavage rituel ou coutumier, ou au travail forcé relatif au rituel coutumier, quel que soit la forme que prend cet esclavage ou ce travail forcé; ou,
(b) qui, dans cette même intention, prend part à une activité rituelle ou coutumière relative à une personne, ou qui est impliqué dans une telle activité commet un délit et à condamnation, sera sujet à l'emprisonnement pour un terme de pas moins de trois ans.

(2) Dans cet article, être "impliqué dans" signifie -

(a) envoyer, emmener, consentir à emmener ou recevoir une personne dans quelqu'endroit que ce soit, pour y exécuter le rituel coutumier; ou
(b) conclure un accord, soit écrit soit oral, qui aurait pour but de faire subir un des participants à l'accord, ou toute autre personne, à l'exécution du rituel coutumier; ou
(c) assister à une activité liée à l'exécution du rituel coutumier.

Cette nouvelle législation criminalise la pratique trokosi, voisine de l'esclavage, selon laquelle les familles donnent des filles vierges aux prêtres comme sacrifices expiatoires, afin d'apaiser les dieux pour des crimes commis par d'autres membres de la famille. Le mot trokosi veut dire en langue ewe, "les esclaves des dieux." Une fois donnée à un prêtre, une fille lui appartient. Les devoirs de la fille par rapport au prêtre comprennent des travaux ménagers comme la cuisine et la lessive, aussi bien que le travail aux champs. Après le commencement de la menstruation, l'esclavage des trokosi est de nature sexuelle aussi. Il arrive souvent qu'on trouve des trokosi avec dix à quinze enfants.

Le 10 octobre 1998, International Needs Ghana, une organisation pour les droits humains qui travaille activement pour réaliser la libération de trokosi individuelles et pour promouvoir la nouvelle législation, a organisé une cérémonie de libération dans le district Ketu de la région Volta. Les prêtres de 17 lieux saints se sont réunis pour libérer en tout 115 filles et femmes trokosi. Les commissaires des Droits humains et de la Justice administrative ont assisté à la cérémonie, aussi bien que 200 à 300 personnes qui sont venus être témoins de l'événement. Jusqu’à présent, International Needs Ghana a négocié la libération de plus de 1.000 femmes et filles, venant de 32 lieux saints au Ghana.

Dans son Action Femmes sur la tradition trokosi publiée en mars 1998, Egalité Maintenant a mis en lumière le cas d'Abla Kotor. A l'âge de 12 ans, on a donnée Abla à un prêtre local pour expier le viol dont a résulté sa naissance - le viol de sa mère, par l'oncle de sa mère. Malheureusement, Egalité Maintenant ne peut pas vous annoncer la nouvelle de la libération d'Abla Kotor. Le lieu saint Awlo-Korti, où Abla avait été réduite en esclavage en tant que trokosi, a été libéré, mais aucun membre de sa famille n'est venu la chercher, on présume par peur de la tradition. Abla a maintenant 13 ans, et les efforts de la part d'International Needs pour que sa garde lui soit confiée n'ont pas réussi. Abla ne travaille plus pour le prêtre au lieu saint, et va maintenant à l'école du village, mais elle habite toujours au lieu saint, et reste en fait sous l'empire du prêtre. Egalité Maintenant est en contact avec des hauts fonctionnaires au Ghana, aussi bien qu'avec International Needs, dans le but d'assurer qu'Abla Kotor soit confiée à la garde de quelqu'un qui prendrait soin d'elle et qui assurerait sa sécurité.

Comment agir: 

Veuillez écrire au président de Ghana, et lui remercier d'avoir soutenu la législation criminalisant la pratique trokosi. Exhortez-le à assurer que l'attention des communautés locales soit attirée sur cette législation, et qu'elle atteigne son but, de mettre fin à la tradition trokosi. Veuillez aussi le prier d'intervenir dans le cas d'Abla Kotor, afin de faciliter les efforts de la part d'International Needs pour la libérer du lieu saint Awlo-Korti. Les lettres devraient être envoyées à:

Son Excellence Jerry John Rawlings
Président de la République de Ghana
Le Château-Osu
Accra
GHANA