L'Esclavage au Ghana: La Tradition Trokosi

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Date: 
1 Mar 1998

Abla Kotor

Abla Kotor a treize ans. A l'âge de 12 ans, on l'a donnée à un prêtre local pour expier le viol dont a résulté sa naissance - le viol de sa mère, par l'oncle de sa mère. Dès qu'Abla Kotor aura eu trois cycles menstruels, elle sera presque certainement violée par le prêtre à qui on l'a donnée. Pendant ce temps, elle travaille dans les champs et les terres arables du prêtre, et elle fait le ménage et la cuisine pour lui. Elle est une parmi des milliers de jeunes filles dans le sud-est du Ghana réduites en esclavage par la tradition trokosi. Selon cette tradition, les familles donnent des filles vierges aux prêtres comme sacrifices expiatoires, afin d'apaiser les dieux pour des crimes commis par d'autres membres de la famille. Le mot trokosi signifie en langue ewe, "les esclaves des dieux." Une fois donnée à un prêtre, une fille lui appartient. Il existe deux catégories de trokosi: celles qui peuvent être affranchies après qu'elles seraient arrivées au terme spécifié de leur engagement (d'ordinaire, de trois à cinq ans), et, celles qui sont engagées à vie. Si une fille meurt, ou si le prêtre se lasse d'elle, la famille de la fille doit la remplacer. Pour expier les crimes graves, des familles livrent aux prêtres des générations de filles, en expiation perpétuelle. Même dans le cas où une fille est affranchie, selon la tradition, une trokosi est mariée à vie avec le dieu, et on peut donc l'exiger à tout moment après sa libération de rendre service au lieu saint consacré au dieu. Beaucoup de trokosi affranchies sont dans l'impossibilité de se marier, et restent concubines du prêtre, et d'autres hommes, jusqu'à la fin de leurs jours. Quand un prêtre est mort, ses trokosi sont passées à son successeur.

Selon l'organisation pour les droits humains International Needs Ghana (Besoins internationaux Ghana), qui travaille pour la libération et la réhabilitation des trokosi, il se peut que la pratique tire ses origines de la guerre et du rôle des dieux dans l'assurance de la victoire. Dans le temps, quand les hommes sont allés à la guerre, ils visitaient des lieux saints consacrés aux dieux pour se fortifier, et faisaient voeu de donner des femmes aux lieux saints quand ils auraient survécu à la guerre. On dit aussi que des filles ont été données aux lieux saints afin de solliciter l'aide des dieux pour avoir des enfants. Les rites d'initiation des trokosi signifient le mariage avec un dieu et avec son délégué, le prêtre. Les rites que célèbrent les trokosi comprennent l'agenouillement auprès du prêtre au lieu saint, le battement de mains, et le chant. Les filles sont aussi chargées d'aller chercher l'eau sacrée qu'on emploie au lieu saint. D'autres devoirs par rapport au prêtre comprennent des travaux ménagers comme la cuisine et la lessive, aussi bien que le travail aux champs. Après le commencement de la menstruation, l'esclavage des trokosi est de nature sexuelle aussi. Il arrive souvent qu'on trouve des trokosi avec dix à quinze enfants. Les trokosi sont privées d'accès à l'éducation et à d'autre formation. Leur nourriture et leurs vêtements doivent être fournis par leurs familles.

International Needs Ghana travaille activement pour promouvoir la législation au Ghana qui criminaliserait la tradition trokosi. Le 16 janvier 1998, a été présenté un projet de loi au Parlement, aux stipulations suivantes:

Quiconque qui envoie ou reçoit une personne dans quelqu'endroit que ce soit, dans l'intention de réduire cette personne en esclavage rituel ou coutumier, ou au travail forcé relatif à du rituel coutumier, quel que soit la forme que prend cet esclavage ou ce travail forcé; ou, qui, dans cette même intention, prend part à une activité rituelle ou coutumière relative à une personne, ou qui est impliqué dans une telle activité -- sera coupable d'un crime, et la condamnation, sera sujet à l'emprisonnement pour un terme de pas moins de trois ans.

Ce projet de loi, l'Amendement du Code pénal, comprend un nombre d'autres stipulations relatives au Code pénal. Le projet de loi a été soumis à la commisson d'enquête parlementaire constitutionnelle, judiciaire, et législative pour être débattu, où il est à présent en instance.

International Needs Ghana s'efforce aussi de réaliser la libération de trokosi individuelles, et annonce que, par suite d'une campagne intensive de sept ans avec plusieurs organisations pour les droits humains, jusqu'à dix lieux saints consacrés aux dieux ont complètement abandonné la pratique trokosi, ce qui a eu pour résultat la libération de 436 femmes et filles. Pour remplacer le revenu perdu en libérant les trokosi, on a mis à la disposition des lieux saints d'autres méthodes, comme l'élevage, pour les rendre financièrement indépendants. International Needs Ghana a aussi aidé beaucoup d'entre les femmes et filles libérées à être scolarisées et à recevoir une formation professionnelle, afin qu'elles deviennent financièrement indépendantes. L'organisation a récemment introduit un programme micro-crédit afin de favoriser les chances de réussite, et d'assurer la viabilité de ses activités économiques. De l'assistance psychosociale est aussi offerte, pour aborder le trauma provoqué par l'expérience trokosi.

La pratique trokosi est une forme d'esclavage, et viole en tant que telle la constitution ghanéenne. L'Article 14 de la Constitution stipule que, "Toute personne a droit à la liberté personnelle," et l'Article 16 de la Constitution stipule qu' "Aucune personne ne sera réduite en esclavage, à l'asservissement, ou à faire du travail forcé." De même, de nombreux traités internationaux relatifs aux droits humains interdisent l'esclavage. En 1963, Ghana a accédé à la Convention relative à l'esclavage de 1926, et à la Convention supplémentaire relative à l'abolition de l'esclavage, de la traite des esclaves, et des institutions et pratiques analogues à l'esclavage, adoptée en 1957 par les Nations unies. Ces conventions obligent le gouvernement à prendre des mesures pour abolir complètement l'esclavage, sous toutes ses formes.

Comment agir: 

Veuillez écrire aux fonctionnaires parlementaires suivants au Ghana. Exhortez-les à voter la législation déposée pour criminaliser la tradition trokosi, et à prendre immédiatement des mesures pour assurer la libération de toutes les trokosi au Ghana et la protection des filles contre cette tradition à l'avenir. Notez que Ghana a pris part à beaucoup de traités internationaux qui interdisent l'esclavage sous toutes ses formes, et que la Constitution du Ghana également interdit l'esclavage et le travail forcé. Veuillez envoyer des lettres aux fonctionnaires suivants:

Président de la Commission d'enquête parlementaire constitutionnelle,
judiciaire, et législative
Maison du Parlement
Accra, Ghana

Le Clerc du Parlement
Maison du Parlement
Accra, Ghana

Présidente du Comité des Femmes
Parlement de Ghana
Accra, Ghana