Photo: AFCF

Mauritanie: protéger Aminetou Mint El-Moctar, défenseuse des droits humains

Version imprimableSend to friend
Date: 
12 Août 2014

voir pdf

Égalité Maintenant et la communauté internationale des droits humains sommes extrêmement préoccupés par les menaces de mort proférées à l’encontre de Mme Aminetou Mint El-Moctar, éminente défenseuse des droits humains. Le 5 juin 2014, M. Yadhih Ould Dahi, chef autoproclamé du groupe extrémiste « Amis du Prophète », a émis une fatwa en Mauritanie qui affirme que « celui qui la tue ou lui arrache les yeux sera récompensé par Allah. » Par ailleurs, des renseignements personnels concernant Mme Mint El-Moctar, notamment ses cordonnées, celles de son association, ainsi que la plaque d'immatriculation de sa voiture, ont ensuite été rendus publics, ce qui la met encore plus en danger. Elle et ses enfants ont été obligés de déménager et d’engager un garde du corps à plein temps pour les protéger. À ce jour, ni le gouvernement mauritanien ni la police n'ont condamné la fatwa ou agi pour la protéger. Selon Mme Mint El-Moctar, ce serait  la première fois qu’un défenseur des droits humains n’obtiendrait pas soutien ou protection.

AGISSEZ !

Mme Mint El-Moctar, qui a passé sa vie à défendre l'égalité des sexes et les droits humains, a été prise pour cible à cause de son travail de lutte contre les violences sexuelles en Mauritanie, et pour avoir demandé publiquement que Cheikh Ould Mkheitir, un jeune homme accusé d'apostasie et en attente de procès dans le nord du pays, ait droit à un procès équitable. Lorsqu’elle a signalé la fatwa et son intention meurtrière à la police le 6 juin 2014, celle-ci a refusé d’enregistrer la plainte et on lui a à la place conseillé de discuter avec Yadhih Ould Dahi, le même homme qui avait publié le décret appelant à sa mort.

Mme Mint El-Moctar a fondé l'Association des femmes chefs de famille en 1999 dans le but de lutter contre toutes les formes de discriminations, de violences et de pratiques néfastes envers les femmes et leurs enfants. Outre ses prises de position virulentes contre le mariage précoce, le viol et la violence domestique, Mme Mint El-Moctar a mené des campagnes contre la traite des jeunes mauritaniennes vers les pays du Golfe, ce qui a conduit à la reconnaissance de ces pratiques par les autorités. Elle a été nommée par le Centre royal d'études stratégiques islamiques parmi les personnalités musulmanes les plus influentes au monde, et a été honorée en 2010 par le Département d'État des États-Unis pour ses initiatives visant à lutter contre la traite des êtres humains. Elle a également reçu le Prix des droits de l'Homme de la République française en 2006 pour son action en faveur de la participation des femmes en politique.

Mme Mint El-Moctar a besoin de votre aide. Veuillez-vous joindre à nous pour demander au gouvernement mauritanien de la protéger afin qu'elle et son organisation puissent poursuivre leur indispensable action en faveur des femmes et des filles en Mauritanie.

La constitution mauritanienne garantit les « libertés et droits fondamentaux de la personne humaine », y compris les libertés publiques et individuelles, notamment la liberté d'opinion et de pensée, et la liberté d'expression. La Mauritanie est tenue de respecter les principes fondamentaux énoncés dans les instruments régionaux et internationaux relatifs aux droits humains que le pays a ratifié, y compris le Protocole relatif aux droits des femmes en Afrique (Protocole de Maputo), la Charte africaine des droits humains et des peuples (Charte africaine), le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) et la Déclaration des Nations Unies sur les défenseurs des droits de l'Homme (Déclaration des Nations Unies).

Comment agir: 

AGISSEZ !

Veuillez vous tenir aux côtés d’Egalité Maintenant, du Mouvement de solidarité pour les droits des femmes africaines (SOAWR), et de FEMNET en exhortant les autorités ci-dessous à :

  • prendre immédiatement des mesures pour garantir la sécurité physique et le bien-être psychologique de Mme Aminetou Mint El Moctar, et à s’attaquer à ses persécuteurs afin qu'elle puisse poursuivre son action en faveur des droits humains.
  • mener des enquêtes promptes, approfondies, impartiales et transparentes sur toutes les personnes responsables des menaces envers Mme Mint El Moctar, et à faire en sorte que les auteurs soient traduits en justice.
  • faire en sorte que la Mauritanie soit à la hauteur de ses obligations nationales, régionales et internationales de protéger, respecter et faire respecter les droits fondamentaux de ses citoyens, et en particulier en ce qui concerne les affaires impliquant des défenseurs des droits humains.

M. Sidi Ould Zeine
Ministre de la Justice
B.P. 350
Nouakchott, Mauritanie
Tél: +222 525 2682
Fax: +222 525 2860
Email: szeine@justice.gov.mr

Mme Irabiha Abdel Wedoud
Présidente de la Commission nationale des droits de l’Homme
B.P. 5435
Nouakchott, Mauritanie
Tél: + 222-45-25-26-36
Fax: + 222-45-25-26-23
Email: irabdel@yahoo.fr

M. Abderahim Ould Elhadrami
Ambassadeur
Permanent Mission of the Islamic Republic of Mauritania to the United Nations
116 East 38th Street
New York, N.Y. 10016
Tél: +1 212 252 0113/0141
Fax: +1 212 252 0175
Email: mauritania@un.int

Ambassade de la République islamique de Mauritanie
2129 Leroy Place, NW
Washington DC 20008
Tél: +1 202 232 5700
Fax: +1 202 319 2623
Email: info@mauritaniaembassy-usa.org

Ambassade de la Mauritanie à Londres
Carlyle House
235-237 Vauxhall Bridge Road,
Londres SW1V 1EJ
Tél: +44 (0) 2072336158
Email: info@mauritanianembassy.org.uk

Lettres: 

Monsieur le Ministre / Ambassadeur / Président,

Je suis profondément préoccupé(e) par les menaces de mort proférées à l’encontre de Mme Aminetou Mint El-Moctar, éminente défenseuse mauritanienne des droits humains, et par l'absence d’action policière et  gouvernementale en vue de la protéger de M. Yadhih Ould Dahi, chef auto-proclamé du groupe extrémiste « Les amis du Prophète. » M. Ould Dahi a émis une fatwa contre elle le 5 juin 2014, indiquant que « celui qui la tue ou lui arrache les yeux sera récompensé par Allah. » Cependant, lorsqu’elle a signalé la fatwa le jour suivant, plutôt que d’enregistrer une plainte la police lui a conseillé de discuter avec M. Ould Dahi Yadhih, le même homme qui a publié le décret appelant à sa mort ! Depuis lors, des renseignements personnels concernant Mme Mint El-Moctar ont été largement diffusés, ce qui la met encore plus en danger. Puisque les autorités mauritaniennes n'ont ni condamné la fatwa ni agi pour la protéger, elle et ses enfants vivent actuellement dans la clandestinité.

Mme Mint El-Moctar a passé sa vie à défendre l'égalité des sexes et les droits humains, et elle est connue pour son rôle clé dans la lutte contre toutes les formes de discriminations, de violences et de pratiques néfastes envers les femmes et leurs enfants. En violation directe de ses droits constitutionnels à la liberté d'opinion et d'expression, elle a été prise pour cible à cause de son travail de lutte contre les violences sexuelles en Mauritanie, et pour avoir demandé publiquement que Cheikh Ould Mkheitir, un jeune homme accusé d'apostasie et en attente de procès dans le nord du pays, ait droit à un procès équitable.

Je me joins à Egalité Maintenant, au Mouvement de solidarité pour les droits des femmes africaines, à FEMNET et à d'autres organisations de la communauté internationale des droits humains en demandant aux autorités mauritaniennes de prendre immédiatement des mesures pour protéger Mme Aminetou Mint El-Moctar et de traduire les auteurs des menaces en justice afin qu'elle et son organisation puissent poursuivre leur indispensable action en faveur des droits humains.

La Mauritanie doit être à la hauteur de ses obligations nationales, régionales et internationales de protéger, respecter et faire respecter les droits fondamentaux de ses citoyens, en particulier en ce qui concerne les affaires impliquant des défenseurs des droits humains. Merci de votre attention.

Cordialement,