La Gambie: La censure gouvernementale de la campagne contre la mutilation génitale féminine (MGF)

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Date: 
1 Juil 1997

Le 17 mai 1997, le directeur des services d'émission de Télécommunications Gambie (GAMTEL) a annoncé la politique nouvelle suivante, relative au traitement de la question de la MGF par les médias:

A entrer en vigueur immédiatement: Est interdite toute émission de la part de la Radio Gambie (RG) ou de la Télévision Gambie (GTV) de programmes soit qui paraissent s'opposer à la MGF, soit qui tendent à dépeindre le risque médical de la pratique. Également interdites sont les actualités écrites du point de vue contraire à la pratique. Les émissions de la GTV et de la RG devraient toujours soutenir la MGF et aucun autre programme contre la pratique ne devrait être transmis. Tous les programmes doivent par conséquent être passés en revue préalablement afin d'assurer la conformité à cette directive. Le directeur, Radio-Programmes et le producteur principal, Programmes devraient aviser de cela tous les réalisateurs et créateurs de programmes.

GAMTEL est une firme étatisée qui est responsable des télécommunications en Gambie et qui contrôle la Radio Gambie et la Télévision Gambie. Les émissions affectées de cette politique nouvelle représentent les chaînes de radio et de télévision avec les audiences les plus grandes de la Gambie, et les seules qui atteignent le pays entier.

Le Comité de la Gambie sur les pratiques traditionelles (GAMCOTRAP), une organisation non-gouvernementale qui mène campagne contre la MGF en Gambie depuis 1984, a protesté cette politique nouvelle qui ordonne la favorisation de la MGF par les médias étatisées et qui interdit l'avancement de sa suppression. Dans un "appel de clairon" livré au président de la Gambie le 27 mai 1997, l'organisation a fait la déclaration suivante:

GAMCOTRAP veut prendre position sans équivoque à propos de la campagne contre la MGF, et affirme que la MGF constitue une violation des droits des femmes, et non pas une injonction religieuse. La MGF est une pratique traditionelle nuisible qui afflige la santé de la femme et de la petite fille, et par conséquent cette pratique devrait être abandonnée.

GAMCOTRAP a fait observer dans sa déclaration que la Gambie est signataire à la Convention des Nations unies sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (CEDAW); à la Convention des Nations unies relative aux droits de l'enfant (CDE); et à la Charte africaine sur les droits humains des gens, de l'Organisation de l'unité africaine. Chacun de ces traités internationaux comprend un article exigeant les gouvernements de prendre des mesures efficaces pour abolir des pratiques traditionelles nuisibles comme la MGF. GAMCOTRAP a de plus noté dans son "appel de clairon" que, le 17 mars 1997, la Gambie a lancé une campagne pour supprimer la MGF, avec les autres pays membres de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) dans lesquels la MGF est en pratique. Le ministre gambien de la Santé, du Bien public et des Affaires des femmes a prononcé le discours principal au lancement de cette campagne, organisé par l'OMS, qui a eu lieu en Gambie.

La mutilation génitale féminine prend des formes différentes dans des pays différents: l'ablation partielle ou totale du clitoris (clitoridectomie), l'ablation du clitoris tout entier et la coupe des petites lèvres (excision), ou, dans sa forme la plus extrême, l'ablation de tous les organes génitaux et la suture des deux côtés de la vulve, laissant seulement une très petite ouverture vaginale (infibulation). En Gambie, on estime que 70%-80% de la population féminine est soumise à la mutilation génitale féminine, habituellement sous la forme d'excision, avec une certaine fréquence d'infibulation. La MGF est répandue dans la bande de pays africains qui s'étend à travers le centre du continent. On la trouve aussi dans un certain nombre de pays asiatiques et parmi les populations d'immigrés en Europe occidentale et en Amérique du Nord. Aussi récemment que dans les années 1940 et 1950, la MGF était utilisée par des médecins en Angleterre et aux États-Unis pour combattre l'hystérie, le lesbianisme, la masturbation, et autres cas perçus comme déviance sexuelle chez des jeunes filles et des femmes.

Des femmes et des hommes qui viennent de cultures qui pratiquent la MGF exposent de plus en plus les maux dévastateurs infligés par la MFG, et les mouvements pour sa suppression s'accroissent. Des organisations non-gouvernementales travaillent depuis plus de quinze ans en Gambie pour arrêter la pratique de la MGF. Sur le plan international aussi le mouvement pour la suppression de la MGF est en croissance. En avril 1997, l'OMS, le Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF), et le Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP) ont conjointement fait appel aux chefs de gouvernement pour soutenir des efforts pour arrêter la MGF.

On estime que 100 millions de jeunes filles et de femmes autour du monde ont subi une mutilation génitale féminine. Au moins 2 millions de jeunes filles chaque année, 6,000 par jour, courent le risque de subir la MGF. Les conséquences pour la santé de celles qui survivent à l'ablation (qui est généralement faite sans anesthésie) durent la vie entière, et peuvent comprendre des infections chroniques; la douleur atroce pendant l'urination, la menstruation, les relations sexuelles, et l'accouchement; et le traumatisme psychologique. La MGF est une forme extrême des nombreuses pratiques traditionelles utilisées autour du monde pour refuser aux femmes l'indépendence et l'égalité. La MGF est justifiée à la fois par des hommes et des femmes dans les cultures où elle est en pratique, en tant que rite de passage et condition sociale préalable au mariage, et elle est utilisée pour maîtriser la sexualité des femmes en sauvegardant la virginité et en supprimant le désir sexuel.

Comment agir: 

Veuillez écrire au directeur de GAMTEL. Constatez les effets nuisibles de la MGF et exhortez-le à révoquer la directive qui interdit l'utilisation de la Radio Gambie et de la Télévision Gambie pour combattre cette pratique. Veuillez aussi bien écrire au président de la Gambie. Exhortez-le à intervenir et à prendre des mesures immédiates pour assurer que les médias puissent être utilisées pour informer le public sur les effets nuisibles de la MGF et pour promouvoir sa suppression. Notez que la Gambie est dans l'obligation selon la loi internationale de prendre des mesures pour éliminer les pratiques nuisibles aux enfants. Rappelez l'initiative récente de l'OMS contre la MGF et notez la contradiction entre la politique de GAMTEL et cet effort collectif africain important, dans lequel la Gambie a joué un rôle principal. Des appels peuvent aussi être faits à l'ambassadeur de la Gambie dans votre pays.

 

Président Yaya A.J.J. Jammeh
Président de la République de la Gambie
Banjul, La Gambie
Télex: 2240

M. Bakary Nije
Directeur Général
GAMTEL
Banjul, La Gambie
Fax: 220-226699