Japon : les jeux de simulation de viol et la banalisation de la violence sexuelle

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Numéro de l'action: 
33.2
IMPORTANT : Cette campagne d’action est terminée ou interrompue et les informations contenues dans celle-ci peuvent ne plus être d’actualité. Veuillez consulter la section Agissez pour les campagnes actuellement en cours.
Date: 
1 Sep 2009
MISE A JOUR: 

Suite à la campagne d’Egalité Maintenant, le Japan Ethics Organisation of Computer Software (EOCS), dont 90% des membres sont des producteurs japonais de jeux vidéo pour adultes, a interdit la production et la vente de jeux tels que RapeLay et autres jeux qui simulent des violences sexuelles. Bien que ce règlement ne s'applique pas aux producteurs qui ne sont pas membre de l’EOCS, nos partenaires nous ont informés que les propriétaires de la majorité des magasins de vente de ces jeux ont déclaré qu'ils ne vendaient pas de jeux produits par ces derniers.

En outre, le Parti Komei, qui était à l'époque membre de la coalition gouvernementale, a tenu une réunion sur la question des jeux de simulation de viol et créé le Committee Working Towards a Child Safe World (Comité pour un monde plus sûr pour les enfants) et le Child Prostitution and Child Pornography Law Revision Committee (Comité de révision des lois sur la pornographie et la prostitution impliquant des enfants).

Nos partenaires ont déclaré que «si un groupe basé au Japon avait lancé cette campagne, une telle réponse de la part du gouvernement japonais et des médias aurait été peu probable. »


« Les femmes sont des créatures stupides qui ne savent rien faire d’autre que nous préparer à dîner. Cela prouve simplement leur stupidité ; il faut qu’elles comprennent que le mot « égalité » a été créé par les hommes pour les hommes et qu’il n’a pas jamais été conçu pour s’appliquer ou être accordé aux femmes. » (Réaction sur le blog d’un joueur en ligne à l’Action Femmes d’Egalité Maintenant contre les jeux de simulation de viol au Japon)

« Au fait, j’ai joué à RapeLay (se faire la fille de 13 ans était le meilleur) » (Courriel reçu par Egalité Maintenant)

«La seule façon de faire une croix sur les droits des femmes et de redonner aux hommes leurs avantages est de tuer en masse les activistes des droits des femmes, brutalement et publiquement. Ça vous plairait d’avoir pour femmes des jeunes filles en âge de procréer (les filles peuvent souvent avoir des enfants à partir de 12, 13 ou 14 ans) ? Vous avez envie qu’elles vous obéissent ? Vous voulez qu’elles soient gentilles avec vous (enfin, au moins qu’elles se taisent, ce serait déjà ça) ? Bien sûr que oui. Le seul moyen d’avoir tout ça, c’est que toutes les féministes et ceux qui les soutiennent soient morts ou mis hors d’état de nuire (morts, ça serait pas plus mal). » (Un joueur en ligne américain réagissant à l’Action Femmes d’Egalité Maintenant)

En mai 2009, Egalité Maintenant a lancé une Action Femmes contre les jeux de simulation de viol édités et vendus au Japon. Cette Action Femmes dénonçait le jeu RapeLay édité par Illusion Software et vendu sur Amazon Japon. Le scénario de RapeLay est celui d’une fillette d’une douzaine d’années voyageant dans un train de banlieue. Elle est poursuivie par un homme qui se livre à des attouchements sur elle et l’agresse sexuellement. Le train finit par s’arrêter et elle court terrorisée se réfugier dans des toilettes publiques, suivie de son agresseur qui la menotte et la viole. L’agresseur la retient prisonnière et la viole à plusieurs reprises dans différents lieux. Sa mère et sa sœur adolescente subissent le même sort. Le violeur se venge sur la famille parce que la fille aînée l’a autrefois dénoncé à la police pour une tentative d’agression sexuelle sur une autre femme. Dans RapeLay, l’objectif du joueur est de violer la mère et ses filles jusqu’à ce qu’elles commencent à « aimer ça ».

La Japon a ratifié la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW) en 1985. Le Comité de la CEDAW, chargé de vérifier le respect de la CEDAW par les Etats, a examiné dernièrement le cas du Japon le 24 juillet 2009. Le Comité s’est déclaré préoccupé par « la banalisation de la violence sexuelle [au Japon] ainsi qu’en témoigne la multiplication des jeux vidéo pornographiques et des dessins animés mettant en scène des viols, des viols collectifs, des situations de harcèlement et d’agression sexuelle à l’égard des femmes et des filles ». Le Comité a également fait part de son inquiétude concernant les images stéréotypées véhiculées sur les femmes par les médias et concernant le fait que « la représentation sursexualisée des femmes renforce les stéréotypes existants faisant des femmes des objets sexuels et continue de générer chez les filles une faible estime de soi ». Dans ses conclusions, le Comité de la CEDAW exhorte le Gouvernement japonais à « interdire la vente de jeux vidéo et de dessins animés faisant intervenir des viols et des violences sexuelles sur des femmes, qui banalisent et encouragent la violence sexuelle à l’égard des femmes et des filles ». Le nouveau gouvernement japonais, élu en août 2009, a la possibilité et le devoir d’agir pour prendre en compte les craintes exprimées par le Comité de la CEDAW en interdisant tous les médias qui encouragent les violences commises sur des femmes et des filles.

Depuis qu’Egalité Maintenant a publié la première version de son Action, l’Ethics Organization of Computer Software (EOCS), l’organisme japonais d’autoréglementation du secteur de l’informatique qui a pour mission de noter les logiciels, aurait interdit à ses membres d’éditer des jeux contenant certaines formes de violences à l’égard des femmes. L’adhésion à l’EOCS étant facultative, cet organisme compte de nombreux membres mais ne regroupe pas tous les acteurs du marché. On ne sait pas encore bien quels aspects des violences à l’égard des femmes il entend réglementer, et dans quelle mesure ces règles seront appliquées. Toutefois, d’après des magazines de jeux en ligne, il semblerait que les éditeurs de jeux japonais, compte tenu du bruit que l’affaire a fait au plan international, aient simplement changé les titres et les images des couvertures pour les rendre anodins et/ou bloqué l’accès à leurs sites web en dehors du Japon, mais qu’ils n’aient pas modifié le contenu de ces jeux. Le gouvernement japonais doit prendre des mesures fermes pour interdire totalement les jeux qui encouragent les violences à l’égard des femmes et des filles et pour s’attaquer à l’image de la femme-objet et la promotion de la violence faite aux femmes dans différents médias, notamment dans la pornographie.

Amazon Japon et Illusion Software ont maintenant retiré RapeLay du marché, mais tous les deux continuent de commercialiser des jeux ultrapornographiques du même type, sous la forme de dessins animés appelés hentai dans lesquels des femmes et des filles sont traquées, harcelées et victimes d’attouchements, d’agressions sexuelles, de viols et de viols collectifs. Suite à ses prises de position contre la banalisation des violences sexuelles à l’égard les femmes et les filles, Egalité Maintenant a été l’objet d’un déchaînement d’attaques de la part d’internautes, sur des blogs ou par courrier électronique, se manifestant par des centaines de messages injurieux et parfois menaçants, y compris des vidéos semblant crédibles de viols collectifs réels sur des jeunes filles. Les vidéos ont été transmises à la police japonaise qui a tout d’abord refusé d’enquêter dessus, les policiers ayant conclu d’après la forme de la toison pubienne des filles qu’elles avaient plus de dix-huit ans et que les vidéos n’étaient donc pas considérées comme de la pornographie enfantine. Il a fallu qu’Egalité Maintenant insiste en disant que des vidéos réelles (et non pas jouées) de viols collectifs étaient en fait vendues sur le marché libre au Japon, pour que la police accepte finalement de réexaminer les vidéos, mais on ne sait toujours pas si des mesures ont été prises, notamment pour remonter jusqu’à l’expéditeur des vidéos. Il est très préoccupant de constater que la police n’a pas jugé utile d’enquêter sur une présomption de crime grave.

Les réactions hostiles suscitées par la campagne d’Egalité Maintenant contre la pornographie extrême, comme en témoignent les exemples ci-dessus, soulignent la nécessité urgente de s’attaquer à toutes les situations de discrimination à l’égard des femmes et des filles, notamment la promotion de la violence sexuelle. L’article 5 (a) de la CEDAW, qui fait obligation aux Etats parties de « modifier les schémas et modèles de comportement socioculturels de l’homme et de la femme en vue de parvenir à l’élimination des préjugés et des pratiques coutumières, ou de tout autre type, qui sont fondés sur l’idée de l’infériorité ou de la supériorité de l’un ou l’autre sexe ou d’un rôle stéréotypé des hommes et des femmes », n’est que l’une des nombreuses règles internationales claires adoptées par la communauté internationale. De la même façon qu’il serait inacceptable d’encourager la violence à l’encontre de groupes religieux ou ethniques, il est inacceptable d’encourager la violence et la discrimination à l’égard des femmes.

Outre les obligations incombant au Japon aux termes de la CEDAW, l’article 14 de la Constitution japonaise garantit l’égalité de tous les citoyens devant la loi et stipule qu’il ne peut y avoir aucune « discrimination dans les relations politiques, économiques ou sociales fondée sur la race, les convictions, le sexe, le statut social ou l’origine familiale ». Les jeux informatiques comme RapeLay et les vidéos pornographiques montrant des viols réels légitiment et encouragent les stéréotypes sexuels et les attitudes discriminatoires fondées sur le sexe, lesquels, comme l’a relevé le Comité de la CEDAW, alimentent les violences à caractère sexuel.

Comment agir: 

Nous vous invitons à écrire aux responsables gouvernementaux du Japon dont les coordonnées suivent, pour les exhorter à honorer les obligations incombant au Japon en vertu de la CEDAW, et notamment à répondre à l’appel pressant récemment lancé par le Comité de la CEDAW à interdire les jeux et les dessins animés qui banalisent et encouragent les violences sexuelles à l’égard des femmes et des filles. Dans votre lettre au ministre de la Justice, demandez-lui également de s’informer sur l’enquête réclamée par Egalité Maintenant sur les vidéos de viols collectifs qu’elle a envoyées à la police de Tokyo, et demandez que ses services enquêtent sur cette affaire et sur d’autres vidéos de viols réels afin de vérifier que toutes les personnes impliquées sont poursuivies dans toute la mesure prévue par la loi. Continuez aussi d’écrire à Illusion Software pour demander de retirer immédiatement du marché tous les jeux mettant en scène des viols, des situations de harcèlement et toutes autres formes de violences sexuelles ou qui dénigrent les femmes d’une manière quelconque. Rappelez que l’éthique professionnelle commande aux entreprises de tenir compte des éventuels effets négatifs que leurs activités peuvent avoir sur la société et l’intérêt public. Adressez à Amazon Japon une lettre allant dans le même sens.

Mr. Tadashi Yoshimura
Managing Director
Illusion Software
1-10-1 Nishikanagawa Kanagawa-ku
Yokohama-city, Kanagawa 221-0822, Japan
Tél: (+81) (0)4-5322-1551
Email: illuon@illuon.jp, info@illuon.jp

Lettre modèle

Mr. Jasper Cheung
President of Amazon Japan K.K
2-15-1 Shibuya, Shibuya-ku, Tokyo 150-000-2, Japan
Email: via website

Lettre modèle

Prime Minister Yoshihiko Noda
2-3-1 Nagata-Cho, Chiyoda-ku,
Tokyo 100-0014, Japan
Tel: (+81)(0)3-3581-0101
Fax: (+81)(0)3-3581-3883
Email: via website

Lettre modèle

Ms. Keiko Chiba
Minster of Justice
1-1-1 Kasumigaseki,
Chiyoda-ku, Tokyo 100-8977, Japan
Tel: (+81)(0)3-3580-4111
Fax: (+81)(0)3-3592-7393
Email: webmaster@moj.go.jp

Lettre modèle

Action Femmes 33.1: Mai 2009