Egypte: Un tribunal affirme le droit des médecins à effectuer la mutilation génitale féminine (MGF)

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Numéro de l'action: 
8.3
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Date: 
1 Juil 1997

Le 24 juin 1997, un tribunal égyptien a renversé une directive gouvernementale qui interdisait la pratique de la part du corps médical de la mutilation génitale féminine (MGF), connue aussi sous le nom de circoncision féminine. Le ministre de la Santé Ismail Sallam a institué l'interdiction en juillet 1996. Dans sa décision renversant l'interdiction, le juge Abdul Aziz Hamade a déclaré que «le droit des docteurs à exercer la médecine selon la loi - qui les permet d'effectuer des interventions chirurgicales - ne peut pas être limité par décret ministériel.» Le cheikh Youssef El-Badri, la partie plaignante principale à l'action contre le ministre de la Santé, a immédiatement déclaré qu'il utiliserait la décision de la cour dans son action en instance contre le ministre de l'Education -- action qui a pour but de contraindre le ministre à «enlever des livres scolaires toute mention de l'impact négatif de la circoncision, et de remplacer ces mentions par l'enseignement correct, que la circoncision est indispensable, et que l'on devrait la pratiquer.» Quatre jours seulement avant la décision, une fille de onze ans est morte en Egypte aux mains d'un médecin, au cours d'une circoncision. Le ministre de la Santé a annoncé son intention de faire appel à la décision du juge Hamade, et a déclaré que le ministère ne permettra pas l'exécution de la MGF aux hôpitaux pendant que l'appel est en instance.

L'Egypte sert depuis longtemps de champ de bataille pour des forces progressistes et réactionnaires vis-à-vis de la campagne pour mettre fin à la MGF. En septembre 1994, au cours de la Conférence internationale des Nations-Unies sur la population et le développement (ICPD) qui s'est tenue au Caire, une émission d'Egypte de Cable News Network (CNN) qui montrait une fille hurlant pendant qu'un barbier lui coupait le clitoris, a soulevé un tollé international. Le ministre de la Santé de l'époque, Ali Abdel Fattah, a déclaré par la suite que la MGF devrait être interdite, et que ceux qui l'exécutent devraient être punis. Un mois plus tard, cependant, le ministre, apparemment cédant à la pression des islamistes, a publié une directive permettant aux hôpitaux publics en Egypte de pratiquer la MGF - en effet renversant une interdiction qui avait été en place depuis 1959. En octobre 1995, après une campagne de protestation nationale et internationale, cette directive a été révoquée et remplacée d'une nouvelle directive, celle-ci ordonnant aux hôpitaux publics de ne pas pratiquer la MGF, et déclarant que le rôle du personnel médical sera limité à fournir des conseils et des recommendations pour limiter la pratique. En révoquant la directive, ce que le ministre Ali Abdel Fattah a fait en conformité avec les recommandations d'un comité consultatif formé d'autorités religieuses et médicales, il s'est référé aux maux physiques et psychologiques causés par la MGF. Son successeur, le ministre de la Santé actuel, Ismail Sallam, a étendu la portée de la directive en juillet 1996, en comprenant les hôpitaux privés aussi bien que publics, et en interdisant au corps médical entier d'effectuer la MGF.

Bien que l'on fait souvent référence à l'Islam dans des discussions sur la MGF, il n'existe aucune mention de la pratique dans le Coran. Mohammed Al Tantawi, à l'époque où il a été le grand mufti d'Egypte, a publié un fatwa (jugement religieux) dans lequel il a déclaré que le Coran ne contient rien sur la circoncision féminine, et que comme les hadith (les enseignements du Prophète Mohammed) sont faibles sur ce sujet, on devrait s'en remettre à l'opinion des médecins. Mohammed Al Tantawi remplit aujourd'hui les fonctions de cheikh de l'Al Azhar, communément considérée la première université islamique du monde. L'Organisation mondiale de la santé a déclaré une opposition sans équivoque à la médicalisation de la MGF.

On estime que 100 millions de jeunes filles et de femmes autour du monde ont subi une mutilation génitale féminine. La MGF prend des formes différentes dans des pays différents: l'ablation partielle ou totale du clitoris (clitoridectomie), l'ablation du clitoris tout entier et la coupe des petites lèvres (excision), ou, dans sa forme la plus extrême, l'ablation de tous les organes génitaux et la suture des deux côtés de la vulve, laissant seulement une très petite ouverture vaginale (infibulation). En Egypte, une Enquête démographique médico-sociale de 1995 qui a sondé plus de 14,000 femmes égyptiennes mariées de 14 à 49 ans, a trouvé que 97% a été soumis à la mutilation génitale. En Egypte, la pratique prend la forme de la clitoridectomie ou de l'excision. Selon L'Organisation égyptienne pour les droits humains, presque 3,600 filles chaque jour sont soumises à la MGF. Des douzaines de morts liées à la MGF ont été annoncées par la presse égyptienne. A la mi-octobre 1996, deux filles de 3 et 4 ans auraient saigné à mort dans la petite ville égyptienne d'Armant, après qu'un médecin aurait essayé de les circoncire chez elles.

Une forme extrême des nombreuses pratiques traditionelles utilisées autour du monde pour refuser aux femmes l'indépendence et l'égalité, la MGF est justifiée dans les cultures où elle est en pratique en tant que rite de passage et condition sociale préalable au mariage, et elle est utilisée pour maîtriser la sexualité des femmes en sauvegardant la virginité et en supprimant le désir sexuel. Néanmoins, des femmes et des hommes qui viennent de cultures qui pratiquent la MGF exposent de plus en plus les maux dévastateurs infligés par la MFG, et les mouvements pour sa suppression s'accroissent. L'Association du planning familial du Caire a lancé la campagne contre la MGF en Egypte en 1980, en organisant un séminaire pionnier intitulé «La Mutilation corporelle des jeunes femmes» qui s'est tenu au Caire. Depuis 1994, de plus en plus d'organisations non-gouvernementales, y compris des organisations féministes et des organisations pour les droits humains, se sont unies dans leurs efforts pour mettre fin à la MGF en Egypte, sous la direction de la Mission nationale sur la MGF.

Egalité Maintenant a publié sa première Action Femmes au sujet d'Egypte en mars 1995, en consultation avec la Mission, et a demandé au ministre de la Santé de l'époque Ali Abdel Fattah de révoquer la directive qui médicalisait la MGF. Des membres du Réseau Action Femmes d'Egalité Maintenant ont fait appel au ministre de nombreux pays autour du monde, y compris l'Autriche, le Canada, le Kenya, le Pérou, les Etats-Unis, et le Zaïre. Le ministre a répondu à ces lettres, reconnaissant les «répercussions désastreuses et inacceptables sur la santé des filles» créées par la MGF, et identifiant les efforts pour combattre la pratique comme une de ses premières priorités. Etant donné les derniers évènements en Egypte, le dialogue devrait continuer.

Comment agir: 

Contactez des médecins et des associations médicales dans votre communauté et informez-les de la décision récente de la cour en Egypte qui affirme le droit du médecin à effectuer la MGF. Priez-les d'adopter et de propager des résolutions d'organisation, et d'écrire des lettres au Syndicat médical égyptien, l'association professionnelle en Egypte qui autorise les docteurs à exercer la médecine. Faites appel au Syndicat pour qu'il clarifie publiquement et à tous les médecins en Egypte que l'éthique professionnelle prohibe l'exécution de la MGF, en tant que pratique dangereuse qui ne sert à aucune fin médicale et qui crée du mal énorme. Citez l'opposition à la MGF de l'Organisation mondiale de la santé, aussi bien que le serment d'Hippocrate qui exige des médecins qu'ils ne fassent aucun mal. Veuillez aussi écrire au ministre de la Santé et témoigner votre approbation des mesures promptes qu'il a prises en faisant appel à la décision de la cour et en assurant que l'on n'exécute pas la MGF aux hôpitaux au cours de l'appel. Veuillez adresser les lettres comme suit:

Professeur Hamdey El-Sayed Président
Dar Al Hekma/Syndicat médical égyptien
Rue Kaser Al Eini
Le Caire, EGYPTE
Fax: 202-356-2751 Tél: 202-354-0738

Son Excellence Dr. Ismail Sallam
Ministre de la Santé
Ministère de la Santé
Rue Magles El Shaab
Le Caire, EGYPTE