Egypte: Le gouvernement révoque la directive qui médicalisait la mutilation génitale féminine

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Numéro de l'action: 
8.2
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Date: 
1 Déc 1995

Le 17 octobre 1995, le ministre égyptien de la Santé a révoqué la directive qu'il avait publié en octobre 1994 qui exécutait la mutilation génitale féminine (MGF) sous contrôle médical. La directive de 1994 avait permis aux hôpitaux en Egypte d'effectuer l'opération moyennant un droit de LE10 (approximativement US$3). En révoquant la directive, le ministre de la Santé, Ali Abdel Fattah, s'est référé aux méfaits physiques et psychologiques causés par la MGF. Sa nouvelle directive ordonne aux hôpitaux généraux et locaux de ne pas effectuer la MGF et déclare que le rôle du personnel médical sera limité à apporter des conseils et des informations pour limiter la pratique.

Au cours de la Conférence Internationale des Nations Unies sur la Population et le Développement (ICPD), tenue au Caire en septembre 1994, le ministre de la Santé a déclaré publiquement que la pratique de la MGF devrait être bannie et que ceux qui l'effectuent devraient être punis. Toutefois, juste un mois après la conférence de l'ONU, le ministre a publié la directive médicalisant la MGF. Cette volte-face semble avoir été le résultat de pression de la part des secteurs de l'établissement religieux. Il n'y a pas de mandat pour la MGF dans le Coran. Le grand mufti d'Egypte, Sheikh Mohammed Al Tantawi, a publié un fatwa (jugement religieux) dans lequel il déclare que le Coran ne contient rien sur la circoncision féminine et que comme les hadith (les paroles du Prophète Mohammed) sont faibles sur ce sujet, on devrait s'en remettre à l'opinion de médecins.

Egalité Maintenant a publié une Action Femmes en mars 1995 demandant au ministre de la Santé de révoquer la directive médicalisant la MGF. Des membres du Réseau Action Femmes d'Egalité Maintenant ont fait appel au ministre de nombreux pays tout autour du monde, y compris l'Autriche, le Canada, le Kenya, le Pérou, les Etats-Unis et le Zaïre. Le ministre de la Santé a répondu individuellement à ces lettres reconnaissant les « répercussions désastreuses et inacceptables sur la santé des fillettes » créées par la MGF et identifiant les efforts pour combattre la pratique comme une de ses premières priorités. Il a décrit sa stratégie qui comprenait faire prendre conscience des effets nuisibles de la MGF, mais aussi d'offrir des « conditions aseptiques médicalement contrôlées » pour celles qui insistent sur la pratique. L'Organisation Mondiale de la Santé a exprimé une opposition sans équivoque à la médicalisation de la MGF dans n'importe quel milieu.

La mutilation génitale féminine a lieu sous des formes différentes dans de nombreux pays différents; l'ablation partielle ou totale du clitoris (clitoridectomie), l'ablation du clitoris tout entier et la coupe des petites lèvres (excision), ou dans sa forme la plus extrême, l'ablation de tous les organes génitaux et la suture des deux côtés de la vulve, laissant seulement une très petite ouverture vaginale (infibulation). En Egypte, on estime que 80 % de la population féminine est soumise à la mutilation génitale féminine, habituellement sous la forme de clitoridectomie ou d'excision.

On estime que 100 millions de jeunes filles et de femmes autour du monde ont subi une mutilation génitale féminine. Au moins 2 millions de jeunes filles chaque année, 6 000 par jour, courent le risque de souffrir de la MGF. Pour celles qui survivent l'ablation, qui est généralement faite sans anesthétique, des conséquences de santé leur vie durant peuvent comprendre une infection chronique, des douleurs graves pendant l'urination, la menstruation, les relations sexuelles et l'accouchement et le traumatisme psychologique. Une forme extrême des nombreuses pratiques traditionnelles utilisées autour du monde pour refuser aux femmes l'indépendance et l'égalité, la MGF est défendue dans les cultures où elle est pratiquée comme un rite de passage et une condition préalable du mariage, et elle est utilisée pour surveiller la sexualité des femmes en sauvegardant leur virginité et en supprimant le désir sexuel.

Des femmes et des hommes qui viennent de cultures qui pratiquent la MGF s'expriment de plus en plus à propos des dommages dévastateurs infligés par la MFG, et les mouvements pour sa suppression sont en croissance. L'Association de la Planification Familiale du Caire a lancé la campagne en Egypte en 1979, en organisant un séminaire faisant oeuvre de pionnier intitulé « Mutilation corporelle des jeunes femmes » qui s'est tenu au Caire. Un certain nombre d'organisations non-gouvernementales ont fait campagne dans le pays au cours de l'année écoulée pour la révocation de la directive de 1994. Ces organisations continuent à travailler pour la suppression de la MGF en Egypte.

Comment agir: 

Ecrivez au ministre de la Santé accueillant chaleureusement sa révocation du décret d'octobre 1994 qui avait médicalisé la mutilation génitale féminine. Exprimez vos préoccupations à propos des conséquences dangereuses physiques et psychologiques de la MFG en Egypte et exhortez qu'il honore la promesse qu'il a faite à la Conférence ICDP de l'ONU d'interdire la mutilation génitale féminine et de poursuivre en justice ceux qui l'effectuent. Remerciez-le d'avoir répondu aux lettres précédentes et encouragez-le à poursuivre le dialogue sur cette importante question et à soutenir les organisations non-gouvernementales en Egypte travaillant pour la suppression de la MGF. Les lettres devraient être adressées à :

Son Excellence Dr ALI ABDEL FATTAH
Ministre de la Santé
Ministère de la Santé
Rue Magles El Shaab
LE CAIRE, (EGYPTE)