Egypte: Les efforts du gouvernement pour exécuter la mutilation génitale féminine sous contrôle medical

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Date: 
1 Mar 1995

Le 29 octobre 1994, le ministre égyptien de la santé a publié un décret qui a pour but d'exécuter la mutilation génitale féminine (MGF) sous contrôle médical en désignant un certain nombre d'hôpitaux choisis pour effectuer l'opération moyennant des honoraires de LE10 (US$3). Le décret représente une volte-face de la part du ministre de la santé, Ali Abdel Fatah, qui a déclaré publiquement à la Conférence Internationale des Nations Unies sur la Population et le Développement (CIPD), qui s'est tenue au Caire en septembre 1994, que la pratique de la MGF devrait être bannie et que ceux qui l'effectuent devraient être punis. D'après des comptes rendus de presse, l'intention du gouvernement de passer une loi contre la MGF a été initiée par le ministre de la population et de la planification familiale, Maher Mahran, pour mettre fin à « la boucherie qui endommage la santé et les vies de plus de la moitié de toutes les jeunes filles ».

La mutilation génitale féminine prend différentes formes dans différents pays : l'ablation partielle ou totale du clitoris (clitoridectomie), l'ablation totale du clitoris et la section de la labia minora (petites lèvres) (excision), ou, dans sa forme la plus extrême, de tous les organes génitaux externes et la suture des deux côtés de la vulve, laissant seulement une très petite ouverture vaginale (infibulation). En Egypte, on estime que 80%-90% de la population féminine est soumise à la mutilation génitale féminine, habituellement sous la forme de clitoridectomie ou d'excision.

La raison déclarée du nouveau décret est de limiter la pratique de la MGF. Toutefois, il apparait que le décret a été publié à la suite de pression des secteurs de l'établissement religieux. Le Cheik d'Al-Azhar (une université islamique prééminente au Caire) a déclaré que la circoncision féminine a une place dans la jurisprudence de l'Islam. Ce point de vue est fortement contesté par d'autres érudits islamiques, y compris le Grand Mufti d'Egypte Al Tantawi qui a rendu un fatwa (jugement religieux) qui déclare que le Coran ne contient rien sur la circoncision féminine. De plus, le fatwa du Grand Mufti déclare qu'étant donné que le hadith (les dictons du Prophète Mohammed) sont faibles sur ce sujet, on devrait s'en remettre à l'opinion de médecins.

Des femmes et des hommes qui viennent de cultures qui pratiquent la MGF exposent de plus en plus les ravages physiques infligés par la MGF et les mouvements pour sa suppression s'accroissent. Un certain nombre d'organisations non-gouvernementales en Egypte travaillent pour arrêter la pratique de la MGF. L'Association de la Planification Familiale du Caire a lancé la campagne en 1979 en organisant un séminaire faisant oeuvre de pionnier intitulé «Mutilation corporelle des jeunes femmes» qui s'est tenu au Caire. Cet effort s'est terminé par la formation de la Société égyptienne pour la prévention de pratiques nuisibles à la femme et l'enfant.

A la suite de la CIPD de 1994, au cours de laquelle la question a été hautement annoncée à grand renfort de publicité autour du monde par l'émission de Cable News Network (CNN) de la clitoridectomie d'une jeune fille au Caire, les membres de groupes faisant campagne contre la MGF ont été l'objet de graves critiques. Lors d'un séminaire tenu au Caire en décembre 1994, Aida Seif Al-Dawla, du New Woman Research Center, une organisation non-gouvernementale égyptienne, a déclaré: « Tout ceci s'est produit sachant parfaitement que la circoncision féminine n'était pas une question religieuse, ni une mesure de moralité quelconque. C'était juste un équilibre de force politique, aux dépens de la question même de la femme. La décision de codifier la circoncision au lieu de la criminaliser, est une décision de codifier le contrôle des femmes et de codifier la violence contre elles, en plus de codifier leur statut inférieur dans la société.»

Bien que la MGF soit associée à l'Islam, il n'y a aucune obligation dans le Coran pour la MGF, ainsi que noté par le Grand Mufti d'Egypte, Cheik Mohammed Al Tantawi. De plus, la MGF en Egypte est une pratique culturelle à la fois parmi les chrétiens et les musulmans, comme elle l'est dans de nombreux autres pays. La MGF est très courante dans les pays africains qui s'étendent à travers le centre du continent. On la trouve aussi dans un certain nombre de pays asiatiques et parmi les populations d'immigrants en Europe Occidentale et en Amérique du Nord. Aussi récemment que dans les années 1940 et 1950, la MGF était utilisée par des médecins en Angleterre et aux États-Unis pour combattre l'hystérie, l'homosexualité féminine, la masturbation et autre soi-disant déviance sexuelle chez les jeunes filles et les femmes. La Convention des Nations Unies relative aux droits de l'enfant qui a été signée par le gouvernement égyptien en 1990, exige que les gouvernements prennent des mesures efficaces pour abolir les pratiques traditionnelles préjudiciables à la santé des enfants. En 1982, l'Organisation Mondiale de la Santé a publié une déclaration officielle exprimant une opposition non équivoque à l'intervention des médecins dans la pratique de la MGF dans n'importe quel cadre.

On estime que 100 millions de jeunes filles et de femmes autour du monde ont subi une mutilation génitale féminine. Au moins 2 millions de jeunes filles, 6 000 par jour, courent le risque de souffrir de la MGF. Pour celles qui survivent l'ablation, qui est généralement faite sans anesthésique, des conséquences de santé leur vie durant peuvent comprendre des infections chroniques, une douleur pénible pendant l'urination, la menstruation, les relations sexuelles et l'accouchement et le traumatisme psychologique. Une forme extrême des nombreuses pratiques traditionnelles utilisées autour du monde pour refuser aux femmes indépendance et égalité, la MGF est défendue à la fois par les hommes et les femmes dans les cultures où elle est pratiquée à titre de rite de passage et une condition sociale préalable du mariage et elle est utilisée pour surveiller la sexualité des femmes en sauvegardant la virginité et en supprimant le désir sexuel.

Comment agir: 

Soutenez les efforts des organisations de femmes en Egypte pour répendre la sensibilisation et pour travailler vers la suppression complète de la mutilation génitale féminine. Envoyez lettres et petitions réclamant la révocation du décret ministériel du 29 octobre 1994, qui ferme les yeux et veut traiter la mutilation génitale féminine par les médecins en Egypte. Exprimez votre préoccupation sur les conséquences physiques et psychologiques nuisibles de la mutilation génitale féminine sur les jeunes filles en Egypte et notez la déclaration faite par le Grand Mufti d'Egypte selon laquelle on devrait s'en remettre à l'opinion de médecins. Exhortez les autorités gouvernementales à honorer la promesse du ministre de la santé à la Conférence internationale sur la population et le développement d'interdire la mutilation génitale féminine et de poursuivre en justice ceux qui l'effectuent. Les appels devraient être adressés à l'Ambassadeur égyptien auprès de votre pays et à:

Son Excellence MUHAMMED HOSNI MUBARAK
Président de la République arabe d'Egypte
Palais 'Abedine
LE CAIRE (EGYPTE)
Télégrammes : Président MUBARAK, LE CAIRE, (EGYPTE)
Télex : 93/94 WAZRA UN
 

Son Excellence Dr ALI ABDEL FATAH
Ministre de la Santé
Ministère de la Santé
Rue Magles El Shaab
LE CAIRE, (EGYPTE)