Népal: La Mortalité maternelle et la criminalisation de l'avortement - La Mort de Bimla

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10.2
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Date: 
1 Mai 1998

Bimla

Montrée à gauche en photo est la népalaise Bimla, âgée de vingt ans, avec son mari et ses deux filles, âgées d'un an et de trois ans. Peu de temps après qu'on a pris cette photo, Bimla est tombée encore une fois enceinte. Tourmentée par ses beaux-parents, qui craignaient qu'elle n'accouche d'une autre fille quand ils désiraient avoir un petit-fils, Bimla a cherché à se faire avorter. L'avorteur clandestin qu'elle a trouvé lui a inséré deux capsules dans le vagin. Le lendemain, après des contractions douleureuses, Bimla s'est mise à perdre du sang. L'hémorragie a duré trois jours, jusqu'à la mort de Bimla. Le dossier médical spécifie la cause du décès: la septicémie à la suite du déclenchement artficiel d'un avortement illégal. On estime que douze femmes par jour meurent à cause de la grossesse au Népal, et que la moitié de ces morts, six par jour, résultent de complications liées à l'avortement. En juin 1996, Egalité Maintenant a fait connaître au monde le cas de Lok Maya Adhikari, une fermière népalaise de trente-huit ans, qui a été incarcérée pendant un an sous l'inculpation de s'être faite avorter. On a arrêté aussi le père allégué de la grossesse, Bhim Prashad Poudel, mais il nia avoir été responsable de la grossesse aussi bien que de l'avortement; on l'a déclaré non coupable. Lok Maya Adhikari a été libérée après avoir purgé sa peine entière.

Au Népal, tout acte d'avortement est passible de la prison. Les lois anti-avortement, classifiées sous la rubrique "Homicide," ne permettent pas d'exceptions, même dans les cas où la santé ou la vie de la mère est menacée, ou dans les cas où la grossesse résulte du viol ou de l'inceste. Pour les femmes qui se font avorter, et pour les avorteurs, la peine est l'emprisonnement pour un terme de trois mois à trois ans. Par suite des lois anti-avortement, des centaines de femmes ont subi des peines de prison. Des milliers d'autres subissent en souffrant des avortements illégaux extrêmement périlleux. Les méthodes employées comprennent l'ingestion orale de teintures chimiques et de médicaments à base de plantes, et l'insertion dans le col de l'utérus des substances étrangères comme du mercure, des morceaux de verre tranchants, ou des bouts de bois enduits de mélanges d'herbes ou de la bouse de vache. Au Népal, toute femme qui court le risque d'un avortement court le risque aussi non pas seulement de l'emprisonnement, mais aussi de la stérilité, de l'infirmité chronique, et de la mort, à cause des conditions non surveillées et antihygiéniques dans lesquelles l'avortement a lieu. Dr. Aruna Uprety, médecin et une des activistes principaux pour les droits reproducteurs au Népal, a vu mourir de nombreuses femmes des complications liées à l'avortement illégal et périlleux, et elle admet franchement avoir exécuté des avortements. "Après avoir vu tant de femmes mourir d'organes herniés, de la septicémie, ou d'hémorragie massive, je me suis rendue compte que la criminalisation de l'avortement tuait des femmes chaque jour." Les complications liées à l'avortement sont responsables en grande partie du taux de mortalité maternelle du Népal, qui serait 1.500 par cent mille selon les estimations officielles d'Unicef de 1996, et qui représente le taux le plus élevé de tous les pays sud-asiatiques. Le Népal est un des rares pays du monde où l'espérance de vie de la femme est inférieure à celle de l'homme.

Au Népal comme dans de nombreux pays, la législation anti-avortement touche principalement les femmes pauvres, qui sont pratiquement les seules cibles de poursuites pénales, et qui sont les plus vulnérables aux risques pour la santé que pose l'avortement exécuté dans des milieux non-médicaux. Par contre, les femmes ayant accès aux ressources financières peuvent aisément obtenir un avortement clandestin sans risque médical, de la part de médecins dans des cliniques privées de la ville, en échange d'honoraires haussés par l'illégalité de la procédure. Ni ces femmes ni ces médecins ne sont poursuivis en justice, bien qu'il soit de notoriété publique que des avortements ont lieu dans ces cliniques.

Des efforts législatifs pour amender la législation sur l'avortement continue depuis 1994. La révision de la loi actuellement projetée rendrait légal l'avortement pour les femmes mariées dans le premier trimestre de la grossesse, avec le consentement du mari. Dans les cas où la grossesse résulte du viol ou de l'inceste, un avortement serait permis à toute femme, dans le premier et le deuxième trimestres. L'avortement serait également permis, sur la recommandation d'un médecin autorisé, à n'importe quelle période de la grossesse, si la vie de la mère ou sa santé physique ou mentale est en jeu, ou, si le foetus est difforme. Plusieurs crises politiques, suivies de changements au gouvernement, ont fait obstacle à l'étude de cet amendement de la part du Parlement. Le 31 juillet 1997, on a présenté le Projet de Loi no. 11, qui aborde un nombre de questions liées aux droits de la femme, y compris l'héritage de la propriété, le mariage précoce, la polygamie, le viol, et, la révision projetée de la législation sur l'avortement. Le projet de loi est en instance devant la Commission des droits de l'homme du Parlement. Egalité Maintenant approuve l'inititative en cours au Népal de mettre à la disposition des femmes l'avortement légal et sans risque médical - initiative dont elle reçoit la nouvelle avec plaisir. Pourtant, les dispositions du projet de loi qui exigent le consentement du mari limitent les droits des femmes enceintes de faire leur propres choix par rapport à la reproduction, et passent ces droits en fait de l'Etat aux maris. Egalité Maintenant trouve aussi extrêmement inquiétant, que le projet de loi ne comprenne pas les femmes non mariées, sauf dans les cas où la grossesse résulte du viol ou de l'inceste.

L'Organisation mondiale de la santé (l'OMS), dans un rapport sorti en mars 1998, a annoncé avoir trouvé que les lois anti-avortement sont liées à des taux plus élevés d'avortements périlleux et de mortalité maternelle; l'OMS estime que des avortements périlleux tue 80.000 femmes par an autour du monde. On a aussi trouvé dans le rapport que, "contrairement à ce que l'on croit généralement, la légalisation de l'avortement n'augmente pas forcément les taux d'avortement," et que, par exemple, la Barbade, le Canada, la Tunisie, et la Turquie n'ont pas vu de taux plus élevés d'avortement après avoir changé leurs lois afin de permettre un accès plus général à l'avortement.

Comment agir: 

Veuillez écrire au président de la Commission des droits humains et aux autres hauts fonctionnaires mentionnés ci-dessous. Témoignez votre inquiétude à l'égard de la législation anti-avortement au Népal, qui a entraîné un taux de mortalité maternelle tellement élevé, et signalez que de nombreuses morts auraient pu être prévenues, si l'avortement légal et sans risque médical avait été accessible. Citez la quatrième Conférence mondiale sur la femme des Nations unies qui s'est tenue en 1995 à Beijing, qui a recommandé vivement aux gouvernements dans son Programme d'action, "de traiter les conséquences médicales de l'avortement ayant lieu dans des conditions hasardeuses, en tant qu'un problème majeur pour la santé publique," et de prendre en considération la révision des lois qui prévoient des sanctions contre des femmes qui ont subi des avortements illégaux." Citez aussi la conclusion du rapport récent de l'OMS, à savoir que les lois anti-avortement tuent des femmes - elles n'empêchent pas nécessairement les avortements. Témoignez votre approbation des efforts pour amender la loi sur l'avortement, mais notez votre inquiétude à l'égard de la stipulation exigeant la consentement du mari, et de l'exclusion des femmes non mariées. Recommandez vivement que le projet de loi soit révisé de manière à redresser ces questions, et qu'il soit adopté aussi vite que possible, afin de sauver des vies. Veuillez envoyer des lettres aux suivants:

 

Chairman, Human Rights Committee
Parliament
Singh Darbar
Katmandou, Népal

Secretary
Ministry of Law
Babar Mahal
Katmandou, Népal

 

Secretary
Parliament
Singh Darbar
Katmandou, Népal

Secretary
Ministry of Women and Social Welfare
Social Welfare Building, Lainchaur
Katmandou, Népal