Alerte Info: Pakistán: Egalite Maintenant appelle le gouvernement du Pakistan a proteger les droits des femmes et des filles dans la vallee de la Swat et les zones tribales sous administration federale

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Date: 
17 Fév 2009

Vous trouverez ci-après un article rédigé par Egalité Maintenant, publié dans le quotidien britannique The Independent. Il insiste sur le fait que la dégradation de la situation en matière d'ordre public dans la vallée de la Swat et dans les Zones tribales sous administration fédérale (Federally Administered Tribal Areas/FATA) au Pakistan conduit à des violences et à une discrimination accrues à l’encontre des femmes. Il remet également en cause les projets des autorités du Pakistan pour autoriser l'application de la charia (la loi islamique), dans le cadre d’un accord de paix avec des militants. L’autorisation, par les pouvoirs publics, d’un système juridique parallèle, non codifié et ouvert à l'interprétation, en particulier par des personnes niant les droits fondamentaux des femmes, est à la fois inconstitutionnelle et inacceptable.

Le Pakistan fait fi de la justice et méprise les femmes
The Independent
Par Anber Raz
Mardi 17 février 2009
http://www.independent.co.uk/news/world/asia/anber-raz-pakistan-ignores-justice-and-holds-women-in-contempt-1623809.html

Plus de 100 établissements scolaires destinés aux filles ont été incendiés ou détruits à l'explosif par des militants dans la vallée de la Swat et dans d'autres zones tribales, où l'on estime que désormais, quelques 100 000 filles peuvent se voir refuser leur droit fondamental à l’éducation.

Les militants ont sommé tous les parents de ne plus envoyer leurs filles à l'école. Ils les ont menacés, dans le cas où ils contreviendraient à ce décret, de s’en prendre directement aux filles qui poursuivraient leurs études. Les femmes se sont vues ordonner de se voiler et de s’abstenir de quitter leur demeure en l’absence d’un homme de leur famille pour les accompagner. Les autorités pakistanaises ont expliqué qu’elles avaient accepté d’introduire la charia, cédant ainsi aux instances des militants, à titre d’incitation à l’arrêt des affrontements.

L’autorisation, par les pouvoirs publics, d’un système juridique parallèle, utilisé pour dénier aux femmes et aux filles leurs droits fondamentaux, est à la fois inconstitutionnelle et inacceptable. Un certain nombre de comptes rendus laissent penser que plus de 70 tribunaux talibans opèrent déjà dans la région, et prononcent des condamnations au nombre desquelles des peines de flagellation. En l’absence de signes indiquant que les écoles de filles de la région vont rouvrir et l'apaisement des tensions opposant les militants aux pouvoirs publics constituant une priorité apparente, le gouvernement clame qu’il fait tout ce qui est en son pouvoir pour rétablir l’ordre public, mais semble avoir exclu de ses préoccupations plus de la moitié de la population du pays.

Le respect de l’ordre, Mukhtar Mai ne demande que ça. En 2002, elle a été victime d’un viol collectif, sur ordre d’un tribunal tribal illégal, à titre de sanction infligée pour une infraction supposément commise par son frère, âgé de 12 ans. Elle n’a toujours pas obtenu justice. Après des années de lutte pour faire traduire ses agresseurs devant les tribunaux, après que la Haute cour ait annulé leur condamnation, en 2005, elle a reçu un message, à la fin de l'an dernier. Elle explique qu'il émanait de Sardar Abdul Qayyum, Ministre fédéral des industries de défense, qui la mettait en demeure d’abandonner toutes ses accusations contre les 13 hommes accusés. A défaut, l'avertissait-elle, ses collaborateurs et lui se faisaient forts de veiller à ce que la procédure ne tourne pas en sa faveur. L’instance a été reportée à une date indéterminée par la Cour suprême, et Mme Mai pense que le fait de nommer le ministre a contribué à alourdir encore les menaces qui pèsent sur son existence.

Le mépris de la justice et des droits des femmes a gagné le gouvernement. L’an dernier, des groupes de femmes ont protesté contre la nomination au ministère de Mir Hazar Khan Bijarani au ministère de l’éducation un mois après qu’il ait présidé un tribunal illégal ayant décidé d’accorder au plaignant, à titre d’indemnisation dans un litige local, cinq fillettes, âgées de deux à cinq ans.

Les autorités pakistanaises ont également élevé au rang de ministre des services postaux Israrullah Zehri, après que celui-ci ait défendu le massacre de trois adolescentes et de deux femmes adultes, au Balochistan, parce que les filles voulaient choisir leurs conjoints. Il aurait répondu en ces termes à une question parlementaire : « ce sont là des traditions multiséculaires et je continuerai à les défendre ».

Les observateurs peuvent, à bon droit, s’interroger sur la volonté du gouvernement de faire de l’éducation des filles une question prioritaire, de mettre un terme aux violences contre les femmes et de rétablir l’égalité des droits dans la vallée de la Swat et dans d’autres zones tribales. Parce qu’elles sont des citoyens comme les autres, les femmes pakistanaises méritent de voir leurs droits protégés, et non sacrifiés sur l’autel de l’extrémisme, ou abandonnées aux mains de membres du cabinet pour lesquels les protections constitutionnelles pakistanaises n’ont que peu de signification.

Si le gouvernement du Pakistan a véritablement le souci de mettre un terme aux violences à l’égard des femmes, et de promouvoir l’égalité, il doit faire passer clairement le message selon lequel les droits des femmes ne sont pas négociables. Et commencer par mettre de l’ordre chez lui.

Anber Raz est responsable du Programme Asie de l’organisation internationale de défense des droits des femmes Egalité Maintenant.
 

Comment agir: 

Nous vous invitons à contacter les responsables publics pour les exhorter à veiller à ce que les droits des femmes et des filles soient protégés et non sacrifiés sur l’autel de l’apaisement des tensions avec les groupes militants dans la vallée de la Swat et dans les FATA.

Président Asif Ali Zardari
President of Pakistan
President's Secretariat
Islamabad, Pakistán

Mr Farooq Naik
Minister of Law, Justice and Human Rights
S Block Pakistan Secretariat
Islamabad, Pakistán

Mr Ameer Hussain Hoti
Chief Minister of North West Frontier Province
Correo electrónico: info@nwfp.gov.pk
Téléphone l: +92- 92-9211705

Nous vous demandons également d’adresser des copies de vos messages au président du parlement :

Dr Fehmida Mirza
Speaker, National Assembly of Pakistán
Parliament House
Islamabad, Pakistan
Correo electrónico: speaker@na.gov.pk

 

Lettres: 

[ajouter l’adresse du destinataire]

Cher [nom],

Je vous écris pour vous faire part de ma profonde préoccupation au sujet des violences et de la discrimination auxquelles sont confrontées les femmes et les filles dans les Zones tribales sous administration fédérale (Federally Administered Tribal Areas, FATA) et dans la vallée de la Swat, au Pakistan, et notamment quant aux récentes informations selon lesquelles le gouvernement pakistanais serait prêt à approuver l'application de la charia dans ces régions, dans le contexte d'un accord de paix.

Un système de justice parallèle non codifié serait seulement gage de confusion pour les personnes désireuses de faire valoir leurs droits. Il risquerait également de leur dénier les protections prévues par la constitution et le droit national pakistanais. Compte tenu des antécédents des militants à ce jour, les éléments dont nous disposons laissent à penser que des droits protégés par la constitution du Pakistan, et notamment ceux des femmes et des filles, disparaîtraient dans un système administré par les militants, ou à tout le moins, en pâtiraient. Ceci constituerait, entre autres, une violation des garanties constitutionnelles d’égalité.

J'exhorte donc respectueusement le gouvernement à rejeter d’urgence l'approbation de tout système juridique alternatif ne garantissant pas l’égalité pour tous. Nous vous adjurons également de prendre des mesures actives de promotion et de protection des droits des femmes et des filles, notamment en combattant effectivement l’interdiction faite aux filles, par les militants, de poursuivre leurs études, et en faisant en sorte que les filles disposent d’un accès sûr à l’éducation.

Je vous remercie de l'attention que vous voudrez bien accorder à ce problème.

Veuillez agréer, Monsieur le [titre], l’expression de mes salutations très respectueuses.