Egalité Maintenant appelle le gouvernement du Pakistan à protéger Uzma Ayub, victime de viols collectifs âgée de 16 ans, et à garantir que justice soit faite

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Date: 
15 Déc 2011
Date de mise à jour: 
11 Fév 2013
MISE A JOUR: 

MISE A JOUR - FEVRIER 2013: le 31 janvier dernier, après le renvoi de l'affaire par la Haute Cour, le tribunal a acquitté les accusés, y compris plusieurs agents de police, qui étaient poursuivis pour  viols collectifs. Etant donné la détermination de la Haute Cour à démontrer qu'il n'y avait aucune preuve concluante contre les accusés, ce n'est pas une surprise. A la suite de cette décision, nous sommes inquiets pour la sécurité d’Uzma et de sa famille : elles ne bénéficient plus de la protection de l'Etat et ont déjà été ciblées pour avoir porté l'affaire en justice. Avec nos partenaires, nous évaluons les stratégies à adopter pour pouvoir la protéger.


MISE A JOUR - 22 JUIN 2012: Le 19 juin dernier, la Haute Cour de Peshawar (Pakistan) a abandonné son enquête dans cette affaire.  Le tribunal a jugé que les résultats des tests ADN prélevés sur le bébé d’Uzma ne correspondaient à aucun des hommes impliqués dans les viols. En outre, le tribunal a ordonné qu’Uzma se soumette à plusieurs détecteurs de mensonges et a jugé les résultats peu concluants. Le 4 juin dernier, Egalité Maintenant avait écrit au tribunal pour exprimer sa vive inquiétude à ce sujet : soumettre une victime de viol à des détecteurs de mensonge est psychologiquement néfaste et, étant donné le caractère non concluant de ces tests, très préjudiciable.

Les deux affaires, celle des viols subis par Uzma et celle du meurtre de son frère, sont toujours en instance devant une juridiction inférieure. Egalité Maintenant, avec nos partenaires, est en train de décider de la stratégie à adopter lors des prochaines étapes.


MISE A JOUR - 29 FEVRIER 2012: Les pressions exercées par les organisations de défense des droits humains et les médias ont incité le gouvernement pakistanais à prendre des mesures dans l’affaire Uzma Ayub. Suite aux demandes de la Haute Cour de Peshawar pour une enquête approfondie et de strictes mesures contre tous les auteurs et les officiers de police qui ne sont pas intervenus lors des affaires de viol et d’homicide en décembre dernier, 14 personnes ont été arrêtées en rapport aux viols et 29 policiers ont été suspendus. Le meurtrier présumé du frère d’Uzma est toujours en fuite, mais 15 de ses complices présumés ont été arrêtés. Par mesure de sécurité, Uzma et sa mère ont été relogées à Peshawar par le gouvernement pakistanais. Uzma a donné naissance à une petite fille le 19 janvier et des échantillons d'ADN prélevés sur le bébé et les violeurs présumés sont actuellement analysés dans le but d'identifier le père de l'enfant. La prochaine audience consacrée à l'affaire de viol aura lieu une fois que les résultats du test de paternité seront connus. Veuillez vous joindre à nous et continuer à appeler le gouvernement pakistanais à faire en sorte que le cas d’Uzma soit proprement et complètement examiné et que tous les auteurs impliqués, y compris ceux qui ont entravé la justice, soient poursuivis dans toute la mesure de la loi. De même, continuez à exhorter les autorités à veiller à ce que tous les responsables de l'assassinat d'Alamzeb, le frère d’Uzma, soient rapidement traduits en justice et poursuivis. AGISSEZ !


Alamzeb Khattak
Uzma et sa fille

Egalité Maintenant est très inquiet sur  le sort d’Uzma Ayub, adolescente de 16 ans qui vient de Karak dans la province Khyber Pakhtunkhwa du Pakistan. En 2010, Uzma a été enlevée, détenue pendant un an, et violée à de nombreuses reprises par plusieurs personnes qui incluraient notamment des policiers et un membre civil de l'armée pakistanaise. Uzma est actuellement enceinte de 8 mois à la suite des viols. Le 9 décembre 2011, Uzma et son frère de 25 ans, qui avait soutenu ses efforts pour obtenir justice, ont été attaqués à la sortie du tribunal de Karak. Alamzeb Marwat, le frère d’Uzma, a été sauvagement abattu. Bien que le frère cadet d’Uzma ait assisté à l'attaque et désigné ceux qui sont impliqués comme proches de certains des officiers de police accusés, le policier responsable de l’enquête a refusé d’agir, suggérant qu'il était difficile de déterminer qui avait porté le coup fatal. Suite à la pression des médias et des groupes locaux de défense des droits humains, 5 hommes ont maintenant été arrêtés et un est encore en fuite.

>> AGISSEZ !

Il y a un an, le 24 décembre 2010, des policiers sont entrés chez Uzma au prétexte qu’ils recherchaient son frère dans le cadre d’un délit mineur. Son frère n'était pas à la maison et ils se sont emparés d’elle. Uzma a déclaré qu'elle a ensuite été remise à d’autres hommes qui attendaient à l'extérieur et qui l'ont emmenée dans une maison, puis qu'un homme dénommé Dr Iqbal lui a fait une piqûre et qu’elle a perdu connaissance. A son réveil, elle était dans un autre lieu. Uzma affirme que le fils d'un officier de l'armée, Naseebullah, a essayé de la forcer à l'épouser et, après avoir refusé, que celui-ci serait venu à la maison et l'aurait violée. Elle a déclaré avoir alors été violée par un certain nombre d'hommes dont au moins deux policiers, l'un d’entre eux nommé Hakeem. Uzma a été en mesure de donner des détails sur des caractéristiques distinctives et marques corporelles de certains des accusés. Le 19 septembre 2011, Uzma a réussi à s'échapper alors qu'elle était emmenée dans une voiture par deux hommes qui l’avait achetée à ses ravisseurs.

Uzma et sa famille tentent de se battre pour obtenir justice, malgré les soupçons de corruption policière et les menaces des intégristes locaux. Le Dr Iqbal et le sous-inspecteur Hakeem sont soupçonnés d’être impliqués dans des affaires illicites et de soudoyer régulièrement la police locale pour qu’elle ferme les yeux. La police a d’abord refusé d'enregistrer une plainte contre chacun des accusés et il a fallu attendre que les organisations locales de défense des droits humains et les médias attirent l'attention sur l'affaire pour que le tribunal de district ordonne l'arrestation de certains des accusés. Cependant, le juge du tribunal du district de Karak a autorisé la mise en liberté provisoire de toutes les personnes avant qu’elles ne soient arrêtées. Devant le tollé provoqué, le juge est revenu sur sa décision le 3 décembre avant que les demandes d’arrestation ne soient formulées contre les accusés: l’inspecteur Mohsin Shah, le sous-inspecteur Ameer Khan, le sous-inspecteur assistant Hakeem Khan, Qamar Ali et Karim Khan.

L'affaire est actuellement ajournée car certains des accusés ont sollicité un règlement extrajudiciaire avec Uzma et sa famille. Selon des sources locales, entre 30 et 40 anciens de la région sont venus voir la famille le 6 décembre et les informer que Hakeem Khan, Mohsin Shah et Ameer Khan avaient avoué le crime et souhaitaient régler la question en privé. Uzma a clairement fait savoir qu'elle voulait obtenir justice, et non pas un règlement à l’amiable. Des rapports d’enquête décrivent comment Uzma et son frère, Alamzeb, sont allés au tribunal de district de Karak le 9 décembre pour obtenir certains documents. Là, des proches de certains officiers de police accusés auraient une nouvelle fois tenté de faire pression sur Alamzeb pour qu’il accepte un accord, ce qu’il a refusé. Le frère cadet d’Uzma, également présent, a déclaré qu’alors qu’Alamzeb était sur le point de partir, il s’est fait renverser par une voiture. Il a essayé de s'enfuir mais le conducteur de l'un des officiers accusés l’a retenu tandis que le frère du sous-inspecteur Hakeem Khan aurait tué Alamzeb en lui tirant une balle dans la tête et dans la poitrine.

Egalité Maintenant a été informé que des policiers ont fait pression sur les membres de la communauté et encouragé les fondamentalistes de la région à protester contre l'arrestation des accusés. Des manifestations contre Uzma ont été organisées, celle-ci étant accusée de déshonorer sa communauté et de porter un enfant illégitime qui devrait être avorté. Ces manifestations ont aussi visé les organisations locales de défense des droits humains qui ont aidé Uzma, comme Pakhtunkhwa Civil Society Network, Violence Against Women Watch Group (KP) et End Violence Against Women Group Alliance KP/FATA. A cause de leur engagement, des membres du personnel de ces organisations ont également reçu des menaces de mort.

Le 15 décembre 2011, la haute-cour de Peshawar a annoncé la constitution d’un comité de haut niveau pour enquêter sur l’affaire. Toutefois, les groupes locaux de défense des droits humains ont peu confiance que les procédures soient suivies : huit jours après qu’un précédent comité a recommandé que des mesures soient prises afin de corriger les failles de l’enquête, le frère d’Uzma était assassiné aux portes du tribunal.

Parmi les traités internationaux relatifs aux droits humains, le Pakistan est signataire du Pacte international relatif aux droits civils et politiques en vertu duquel «toutes les personnes sont égales devant la loi et ont droit sans discrimination à une égale protection de la loi.» La constitution du Pakistan stipule à l’article 25 que «(1) Tous les citoyens sont égaux devant la loi et ont droit à une égale protection de la loi. (2) Il ne doit y avoir aucune discrimination sur la seule base du sexe.» Il est d'autant plus difficile pour les victimes d'obtenir justice de par le fait que les personnes qui devraient faire respecter la loi semblent être les mêmes que celles qui la violent.

Comment agir: 

Veuillez écrire d'urgence aux ministres ci-dessous et appelez-les à garantir la sécurité immédiate d’Uzma et de sa famille. Demandez-leur de veiller à ce que son cas soit proprement et complètement examiné et  que tous les auteurs impliqués, y compris ceux qui ont entravé la justice, soient poursuivis dans toute la mesure de la loi, conformément aux obligations internationales et à la constitution du Pakistan. De même, appelez-les à veiller à ce que tous les responsables de l'assassinat d'Alamzeb, le frère Uzma, soient rapidement traduits en justice et poursuivis. Demandez que les organisations locales menacées soient protégées et que les menaces à leur encontre fassent l’objet d’une enquête et de poursuites appropriées. Demandez des garanties que les autorités envoient un fort message : de tels crimes, en particulier de la part de ceux qui devraient faire respecter la loi, ne seront pas tolérés.

>> AGISSEZ !

Mr. Amir Haider Hoti
Chief Minister Khyber Pakhtunkhwa
Chief Minister House
Fort Road,
Peshawar Cantt
Pakistan
Tel: +92-91-9213574, +92-91- 9211719
Fax: +92-91-9210718, +92-91-9210743

Barrister Arshad Abdullah
Minister for Law & Parliamentary Affairs
Government of Khyber Pakhtoonkhwa
Minister Block Opposite to MPA Hostel
Peshawar, Khyber Pakhtoonkhwa
Tel: +92-91-9210353
Fax: +92-91-9211130
 
Mr. Syed Yousuf Raza Gillani
Prime Minister of the Islamic Republic of Pakistan
The Prime Minister’s Secretariat
Islamabad, Pakistan
Tel: +92 51 920 6111
Fax: +92 51 922 1596
E-mail: secretary@cabinet.gov.pk

Mr. Moula Bakhsh Chandio
Minister for Law, Justice
and Parliamentary Affairs
Ministry of Law, Justice
and Parliamentary Affairs
Islamabad, Pakistan
E-Mail: minister@molaw.gov.pk

Lettres: 

Cher / Chère _____ :

Je vous écris pour exprimer ma profonde inquiétude concernant le cas d’Uzma Ayub, venant de Karak, dans le district Khyber Pakhtunkha (KP), victime de viols collectifs quand elle était âgée de 16 ans.

Je suis très préoccupé(e) d'apprendre les horribles circonstances entourant  l’affaire Uzma, le fait qu'elle ait été détenue pendant prés d'une année et violée à de nombreuses reprises par plusieurs personnes, y compris par des policiers. Je suis consterné(e) d'apprendre qu’Uzma et sa famille, ayant déjà subi une telle tragédie, ont été à nouveau traumatisées par l'assassinat d’Alamzeb Marwat, le frère d'Uzma, à la sortie du tribunal du district de Karak par des hommes qui seraient proches de certains des policiers incriminés.

En dépit d'intenses pressions et menaces de mort, Uzma et sa famille se battent pour obtenir justice. Cette affaire a mis en évidence le degré alarmant de corruption policière dans la région et je vous exhorte à vous occuper de ce problème de toute urgence. Je vous exhorte aussi respectueusement à veiller à ce que le cas d’Uzma soit proprement et complètement examiné et  que tous les auteurs impliqués, y compris ceux qui ont entravé la justice, soient poursuivis dans toute la mesure de la loi, conformément à la constitution du Pakistan, qui stipule que « les citoyens sont égaux devant la loi et ont droit à une égale protection de la loi » et qu’« il ne doit y avoir aucune discrimination sur la seule base du sexe »,  et à ses obligations internationales. Je vous demande aussi de veiller à ce que tous les responsables de l'assassinat d’Alamzeb, le frère d'Uzma, soient rapidement traduits en justice et poursuivis.

Je crois également comprendre que les ONG locales qui ont soutenu Uzma dans son combat pour la justice ont été menacées. Je vous exhorte à veiller à ce que ces organisations locales soient protégées et que les menaces à leur encontre fassent l’objet d’une enquête et de poursuites appropriées.

En poursuivant les auteurs en justice, le gouvernement du KP enverra un fort  message que de tels crimes, en particulier de la part de ceux qui devraient faire respecter la loi, ne seront pas tolérés.

Merci de votre attention.

Veuillez agréer l'expression de mes salutations distinguées