Appel Renouvelé pour l'abrogation de la Fatwa de l'Arabie Saoudite Interdisant aux Femmes de Conduire

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Date: 
26 Mai 2011
Date de mise à jour: 
11 Juin 2012
MISE A JOUR: 

MISE A JOUR - Juin 2012: les activistes saoudiennes revendiquent le droit de conduire depuis plus de vingt ans, l’initiative la plus récente étant la campagne Women2Drive. Cette campagne a été lancée le 17 juin 2011 mais le gouvernement n'a toujours pas pris de mesures pour accorder aux femmes le droit de conduire. Au contraire, les activistes saoudiennes qui luttent pour les droits des femmes sont prises pour cible par le gouvernement. Manal Al-Sharif, celle qui est le fer de lance de la campagne Women2Drive, a été persécutée pour son initiative. Elle a été incarcérée, a fait l’objet de menaces, et  a perdu son emploi pour s’être prononcée en faveur du droit des femmes à conduire. AGISSEZ! (En anglais seulement)

Ce 17 juin 2012, date du premier anniversaire de la campagne, les militantes saoudiennes appellent à un soutien renouvelé en faveur de la campagne Women2Drive en demandant aux femmes et aux hommes du monde entier de se rendre en voiture aux consulats et ambassades d'Arabie saoudite et de klaxonner pour manifester leur soutien. Veuillez vous joindre à nous pour soutenir les efforts continus des saoudiennes qui revendiquent le droit de conduire et continuer à appeler le gouvernement saoudien à lever l'interdiction de conduire pour les femmes.

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MISE A JOUR - 16 Février 2012: d'après certaines informations, deux militantes saoudiennes pour les droits des femmes , Manal Al-Sherif et Samar Badawi, ont intenté des poursuites contre le ministère de l'Intérieur pour avoir refusé de leur délivrer leur permis de conduire. Elles affirment que, parce qu’il n’existe pas de loi interdisant explicitement aux femmes de conduire, il n’y a pas de justification au refus de leur délivrer des permis de conduire. Bien que la Fatwa, ou décret religieux, interdisant aux femmes de conduire ne soit pas juridiquement contraignante, elle est appliquée par les autorités et a donc effectivement force de loi en Arabie Saoudite. Egalité Maintenant soutient les efforts des femmes qui défendent les droits humains en cherchant à tenir le gouvernement saoudien responsable et en revendiquant le droit de conduire, et par la même la liberté de mouvement qui est essentielle à la réalisation de droits associés, y compris du droit à l'éducation, à la santé, et à l'emploi. Veuillez vous joindre à nous tandis que nous continuons à soutenir les efforts des femmes saoudiennes et exhortez le gouvernement saoudien à abroger cette Fatwa qui viole les droits humains fondamentaux des Saoudiennes. 

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MISE A JOUR - 29 Septembre 2011: Selon des rapports, le roi saoudien aurait révoqué la peine de flagellation infligée à une femme pour avoir conduit une voiture à Djeddah. La femme a été condamnée le 27 Septembre 2011 à dix coups de fouet par un tribunal de Djeddah. Selon certaines sources, deux autres femmes saoudiennes seraient également accusées d’avoir conduit. Veuillez écrire au gouvernement saoudien, l’exhortant à libérer toutes les femmes détenues ou arrêtées pour avoir conduit et à ordonner que les femmes conductrices ne soient pas détenues, arrêtées ou harcelées de quelque façon que ce soit. Veuillez continuer à exprimer votre soutien pour les femmes impliquées dans la campagne Women2Drive et appeler le gouvernement à lever la fatwa interdisant aux femmes de conduire.

Egalité Maintenant est profondément préoccupé par la Fatwa de l’Arabie saoudite interdisant aux femmes de conduire (Cheikh Abdel Aziz Bin Abdallah Bin Baz, 1990) et par la récente arrestation de Manal al-Sherif, une militante saoudienne pour les droits des femmes qui a été emprisonnée le 22 mai 2011 à Dammam, dans l’est du royaume. Selon des rapports, elle était l'une des organisatrices d'une campagne internet contre la Fatwa et a bravé l’interdiction deux fois pour faire avancer sa cause. Elle a été arrêtée, placée en détention, et accusée d’avoir "troublé l'ordre public et incité l'opinion." Egalité Maintenant supporte le nombre croissant de femmes saoudiennes qui revendiquent le droit de conduire et exhorte les autorités à lever l'interdiction. L’arrestation de Manal al-Sherif et la censure d’une campagne internet largement soutenue par les Saoudiennes constituent une expression explicite des efforts du gouvernement de Ryad pour étouffer ce mouvement progressif.

AGISSEZ! (En anglais seulement)

Les droits fondamentaux des femmes sont bafoués par cette Fatwa (édit religieux) qui restreint le mouvement des femmes en leur interdisant de prendre le volant. L'Arabie saoudite est le seul pays qui empêche toutes les femmes, à la fois les Saoudiennes et les étrangères, de conduire. Tandis que les militantes saoudiennes affirment qu’elle n'est pas juridiquement contraignante, la Fatwa (citée ci-dessous) est appliquée par la police, se traduit par des arrestations, et a donc effectivement force de loi en Arabie saoudite. 

La Fatwa prévoit:

Fatwa interdisant aux femmes de conduire une automobile (Cheikh Abdel Aziz Ben Baz Ben Abdallah), 1990

[... ]la question de la conduite automobile des femmes. On sait que c'est une source de vices indéniables, notamment de "khilwa" [un homme et une femme n'appartenant pas à la même famille immédiate se trouvant seuls ensemble en privé] et d’abandon du "hijab" [voile islamique]. Cela entraîne également des femmes à rencontrer des hommes  sans prendre les précautions nécessaires. Cela pourrait également conduire à commettre des actes "harams" [interdits/tabous], voila pourquoi c’est défendu. La Charia pure interdit également les moyens qui conduisent à commettre des actes tabous et considère ces actes "harams" en eux-mêmes [...] Ainsi, la Charia pure interdit tous les moyens conduisant au vice [...] la conduite automobile des femmes constitue l’un de ces moyens, c'est évident.

En 2008, après examen du rapport de conformité de l'Arabie saoudite, le Comité pour l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes (CEDAW) a noté que "l’interdiction de facto pour les femmes de conduire, qui limite leur liberté de  mouvement, contribue au maintien de tels stéréotypes [discriminatoires]" et il "s’inquiète de ce que l’État partie fait peu d’efforts pour s’attaquer à de telles pratiques culturelles et à ces stéréotypes discriminatoires." Le Comité a en outre appelé l'Arabie Saoudite à "conclure son examen de l’interdiction de conduire imposée aux  femmes." En Mars 2009, le Groupe de travail du Conseil des droits de l’Homme chargé de l'Examen périodique universel (EPU) a dans son examen appelé l'Arabie saoudite à "abolir les lois et pratiques qui empêchent les femmes de participer pleinement à la vie de la société sur un pied d'égalité avec les hommes", notamment les "restrictions à la liberté de circulation" et "l'interdiction pour les femmes de conduire une automobile et les restrictions à l'accès des femmes à l'emploi, aux lieux publics et aux installations commerciales."

A la suite de la quatrième Conférence mondiale des Nations Unies sur les femmes, les délégués de 189 gouvernements se sont engagés lors du Programme d'action de Beijing (1995) à "abroger toutes les lois encore en vigueur qui introduisent une discrimination fondée sur le sexe" et à "garantir la non-discrimination et l’égalité devant la loi et dans la pratique." Dans le cadre de notre travail pour mettre fin à toute discrimination juridique et pratique contre les femmes dans monde, Egalité Maintenant exhorte le gouvernement saoudien à abroger cette Fatwa qui, en interdisant aux femmes la conduite automobile, viole leurs droits en vertu du droit international. Nous exhortons le gouvernement saoudien à libérer Manal al-Sherif immédiatement et sans condition pour qu’elle puisse exprimer pacifiquement ses opinions.

Comment agir: 

Veuillez écrire au roi d'Arabie saoudite pour lui demander de remédier à cette violation en abrogeant cette Fatwa. Appelez-le à libérer immédiatement Manal al-Sherif. Exhortez-le à garantir la non-discrimination et l’égalité devant la loi et dans la pratique pour les femmes en Arabie saoudite. Veuillez envoyer une lettre similaire au ministre de la Justice. AGISSEZ! (En anglais seulement)

Les lettres doivent aller à:

Sa Majesté, le Roi Abdullah bin Abdul
Aziz Al Saoud
Royaume d'Arabie saoudite
Fax: +966 1 491 2726

Son Excellence le Dr. Abdul bin Muhammad
El Karim Abdul Azziz El Issa
Ministre de la Justice
University Street, Riyad 11137
Royaume d'Arabie saoudite
Fax: +966 1 401 1741

Avec une copie à: Commission des droits humains, B.C. Box 58889 Riyad 11515, King Fahed Street, Building 373, Riyad, Royaume d'Arabie Saoudite. Email: hrc@haq-ksa.org

Lettres: 

[Votre Altesse] [Monsieur le Ministre],

Je vous écris pour exprimer ma profonde préoccupation concernant l'interdiction aux femmes de conduire en Arabie Saoudite comme en témoigne la fatwa émise par cheikh Abd al-Aziz ibn Abd Allah ibn Baaz en 1990.

Les saoudiennes ne cessent de revendiquer le droit de conduire depuis plus de vingt ans mais aucune mesure n'a été prise par le gouvernement pour répondre à leurs demandes. Au contraire, le gouvernement cible ces activistes pour leur lutte en faveur des droits des femmes. Selon des témoignages,  l’activiste pour les droits des femmes Manal Al-Sherif est persécutée pour ses initiatives. Elle a été incarcérée, a fait l’objet de menaces et  a perdu son emploi pour avoir dénoncé le gouvernement. Je tiens à exprimer mon soutien à ces femmes courageuses et au mouvement grandissant de Saoudiennes qui revendiquent le droit de conduire, essentiel à la liberté de mouvement, et qui exhortent les autorités à lever l'interdiction de prendre le volant en vigueur.

Je vous appelle respectueusement à veiller à ce que le ministère de l'Intérieur délivre des permis de conduire aux femmes ayant passé l’examen de conduite, et émette des instructions claires stipulant que les conductrices ne devraient pas être détenues, arrêtées ou harcelées en aucune façon. Je demande instamment aux autorités d'abroger la Fatwa et de lever l'interdiction qui empêche effectivement les femmes de conduire et porte atteinte à la capacité des femmes de jouir de leurs droits. Je vous demande également de garantir la non-discrimination et l’égalité devant la loi et dans la pratique pour les femmes en Arabie saoudite.

Je vous remercie de votre attention.

Veuillez agréer l’expression de mes salutations les plus respectueuses,

Cc: La Commission des droits de l’Homme (e-mail: hrc@haq-ksa.org)