Kenya: protéger les filles par l’application d’une législation sur les MGF et le mariage précoce

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Numéro de l'action: 
52.1
Date: 
10 Oct 2013

MISE A JOUR -  30 JANVIER 2014: en novembre-décembre 2013, Egalité Maintenant a soutenu notre partenaire, Women Rights Institute for Peace, pour offrir un abri à 45 fugueuses dans le centre de secours Sandai, qui se situe à Baringo. Fort heureusement, les filles sont en sécurité et elles sont retournées à l'école. Toutefois, jusqu'à ce que des mesures de protection soient mises en place, en particulier pendant la période où les MGF sont pratiquées en masse, les filles dans les communautés à risque demeurent en danger.

En réponse aux actions revendicatrices, le gouvernement kenyan a fait un pas en avant en instaurant en décembre 2013 une Commission de lutte contre les MGF et en nommant l'Honorable Linah Jebii Kilimo à sa tête. Mme Kilimo a contribué à faire passer le projet de loi anti- MGF en 2011 et travaillé activement avec les organisations gouvernementales et non gouvernementales pour éradiquer les MGF. Egalité Maintenant et nos partenaires se félicitent de ces développements et exhortent le gouvernement à travailler en étroite collaboration avec la Commission de lutte contre les MGF afin de s'acquitter de son mandat tel que décrit dans le Prohibition of FGM Act of 2011 (Section 5).

Veuillez continuer à appeler les autorités kenyanes, au niveau national et local, ainsi que la Commission de lutte contre les MGF à travailler ensemble pour protéger les filles par l'application de la législation contre les MGF et le mariage précoce, la sensibilisation du public sur les conséquences néfastes de ces violations des droits humains, et une aide aux filles qui fuient les MGF et le mariage précoce.

Merci de votre soutien.


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Egalité Maintenant suit plusieurs affaires de jeunes kenyanes ayant fui leur foyer ou évitant de rentrer à la maison après l'école afin d’échapper aux mutilations génitales féminines (MGF) et au mariage précoce, en particulier pendant les vacances d'août et de décembre, lorsque les mutilations sont effectuées en masse, et dans la région de Pokot, d’où proviennent un grand nombre de rapports. Malgré l'existence d’une législation contre les MGF et le mariage précoce au Kenya, il est clair qu’elle ne protège pas les filles et qu’elle n’est pas appliquée dans la région.

AGISSEZ !

  • Elizabeth, qui vient du village de Churo, a été empêchée de fréquenter l'école par ses parents, qui avaient prévu de lui faire subir des MGF et de la marier. Elle a trouvé refuge chez sa tante pendant un certain temps et a été à l'école, mais a été contrainte de fuir lorsque son père a essayé de l'enlever à l’âge 16 ans. Elle a marché pendant trois jours avant d'arriver à un refuge pour filles. Son père est allé au refuge et a essayé de la forcer à retourner à la maison, mais lorsque la direction a menacé de faire intervenir la police, il est parti et n'est pas revenu.
  • Alsine, qui vient du village de Tangulbei, a été déscolarisée par ses parents à 14 ans et soumise à des MGF en vue de «la préparer pour le mariage». Elle s'est enfuie chez sa sœur aînée, mais son père l’a enlevée et a commencé les préparatifs de mariage. Elle a réussi à s'échapper une fois de plus et, après avoir passé deux nuits à dormir dehors, a été dirigée vers un centre de secours pour les filles où elle fréquente à nouveau l'école.

Cana Rescue Center, qui a porté secours à Alsine et Elizabeth, est l'un des rares centres de secours de la région. Malheureusement, il n'a ni les ressources nécessaires pour accueillir et éduquer toutes les filles qui cherchent un refuge, ni la capacité de les abriter indéfiniment. Bien qu’ils fournissent un service essentiel, ces centres de secours/ONG ne constituent pas une solution permanente. Les filles ont besoin de grandir au sein de leur famille et de leur communauté. Bien que le Kenya ait adopté une législation interdisant les MGF et le mariage précoce, notre partenaire, Women Rights Institute for Peace (WRIP), nous a informé que les responsables gouvernementaux de la région de Pokot, d’où viennent Alsine et Elizabeth, n'ont rien fait pour empêcher les infractions ou pour protéger et soutenir les filles lorsqu’elles cherchent refuge.

Dans la région de Pokot, plus de la moitié des filles âgées de 10 à 21 ans ont subi des MGF. Selon les autorités locales, plus de 80% des filles n’ont jamais été scolarisées ou ont abandonné prématurément l’école car elles sont souvent mariées immédiatement après avoir subi des MGF. Pour faire en sorte que ces violations ne soient pas ignorées, il est nécessaire que les autorités de Pokot travaillent au sein des communautés pour protéger et soutenir les filles et faire appliquer la législation. Notre partenaire kenyan, Tasaru Ntomonok Initiative (TNI), est basé à Narok, une région où le taux de prévalence des MGF et du mariage précoce est également élevé. Afin de renforcer les structures d’aide et de faciliter l'application des lois, TNI a mis en place un programme qui incorpore les fonctionnaires régionaux, les forces de l’ordre, et les chefs de village. La mise en œuvre d’initiatives similaires de la part des autorités nationales et régionales contribuerait à protéger et à soutenir les filles, et à garantir qu’elles vivent une enfance en sécurité et en bonne santé.

Au Kenya, les taux de prévalence des MGF et du mariage précoce se situent respectivement à environ 27% et 26 %, mais il existe d’importantes variations régionales. Dans certaines régions, les taux peuvent être de 98%. Les MGF sont généralement pratiquées sur des filles âgées de 12 à 18 ans, mais de récentes études ont montré que les filles peuvent être coupées dès l'âge de sept ans. Les MGF peuvent avoir des conséquences néfastes pour toute la vie. Celles-ci comprennent notamment infections chroniques, stérilité, traumatismes psychologiques, douleurs lors de la miction, la menstruation, les rapports sexuels, et l’accouchement.

Les MGF et le mariage précoce constituent une violation des droits humains et ont un tas de conséquences physiques et psychologiques sur les femmes et les filles. Le Kenya, en tant que membre du Protocole à la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples relatif aux droits des femmes en Afrique, se doit d’interdire à la fois les MGF et le mariage précoce et de «protéger les femmes qui courent le risque de subir les pratiques néfastes. » Le Kenya a également ratifié la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (CEDAW) et la Convention relative aux droits de l'enfant (CIDE), et les deux comités associés à ces traités ont appelé à mettre fin aux MGF et au mariage précoce. Dans le cadre juridique national kenyan, les MGF sont interdites en vertu du Prohibition of Female Genital Mutilation Act 2011, et les MGF et le mariage précoce sont tous deux interdits en vertu du Children’s Act 2001. De plus, la constitution kenyane contient également des dispositions contre les MGF et le mariage précoce.

Lors de l'examen de 2011 du rapport du Kenya, le Comité CEDAW a manifesté son inquiétude à propos de « l’effet préjudiciable de pratiques traditionnelles néfastes, telles que le mariage précoce ou forcé, sur l’instruction des filles», et de la «persistance de la pratique nuisible des mutilations génitales féminines dans certaines communautés, constituant une violation grave des droits fondamentaux des filles et des femmes et des obligations que l’État partie a contractées au titre de la Convention. » Le comité a appelé à appliquer la loi de façon effective, à poursuivre et sanctionner des auteurs de ces crimes, et à lancer des initiatives de sensibilisation et d’éducation. Dans son examen de 2007 du rapport du Kenya, le Comité des droits de l'enfant a exprimé sa préoccupation du fait que les MGF « sont encore largement pratiquées, en particulier dans certains groupes autochtones ou minoritaires», et a recommandé au Kenya de «renforcer les mesures relatives aux mutilations génitales féminines et aux mariages précoces et de veiller à ce que l’interdiction soit strictement appliquée », ainsi que de mener des campagnes de sensibilisation.

Malgré de fréquents rapports de cas de MGF, de mariages précoces, et de jeunes filles qui fuient pour échapper à ces pratiques, il n'y a à ce jour eu aucune enquête ou poursuites dans la région de Pokot, et le gouvernement n'a pris aucune mesure afin de protéger les filles qui s'enfuient pour éviter d'être soumises à des violences.

Comment agir: 

AGISSEZ !

Veuillez rejoindre Egalité Maintenant et nos partenaires, WRIP et TNI, en demandant au gouvernement kenyan et aux autorités de la région de Pokot de prendre des mesures de toute urgence. Conformément aux obligations nationales, régionales et internationales du Kenya, appelez à:

  • Prendre immédiatement des mesures pour protéger, aider, et fournir un abri aux filles qui fuient les MGF et le mariage précoce, et faire en sorte que les filles qui courent le risque de subir des MGF n’y soient pas soumises, à tout moment et en particulier lors de la saison des fêtes en décembre.
  • Faire en sorte que les lois contre les MGF et le mariage précoce soient effectivement mises en œuvre, et accompagnées d’enquêtes approfondies et de sanctions pour les contrevenants.
  • Faire en sorte que toutes les autorités, au niveau national et local, travaillent ensemble pour mettre en place des mesures de protection au sein des communautés à risque afin de protéger les filles à la fois contre le mariage précoce et les MGF, et de veiller à ce qu'elles soient en mesure de poursuivre leurs études.
  • Mener des campagnes de sensibilisation et d'éducation afin de changer les perceptions culturelles et les croyances sur les MGF et le mariage précoce, et de reconnaître ces pratiques en tant que violations des droits humains ayant des conséquences néfastes.

Les courriers doivent être adressés à:

Uhuru Kenyatta
Président de la République du Kenya
P.O. Box 30040
Nairobi, Kenya
Email: contact@statehousekenya.go.ke or president@statehousekenya.go.ke

Mme Anne Waiguru        
Ministre de la Décentralisation et de la Planification
Ministry of Devolution and Planning
P. O. Box 30005 - 00100
Nairobi, Kenya
Fax: +254 20 2218475
Email: info@devolutionplanning.go.ke

Prof Githu Muigai,
Procureur général
Department of Justice, National Cohesion and
Constitutional Affairs
Harambee Avenue
P.O Box 40112-00100
Nairobi, Kenya
Fax: +254 20 315105
Email: info@justice.go.ke

Dr. Richard Belio Kipsang
Ministre de l’éducation, des sciences et de la technologie
Ministry of Education, Science &Technology
Jogoo House B
Harambee Avenue
P.O. Box 30040
Nairobi, Kenya
Fax: +254 20 214 287

Benjamin C Cheboi
Governeur de Baringo County
P.O Box 53-30400,
Kabarenet, Kenya
Email: governor@baringocounty.go.ke

Simon Kitalei Kachapin
Governeur de West-Pokot County
PO Box 1 - 30600,
Kapenguria, Kenya
Email: info@westpokot.go.ke

Avec une copie à: The Kenya Women Parliamentary Association, Email: info@kewopa.org

Lettres: 

Cher président – Chère / Cher ministre – Cher gouverneur,

Suite à des rapports de jeunes kenyanes fuyant les mutilations génitales féminines (MGF) et les mariages précoces, en particulier dans la région de Pokot pendant les vacances d'août et de décembre, je suis profondément préoccupé(e) par le fait que le gouvernement kenyan n’applique pas la législation contre les MGF et le mariage précoce.

Pour faire en sorte que ces violations ne soient pas ignorées, il est nécessaire que les autorités de Pokot travaillent au sein des communautés pour protéger et soutenir les filles et faire appliquer la législation.

Les MGF et le mariage précoce constituent une violation des droits humains et ont un tas de conséquences physiques et psychologiques sur les femmes et les filles. Le Kenya, en tant que membre du Protocole à la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples relatif aux droits des femmes en Afrique, se doit d’interdire à la fois les MGF et le mariage précoce et de «protéger les femmes qui courent le risque de subir les pratiques néfastes. » Le Kenya a également ratifié la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (CEDAW) et la Convention relative aux droits de l'enfant (CIDE), et les deux comités associés à ces traités ont appelé à mettre fin aux MGF et au mariage précoce. La constitution kenyane, ainsi que des lois telles que le Prohibition of Female Genital Mutilation Act 2011 et le Children’s Act 2001, prohibent les MGF et le mariage précoce.

Je félicite le gouvernement kenyan d’avoir mis en place une législation sur les MGF et le mariage précoce et créé la Commission de lutte contre les MGF, il s’agit d’étapes importantes vers la protection des droits des filles et des femmes kenyanes. Cependant, malgré de fréquents rapports de cas de MGF, de mariages précoces, et de jeunes filles qui fuient pour échapper à ces pratiques, il n'y a à ce jour eu aucune enquête ou poursuites dans la région de Pokot, et le gouvernement n'a pris aucune mesure afin de protéger les filles qui s'enfuient pour éviter d'être soumises à des violences. Conformément aux obligations internationales, régionales et nationales du Kenya, j'exhorte le gouvernement kenyan et les autorités de la région de Pokot à:

  • Prendre immédiatement des mesures pour protéger, aider, et fournir un abri aux filles qui fuient les MGF et le mariage précoce, et faire en sorte que les filles qui courent le risque de subir des MGF n'y soient pas soumises, à tout moment et en particulier lors des vacances scolaires.
  • Faire en sorte que les lois contre les MGF et le mariage précoce soient effectivement mises en œuvre, et accompagnées d'enquêtes approfondies et de sanctions pour les contrevenants.
  • Faire en sorte que toutes les autorités, aux niveaux national et local, travaillent ensemble pour mettre en place des mesures de protection au sein des communautés à risque afin de protéger les filles à la fois contre le mariage précoce et les MGF, et de veiller à ce qu'elles soient en mesure de poursuivre leurs études.
  • Mener des campagnes de sensibilisation et d'éducation afin de changer les perceptions culturelles et les croyances sur les MGF et le mariage précoce, et de reconnaître ces pratiques en tant que violations des droits humains ayant des conséquences néfastes.

Je vous remercie de votre attention.

Cordialement,