Egypte: empêcher les violences sexuelles envers les femmes qui revendiquent leurs droits

Version imprimable
Numéro de l'action: 
38.2
Date: 
11 Avr 2013

voir pdf

Protesters, Tahrir Square
Des manifestants en campagne sur la place Tahrir. Slogan affiché sur les t-shirts: «Exprime- toi, ne te tais pas.» ©Zain El Abdeen Fou’ad

Depuis la révolution de début 2011, les femmes, y compris les activistes pour les droits des femmes, continuent de payer le prix fort pour avoir revendiqué leurs droits. Des foules qui semblent agir de manière organisée recherchent activement et attaquent les femmes qui militent dans l’espace public. Des témoignages d'hommes et de femmes ayant manifesté pacifiquement sur la place Tahrir en faveur d'un gouvernement inclusif et représentatif révèlent la manière dont des femmes ont été molestées par des groupes d’hommes. Selon les manifestants, ces actions, peut-être organisées par des représentants du gouvernement, ont pour but de réduire les femmes au silence et de décourager leur participation. Selon des témoignages recueillis par la New Woman Foundation, Nazra for Feminist Studies et le Centre El-Nadim pour la réhabilitation des victimes de violences et de torture, plus d’une vingtaine de femmes ont été attaquées pour la seule journée du 25 janvier 2013 sur la place Tahrir et aux alentours. Cette augmentation du nombre d’agressions sexuelles survenues en public lors de manifestations politiques est extrêmement préoccupante.

AGISSEZ !

Une des femmes agressées sexuellement en janvier lors d'une manifestation commémorant le deuxième anniversaire du soulèvement de la place Tahrir, la journaliste égyptienne Hania Moheeb, a déclaré à Egalité Maintenant : « En quelques instants les hommes qui criaient et semblaient vouloir m'aider ont commencé très rapidement à me faire subir des attouchements sur tout le corps, à arracher mes vêtements, puis à me violer de manière très agressive avec leurs doigts. »

Hania a poursuivi en expliquant que les autorités avaient tenté de la persuader de ne porter plainte que «plus tard». Ce n’est que lorsque son mari a fait appel aux défenseurs des droits humains pour la soutenir que la police a enregistré sa déclaration. Lors d’un entretien avec Al-Jazeera, elle a déclaré que « Ce qui m'est arrivé était politique, organisé, systématique, et certainement commandité par des groupes politiques qui veulent écarter les femmes des rues. » Egalité Maintenant a récemment appris que plusieurs fichiers de femmes ayant porté plainte pour agression sexuelle auraient été détruits lors d’un incendie des locaux du tribunal début avril.

Afin d’empêcher les violences envers les femmes, notamment dans l’espace public, le gouvernement et les forces de l’ordre doivent agir rapidement et fermement. Ils doivent faire en sorte que les auteurs de violences rendent des comptes dans un délai raisonnable, et veiller à ce que tous les citoyens égyptiens aient le droit de participer pacifiquement à des manifestations ou à des débats concernant l'avenir du pays de manière libre, sans être victimes de harcèlement ou d’intimidations. De récents rapports indiquent que le président Morsi a lancé une nouvelle «Initiative pour soutenir les droits et libertés des Egyptiennes», qui inclut une attaque au harcèlement sexuel. De nombreux membres du Conseil national des femmes et d'autres activistes en faveur des droits des Egyptiennes ont cependant boycotté l'inauguration de l'Initiative car ils considèrent qu’il s’agit uniquement d’un geste politique. Egalité Maintenant et nos partenaires suivront de près ces développements en espérant que la question fondamentale de la violence contre les femmes sera prioritaire.

L'Egypte est membre d’un certain nombre d'instruments internationaux relatifs aux droits humains, notamment de la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (CEDAW), du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) et du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et sociaux et culturels (PIDESC), qui prônent tous l'égalité entre hommes et femmes. A la suite de sa réunion avec le gouvernement égyptien en février 2010 (avant la révolution), le Comité pour l'élimination de la discrimination à l’égard des femmes, l’organisme chargé de surveiller l'application de la CEDAW, a dans ses observations finales appelé l'Egypte  à « adopter […] des mesures globales pour lutter contre de telles violences [dans les sphères privées et publiques]. » Les activistes en faveur des droits des femmes ont déclaré que la situation s'est depuis lors détériorée. Le 3 avril 2013, Zainab Hawa Bangura, la représentante spéciale du secrétaire général de l’ONU chargée de la question des violences sexuelles commises en période de conflit, a condamné l'attaque de janvier en déclarant que «Le gouvernement et les autorités religieuses de l'Egypte doivent envoyer un signal clair et catégorique que les crimes brutaux comme le viol et les autres formes d'agression sexuelle ne seront pas tolérés » et en notant que les auteurs devraient être traduits en justice.

Comment agir: 

AGISSEZ !

Rappelez aux autorités que, en vertu des obligations de l'Egypte vis-à-vis de la CEDAW, du PIDCP et du PIDESC, elles doivent garantir l'égalité entre hommes et femmes, y compris en ce qui concerne le droit à être protégé de toute violence fondée sur le sexe. Veuillez écrire aux autorités égyptiennes énumérées ci-dessous et exhortez-les à:

  • Mettre fin aux tactiques d'intimidation et aux violences sexuelles perpétrées contre les femmes qui défendent leurs droits
  • Veiller à ce que toute agression sexuelle, que ce soit en public ou en privé, fasse l’objet d’enquêtes approfondies et de sévères poursuites
  • Elaborer des méthodes pour que les femmes soient pleinement intégrées à tous les processus gouvernementaux et administratifs

Les courriers doivent être adressés au:

Président par intérim Adly Mansour
El Etahadiya Presidential Palace
Merghiny St., Heliopolis
Cairo, EGYPTE
Fax & Tel.: +202 239 019 980
Twitter: @EgyPresidency

Prime Minister Ibrahim Mehleb
Magless El Shaàb Street, Al Kasr El Einy
Cairo, EGYPTE
Tel.: +202-2793-5000
Fax: +202-2795-8048
Email: pm@cabinet.gov.eg

Ministre de la Justice
Lazoghly Square
Cairo, EGYPTE
Tel.: +20227922263
Fax: +20227958103
Email: mjustice@moj.gov.eg

Lettres: 

Monsieur le Président, le Premier ministre, le Ministre:

Je vous écris pour exprimer mon soutien aux Egyptiennes qui continuent à exiger leur pleine intégration à toutes les institutions post-révolution et aux cadres politiques tels que définis dans la Charte des Egyptiennes de 2011. Les Egyptiennes méritent d'être reconnues comme citoyennes à part entière et elles ne devraient pas être soumises à des violences sexuelles pour avoir revendiqué leurs droits.

L'augmentation du nombre d’incidents de violences sexuelles, qui semblent planifiés, perpétrés sur la place Tahrir et aux alentours est alarmante. Je vous exhorte à mettre fin aux tactiques d'intimidation et aux violences sexuelles perpétrées contre les femmes qui défendent leurs droits. Veuillez agir rapidement et de façon décisive pour empêcher cette violence contre les femmes, faire en sorte que les auteurs de violences rendent des comptes dans un délai raisonnable, et veiller à ce que tous les citoyens, y compris les femmes, aient le droit de participer pacifiquement à des manifestations ou à des débats concernant l'avenir du pays de manière libre, sans être victimes de harcèlement ou d’intimidations. Je crois comprendre que votre gouvernement a lancé une « Initiative pour soutenir les droits et libertés des Egyptiennes. » J’espère que cela aboutira à de solides mesures contre la violence envers les femmes, un problème fondamental, et contre la discrimination dont elles sont victimes. Je vous invite également à pleinement intégrer les femmes à tous les processus gouvernementaux et administratifs.

Les obligations internationales de l'Egypte, y compris en vertu du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels et de la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes, exigent la pleine égalité entre hommes et femmes ainsi que l'interdiction et la prévention de la violence sexiste.

De telles mesures feraient en sorte que les droits des Egyptiens et Égyptiennes soient respectés et contribueront à faire de l’Egypte un endroit plus sûr.

Je vous remercie de votre attention.

Cordialement,