Egypte: veillez à ce que les droits des femmes soient pris en compte dans l’Egypte post-Moubarak

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Numéro de l'action: 
38.1
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Date: 
10 Juil 2011
Date de mise à jour: 
14 Mar 2013
MISE A JOUR: 

MISE A JOUR - 14 MARS 2013: la Constitution égyptienne a été approuvée par référendum en décembre 2012 malgré un taux de participation inférieur à 33%, un vote positif représentant moins de 64% de ce taux de participation, et malgré des inquiétudes persistantes face au manque d’ouverture et de transparence lors du processus de rédaction. Le parlement est toujours dissous et les élections ont récemment été suspendues par la cour administrative.

Egalité Maintenant, avec nos partenaires égyptiens, élabore les stratégies à adopter sur la meilleure façon de faire pression pour les droits des femmes, y compris en ce qui concerne l'abrogation ou la modification de lois discriminatoires à l'égard des femmes et l’intégration significative des femmes à tous les processus politiques. Les récentes attaques qui ont eu lieu place Tahrir contre des femmes victimes de harcèlement sexuel et de viols collectifs constituent une grave et immédiate préoccupation. Nous disposerons bientôt de plus amples informations sur la manière dont vous pouvez soutenir le travail de terrain afin de s’attaquer à ce problème.


Mise à jour 7 mars 2012: En dépit de l'espoir suscité par les changements politiques de première heure en Egypte, ce qui a insufflé la conviction que les femmes seraient impliquées en tant que partenaires politiques et sociales à part entière dans la récente démocratie, les égyptiennes craignent plutôt une nouvelle détérioration de leurs droits. En manifestant au Caire lors de la Journée internationale de la femme le 8 mars, elles ont à nouveau demandé la mise en œuvre de la Charte des femmes égyptiennes, rédigée l'an dernier par plus de 3 000 femmes et approuvée par un demi-million de citoyens égyptiens des deux sexes. Egalité Maintenant soutient les efforts continus des égyptiennes visant à tenir les autorités responsables de la promotion et de la protection de leurs droits humains. Depuis juin 2011, les femmes ont perdu des sièges au Parlement et il n'y a actuellement que trois femmes présentes dans le gouvernement. AGISSEZ! Veuillez vous joindre à nous et exhorter les autorités égyptiennes à réaliser les revendications énoncées par les égyptiennes lors de la manifestation:

  1. Accomplissement de l'égalité entre tous les citoyens des deux sexes, prévue dans les dispositions de la Constitution et de toutes les lois, et création de mécanismes pour en assurer la mise en œuvre et des recours en cas de violations.
  2. Garantie de l'égalité des sexes et d'une représentation équitable de femmes qualifiées et expérimentées au sein du comité qui rédigera la nouvelle constitution. 
  3. Mise en œuvre de mesures appropriées afin de garantir une participation politique équitable des femmes à tous les niveaux de prise de décision: dans les partis politiques, les syndicats et les institutions étatiques.
  4. Préservation des droits sociaux et économiques acquis par les femmes lors de luttes antérieures et garantie de leur capacité à en jouir.
  5. Respect de tous les traités internationaux qui protègent les droits des femmes, des enfants et des êtres humains en général, et prise de mesures visant à faire lever les réserves de la convention CEDAW.
  6. Mise en place de la primauté du droit et de pleins droits de citoyenneté qui conduiront à la révocation de toutes les formes de discriminations fondées sur le sexe, l'âge, la situation de famille, la classe, l'appartenance idéologique, etc.

 

Partners in the revolution and democratic Egypt ©UN Women

Camarades pour une Egypte démocratique lors de la révolution ©ONU Femmes

Les femmes égyptiennes ont joué un rôle de premier plan dans la révolution de 2011. Elles ont été des meneuses, organisatrices et porte-parole primordiales pendant toutes les phases de la révolution et ont manifesté dans les rues en grand nombre. Elles ont également été passées à tabac et certaines d’entre elles ont même sacrifié leur vie pendant les manifestations. Cependant, après la révolution, des intégristes ont par exemple prôné la ségrégation sexuelle dans les transports publics et appelé les femmes à être voilées. Les militants des droits des femmes sont donc inquiets du fait que les femmes puissent être mises à l'écart. «Les femmes sont maintenant en état de choc et inquiètes de ce que l’avenir leur réserve dans la periode post-révolutionnaire. Il semble probable que nous puissions même perdre les droits que nous avions avant la révolution », affirme Mme Sulieman, une militante des droits des femmes. Fatema Khafagy de l'Alliance des femmes arabes déclare: «Pour aller de l'avant, le gouvernement égyptien doit à tous les niveaux intégrer les femmes et défendre leurs droits dans tous les aspects de leur vie. »

>> AGISSEZ!

Les femmes ont déjà été exclues de la rédaction de la déclaration constitutionnelle, qui a été adoptée par le Conseil suprême des forces armées le 30 mars 2011 et définit les grandes lignes politiques de la nation pendant une période transitoire jusqu'à ce qu'une nouvelle constitution soit rédigée et approuvée. Certaines dispositions de la déclaration constitutionnelle indiquent que les femmes peuvent continuer à être exclues de la participation à la sphère publique. Par exemple, l'article 26 stipule que «Le président de la République qui serait élu devra être égyptien et descendant de parent égyptien, et [...] ne pas être marié à une non-égyptienne.» Bien qu'il n’interdise pas spécifiquement aux femmes de servir comme présidente, cet amendement semble avoir pour objectif de limiter la présidence aux hommes. Malgré ces termes dissuasifs, une femme a déjà déclaré sa candidature à la prochaine élection présidentielle.

Les femmes ont également été exclues du nouveau gouvernement dirigé par le Premier ministre Issam Sharaf : sur 26 ministres, un seul est une femme. En outre, le nombre de sièges réservés aux femmes lors de l’élection en septembre 2011 du nouveau Parlement, composé de l'Assemblée du peuple (chambre basse) et du Conseil de la Choura (chambre haute), est incertain. L'article 38 de la déclaration constitutionnelle stipule seulement que «La loi réglemente le droit de candidature à l'Assemblée du peuple et au Conseil Consultatif (la Choura), conformément à tout système électoral déterminé par la loi. Ce dit système peut inclure une participation minimum des femmes dans les deux Conseils» et ne précise pas la participation minimum. En 2009, l'Assemblée du peuple a approuvé un quota d'environ 14% des sièges de l'Assemblée du peuple réservés aux femmes. Le Conseil de la Choura ne dispose actuellement pas d'un quota pour les femmes. Auparavant, la représentation des femmes dans les deux chambres était à un niveau historiquement très faible : moins de 2% pour l'Assemblée du peuple et moins de 7% pour le Conseil de la Choura.

En juin 2011, l'Alliance des femmes arabes a tenu une réunion avec plus de 3000 égyptiennes et a annoncé la Charte des femmes égyptiennes (en anglais seulement). La Charte, signée par 500 000 groupes et individus, a été transmise au Premier ministre égyptien le 5 juin par Michelle Bachelet, la directrice exécutive d'ONU Femmes. Cette Charte exprime une liste de demandes détaillée pour veiller à ce que les droits des femmes et leurs préoccupations soient incorporés dans toutes les structures et institutions post-révolution. Les principales demandes de la Charte sont:

  • Que les femmes soient représentées au sein du comité qui sera chargé de rédiger la nouvelle constitution, au sein de tous les comités législatifs, et dans tous les forums de discussion qui débattent des enjeux nationaux.
  • Que les femmes puissent occuper au moins 40% des postes ministériels et que 30% des listes électorales parlementaires soient constituées de femmes.
  • Que la nouvelle constitution énonce clairement l'égalité complète entre hommes et femmes dans tous les domaines de la vie.
  • Que l’égalité des chances pour les femmes dans l'accès au marché du travail, au crédit, au capital et aux formations axées sur les compétences, ainsi que la protection contre toute forme de harcèlement sexuel au travail soient garanties.
  • Que toute la législation discriminatoire contre les femmes soit revue et corrigée et en particulier que la Loi sur la famille soit réformée afin de refléter la dignité humaine et la justice pour tous les membres du foyer.
  • Que l’égalité des chances pour les femmes diplômées des écoles de droit et voulant accéder aux postes judiciaires soit garantie.
  • Qu’un dispositif national solide en faveur des femmes ainsi que d'autres dispositifs tels que des agents de coordination chargés des questions de genre dans tous les ministères et gouvernorats, une commission sur l'égalité des sexes au sein du parlement, et un médiateur chargé de l'égalité des sexes afin d'assurer l'intégration des questions de genre dans tous les projets et politiques aux niveaux gouvernemental, législatif et judiciaire soient mis en place.
  • Qu’une politique nationale reflétant une image positive et juste des femmes et contribuant à créer une culture exempte de toute discrimination contre les femmes soit formulée.

La Constitution égyptienne stipule que «Tous les citoyens sont égaux devant la loi. Ils ont les mêmes droits et les mêmes devoirs publics, sans distinction de genre ...» L'Egypte est également membre d’un certain nombre d'instruments internationaux relatifs aux droits humains, notamment de la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (CEDAW), du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) et du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC). Ces traités appellent tous à l'égalité entre hommes et femmes.

A la suite de sa réunion avec le gouvernement égyptien en février 2010, le Comité pour l'élimination de la discrimination à l’égard des femmes, l’organisme chargé de surveiller l'application de la CEDAW, a dans ses observations finales appelé l'Egypte à « prendre des mesures temporaires spéciales [...] en vue d'accélérer la réalisation de la pleine participation des femmes aux diverses étapes du processus électoral », à « modifier ou abroger, sans tarder et selon un calendrier bien défini, les lois discriminatoires » et à « prendre vis-à-vis du marché du travail officiel des mesures destinées à éliminer effectivement la ségrégation des emplois, tant horizontale que verticale, à réduire – voire supprimer – les écarts de salaire entre hommes et femmes et à appliquer les principes de l’égalité de rémunération pour un travail de valeur égale et de l’égalité des chances en matière d’emploi.»

Les élections parlementaires sont actuellement prévues pour septembre 2011 et l'élection présidentielle pour novembre de cette même année.

Comment agir: 

 Veuillez écrire aux autorités égyptiennes et exhortez les à prendre des mesures pour répondre aux demandes énoncées dans la Charte des femmes. Appelez les à veiller à ce que 30% des listes électorales soient constitués de femmes afin que celles-ci aient la possibilité de participer à la vie politique du pays. Le nouveau gouvernement devrait, entre autres, veiller à ce que les femmes soient représentées au sein du comité constitutionnel, à ce qu'au moins 40% des postes ministériels soient occupés par des femmes, à ce que toute législation discriminatoire soit revue et corrigée, à ce que les femmes aient un accès égal à l'emploi et aux mêmes opportunités commerciales que les hommes, et à ce que de solides dispositifs en faveur des femmes soient mis en place. Rappelez aux autorités qu'elles doivent ne pas faillir à leur devoir quant aux obligations de l'Égypte vis-à-vis de la CEDAW, du PIDCP et du PIDESC.

>> AGISSEZ!

Les lettres doivent aller à:
• Monsieur le Premier ministre Mr. Hesham Qandil, Magless El Shaàb Street, Al Kasr El Einy, Le Caire, EGYPTE /
Téléphone: +202-2793-5000, Fax: +202-2795-8048, Email: pm@cabinet.gov.eg
Avec une copie à:
• Maréchal Mohamed Hussein Tantawi, Conseil suprême des forces armées, 11 Al’ourubah Street, Le Caire, EGYPTE / Fax: +202-241-83761, E-mail: amd@mmc.gov.eg (Veuillez noter que certains emails ne sont pas parvenus à cette adresse. Les signatures en ligne seront recueillies et faxées.)

Lettres: 

 Monsieur le Premier ministre, 

Je vous écris pour exprimer mon soutien aux revendications continues des égyptiennes pour que les femmes soient pleinement intégrées dans toutes les structures et institutions post-révolution. Ces revendications sont énoncées dans la Charte des femmes égyptiennes qui a été signée par plus de 500 000 personnes et qui vous a été transmise par Michelle Bachelet, la directrice exécutive d'ONU Femmes.

Les femmes égyptiennes ont agi en partenariat avec les hommes lors de la révolution et méritent d'être reconnues comme citoyennes égales et à part entière dans la période post-Moubarak. Ce serait en accord avec la constitution égyptienne et les obligations internationales de l'Egypte, notamment vis-à-vis du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels et de la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes.

La Charte des femmes énonce des mesures concrètes pour l'égalité des sexes qui ont été réitérées lors de la Journée internationale de la femme 2012. Je vous invite à vous assurer que:

  • Les femmes soient représentées au sein du comité qui sera chargé de rédiger la nouvelle constitution, au sein de tous les comités législatifs, et dans tous les forums de discussion qui débattent des enjeux nationaux.
  • Les femmes puissent occuper au moins 40% des postes ministériels et que 30% des listes électorales parlementaires soient constituées de femmes.
  • La nouvelle constitution énonce clairement l’égalité complète entre hommes et femmes dans tous les domaines de la vie.
  • L’égalité des chances pour les femmes dans l'accès au marché du travail, au crédit, au capital et aux formations axées sur les compétences, ainsi que la protection contre toute forme de harcèlement sexuel au travail soient garanties.
  • Toute la législation discriminatoire contre les femmes soit revue et corrigée et en particulier que la Loi sur la famille soit réformée afin de refléter la dignité humaine et la justice pour tous les membres du foyer.
  • L’égalité des chances pour les femmes diplômées des écoles de droit et voulant accéder aux postes judiciaires soit garantie.
  • Un dispositif national solide en faveur des femmes ainsi que d'autres dispositifs tels que des agents de coordination chargés des questions de genre dans tous les ministères et gouvernorats, une commission sur l'égalité des sexes au sein du parlement, et un médiateur chargé de l'égalité des sexes afin d'assurer l'intégration des questions de genre dans tous les projets et politiques aux niveaux gouvernemental, législatif et judiciaire soient mis en place.
  • Une politique nationale reflétant une image positive et juste des femmes et contribuant à créer une culture exempte de toute discrimination contre les femmes soit formulée.

Ces mesures feront en sorte que les femmes et les hommes en Egypte aient un avenir meilleur fondé sur l'auto-détermination, le respect mutuel et la dignité.

Je vous remercie de votre attention.

Cordialement,

 

cc: Maréchal Mohamed Hussein Tantawi, Conseil suprême des forces armées
Fax: +202 241 83761, E-mail: amd@mmc.gov.eg