Libéria: adopter d’urgence une loi interdisant les MGF

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Date: 
26 Juin 2012
MISE A JOUR: 

27 avril 2016 - DERNIÈRES NOUVELLES : dans ce qui constitue un sérieux revers en matière de lutte contre les MGF au Libéria, les législateurs ont supprimé la disposition relative aux MGF dans le projet de loi sur la violence domestique proposé avant le débat de demain. Bien que la disposition comporte certains problèmes, il s’agissait de la première fois que le pays avait présenté une loi visant à interdire les mutilations génitales féminines. Chose inquiétante, le projet de loi sur la violence domestique pouvait être adopté sans même mentionner des MGF, et ce même si l’on estime qu’environ la moitié des femmes et des filles libériennes ont subi cette forme extrême de violence. Faisant suite aux interdictions de la pratique l'année dernière au Nigeria et en Gambie, le Libéria, le Mali et la Sierra Leone sont les trois seuls pays ouest-africains qui n’ont toujours pas criminalisé les MGF.

AGISSEZ ! Tout au long de son mandat, la présidente Johnson-Sirleaf s’est fermement engagée pour les droits des femmes et la promotion de la santé et la sécurité des femmes et des filles. Veuillez- nous rejoindre, ainsi que notre partenaire, le Réseau pour la paix des femmes du Libéria (Women of Liberia Peace Network), et demander á ce qu’une interdiction totale des MGF soit incluse dans le projet de loi, tel que requis par le Protocole de Maputo, le cadre juridique relatif aux droits des femmes en Afrique, que le Libéria a ratifié. Au moment où l’Afrique joue un rôle de plus en plus important dans le cadre de la lutte pour éradiquer les MGF, nous ne pouvons pas revenir en arrière. Veuillez-vous faire entendre dès aujourd'hui !


MISE À JOUR - 25 MARS 2015 : cela fait deux ans que la Haute cour du Libéria a confirmé le jugement rendu contre les membres de la société clandestine Sande-qui avaient mutilé de force Ruth Berry Peal, et les agresseurs n'ont toujours pas été appréhendés et emprisonnés. Au lieu de cela, ils résident à Monrovia et Bomi et travaillent en toute liberté (Bomi est le même comté où Ruth et sa famille vivent). Ruth est quant à elle toujours traumatisée et elle continue à faire l'objet de violences verbales et physiques de la part de la communauté qui la tourmentait pour avoir révélé les secrets de leur culture. Notre partenaire, Women of Liberia Peace Network (WOLPNET), a souligné les défaillances au ministère de la Justice du Libéria mais aucune mesure n'a été prise.

Sur le plan positif, à la suite d'une interdiction gouvernementale des opérations scolaires de Sande afin de freiner la propagation du virus Ebola, les MGF auraient diminué au Libéria. En outre, lors d'une réunion avec WOLPNET en février, le Conseil des traditions a adopté une résolution qui vise à faire cesser la pratique des MGF forcées et à n'impliquer les filles qu'après l'âge de consentement. Cela ne va cependant pas assez loin. Les MGF sont une violation des droits humains et elles ne devraient pas être effectuées sur des femmes ou des filles, indépendamment de l'âge ou du consentement. Egalité Maintenant continue à plaider pour une tolérance zéro envers les MGF et pour une interdiction systématique au Libéria.

La présidente Ellen Johnson-Sirleaf continue également à dénoncer les violences au Libéria, y compris les MGF. Lors d'un événement international consacré à l'égalité des sexes ayant eu lieu ce mois-ci, elle a déclaré qu' "un trop grand nombre de pays n'ont pas encore eu le courage d'interdire les mutilations génitales pratiquées sur les jeunes filles dans les sociétés traditionnelles et qui causent des dommages irréparables." La ministre libérienne pour l'égalité s'est également exprimée sur le sujet lors d'une interview à la radio, affirmant que "de façon à se donner les moyens d'abandonner les MGF, nous travaillons avec les communautés traditionnelles pour voir comment elles peuvent étudier ce que les gens font dans d'autres pays qui pratiquent des rituels semblables."

Nous espérons que ce genre de déclarations de la part des plus hauts fonctionnaires du gouvernement libérien va enfin aboutir à une loi interdisant les MGF. Egalité Maintenant et nos partenaires sommes impliqués avec les décideurs politiques pour qu'il remplissent leurs engagements et adoptent une loi afin de faire en sorte que les victimes de MGF telles que Ruth soient en mesure d'accéder aux services de justice et de santé. Veuillez renouveler l'appel en faveur de la justice et la sécurité pour Ruth et sa famille, et pour une loi contre les MGF au Libéria.


MISE A JOUR - 12 MARS 2013: Le 17 janvier 2013, Deddeh Wilson, l’avocate de Ruth Berry Peal, a informé Egalité Maintenant qu'elle avait déposé une requête demandant au tribunal de rejeter l'appel des accusées, qui avaient été condamnées à des peines d'emprisonnement, pour défaut d’exécution de la procédure d'appel. Le 24 janvier 2013, la cour a rejeté la demande d'appel au motif que « les prévenues n'ont pas déposé une demande de récusation valable ou n’ont pas obtenu l'approbation du juge de première instance en ce qui concerne cette demande de récusation présumée. » Le 26 février, le tribunal a émis un avis ordonnant à la police de Montserrado d’arrêter les accusées.

Avoir été mutilée de force, Ruth a finalement obtenu justice mais cela n'a pas été facile et elle continue à recevoir des menaces. Même si des filles s’enfuient parfois et doivent vivre dans la clandestinité du fait de l'absence de lois qui les protégeraient contre les MGF, Mme Speare, directrice du Secrétariat des ONG de femmes du Libéria (Women NGOs Secretariat of Liberia - WONGOSOL), a déclaré que, en raison du contexte social et culturel, les filles et les femmes ne peuvent pas s'opposer à la pratique ou y échapper. Le Ministère de l’Egalité entre les sexes a conseillé à Ruth de déménager à Monrovia, mais elle est réticente à le faire car son mari et ses enfants vivent toujours dans le comté de Bomi. Par conséquent, nous appelons le gouvernement libérien à soutenir et protéger Ruth, ainsi qu’à consolider les annonces faites par le ministre de l'Intérieur en 2011 qui visent à promulguer et à faire appliquer de toute urgence une loi interdisant les MGF.


 

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Ruth Berry Peal with her lawyer
Ruth Berry Peal et son avocate

Egalité Maintenant a, en avril 2010, publié Action Femmes 37.1, mettant l’accent sur le cas de Ruth Berry Peal, qui a été enlevée et forcée de subir des mutilations génitales féminines (MGF) par certains membres de Sande, une société clandestine politiquement influente composée de femmes. La société Sande encourage et pratique les MGF dans le cadre d'un rite d'initiation à la féminité. Plus de 58,2% des libériennes ont subi des MGF. Ruth a intenté un procès contre ces femmes et, en juillet 2011, elles ont été reconnues coupables d'enlèvement, de séquestration et de vol, et ont été condamnées à trois ans d'emprisonnement. Cependant, les inculpées ont fait appel du jugement et ont été libérées sous caution. L'appel est en instance devant la Cour suprême depuis juillet 2011 et, selon certaines informations, aucune date d’audience n’a été fixée en raison d’un manque de moyens pour poursuivre cette affaire. Egalité Maintenant et nos partenaires sommes préoccupés par ce retard dans l’audition de l'appel et la résolution de l’affaire, d'autant plus que les auteurs des crimes demeurent en liberté sous caution. 

>> AGISSEZ !

Egalité Maintenant a rencontré le ministre de l’Intérieur libérien en juin 2011 au sujet de l’affaire Ruth Berry Peal et de l’élimination des MGF au Libéria. Au cours de la réunion, il a indiqué qu'il mettrait fin à la délivrance de permis de pratiquer des MGF et travaillera avec le ministère de la Justice pour élaborer une loi interdisant les MGF. En novembre 2011, le gouvernement a pris des mesures pour mettre fin aux MGF en persuadant les dirigeantes de Sande d’arrêter cette pratique qui est au cœur de rituels d'initiation des femmes, et une cérémonie marquant l'événement a eu lieu en présence d’Ellen Johnson Sirleaf, la présidente du Libéria. Le ministère de l'Intérieur a par la suite publié un avis ordonnant que toutes les activités de Sande cessent et soulignant que les contrevenants seront tenus pour responsables. Bien que l’avis du ministère ne stipule pas catégoriquement que les permis de pratiquer des MGF ne seront plus émis, nos partenaires confirment qu’il est sous-entendu que les activités de Sande ne seront plus autorisées.

Tandis qu’Egalité Maintenant et nos partenaires se félicitent de ces initiatives pour faire cesser les MGF, nous sommes toutefois alarmés par les événements suivants:

  • En mars 2012, la journaliste Mae Azango a été contrainte à la clandestinité après avoir publié un article sur les MGF. Les membres de la société Sande ont menacé de lui faire subir de force des MGF.
  • En mai 2012, plus de 750 filles, que l'on croit être incitées par les membres de Sande, ont subi des MGF dans le comté de Nimba en dépit du préavis du ministère de l'Intérieur visant à faire cesser les activités de Sande.

Malgré la promesse de la présidente Sirleaf de faire des droits des femmes et de leur santé une priorité nationale, il est très préoccupant de constater l'absence d'intervention gouvernementale dans les cas mentionnés ci-dessus, ainsi que l'incapacité à conclure l’affaire Ruth Berry Peal, et les remarques du ministre de l'information indiquant aux médias que le gouvernement n'a pas l'intention d’éradiquer les MGF. Cette absence de position unifiée de la part des ministres sape les efforts déployés par le gouvernement pour mettre fin aux MGF.

Comment agir: 

>> AGISSEZ ! Veuillez rejoindre Egalité Maintenant et nos partenaires libériens, Women of Liberia Peace Network (WOLPNET - Réseau pour la paix des femmes du Libéria) et Women NGOs Secretariat of Liberia (WONGOSOL - Secrétariat des ONG des femmes du Libéria), en appelant les autorités libériennes à:

  • Veiller à ce que l’affaire Ruth Berry Peal soit conclue de manière rapide et juste
  • Veiller à ce que la décision de faire cesser la pratique des MGF par Sande soit appliquée
  • Honorer les engagements régionaux et internationaux du Libéria relatifs aux droits humains en adoptant et en appliquant une loi globale contre les MGF, ainsi qu’en soutenant des programmes éducatifs de sensibilisation sur les méfaits des MGF destinés aux communautés concernées et aux chefs locaux

>> AGISSEZ !

Veuillez adresser vos courriers à:

H.E. Madam Ellen Johnson Sirleaf    
P.O. Box 9001
Capitol Hill, Monrovia
République du Libéria
Tel: +231 644 4696 
Email: ebfasama@emansion.gov.lr
etoles@emansion.gov.lr

Hon. Christiana H. Tah
Minister of Justice
P.O. Box  0123
Ashmun Street   
Monrovia
République du Libéria
Tel: +231 669 7205
Email: ctah1@aol.com

Hon Julia Duncan Cassell
Minister for Gender and Development
P.O. Box 10-1375
110 UN Drive & Gurley Street
1000 Monrovia 10
République du Libéria
Tel: +231 651 6434  
Email: libgenderminister@gmail.com

Hon Blamo Nelson
Minister of Internal Affairs
Executive Mansion Ground
Monrovia
République du Libéria
Tel: +231 651 3358 
Email: mgaryeazon@yahoo.com
http://www.mia.gov.lr

Lettres: 

Cher / Chère [   ]

Je suis profondément préoccupé(e) par le fait que le Libéria n’aborde pas les MGF dans le projet de loi de 2016 sur la violence domestique. Les MGF constituent une forme extrême de violence physique et psychologique, et qui peuvent parfois même entraîner la mort. Le Libéria, le Mali et la Sierra Leone sont les trois seuls pays ouest-africains qui n’ont toujours pas criminalisé les MGF.

Le Libéria a ratifié plusieurs instruments régionaux et internationaux relatifs aux droits humains qui appellent les États à interdire les MGF par le biais de solides législations, d’initiatives de sensibilisation et de soutien aux victimes. La présidente Sirleaf a également promis à plusieurs reprises d'introduire une loi interdisant la pratique avant la fin de son mandat. Je vous invite donc à adopter une législation qui protège les droits fondamentaux des femmes et des filles contre les MGF, indépendamment du consentement, et qui prévoit de sévères sanctions pour les contrevenants. La législation devrait également veiller à ce que les victimes rescapées, telles que Ruth Berry Peal, qui a été enlevée et soumise de force à la pratique dans le comté de Bomi, soient en mesure d'accéder aux services juridiques et de santé.

Je vous remercie de votre attention.

Cordialement,