Arabie Saoudite: Garantir aux femmes l'égalité des chances à l'éducation et éradiquer la tutelle masculine

Version imprimable
Numéro de l'action: 
31.4
Date: 
5 Avr 2011
Swsan and her father
Swsan et son père

Swsan Ali El Demini, une fille saoudienne de 18 ans intelligente et ambitieuse , rêve d'obtenir la meilleure éducation possible. Cependant, les études ont été pour Swsan un combat de tous les instants. Élevée en Arabie Saoudite sous un système de tutelle masculine, Swsan a eu de la chance car son père, considéré comme son tuteur masculin, a encouragé son aspiration. Toutefois, les infrastructures pédagogiques et champs d'études à la disposition de Swsan sont, dans le cadre du système d’éducation saoudien non mixte, de qualité inférieure et beaucoup plus limités que ceux offerts aux garçons. En tant que tel, Swsan espère poursuivre ses études à l'étranger aux États-Unis. Cependant, puisque sa famille a besoin de l’aide du gouvernement pour couvrir le coût d'une éducation aux États-Unis, Swsan n'est pas en mesure de postuler en raison de l’obligation du ministère saoudien de l'Education selon laquelle un tuteur masculin doit accompagner toute femme saoudienne étudiant à l'étranger avec l’aide d’une bourse gouvernementale. Cette obligation est imposée via des formulaires nécessitant la signature d'un tuteur masculin avant que l'autorisation d’étudier à l'étranger ne soit accordée, puis par un suivi régulier de la part de l'attaché culturel saoudien du pays dans lequel la formation est poursuivie. Le non-respect de l’obligation peut entraîner la fin de la bourse. Swsan ne peut pas étudier à l'étranger, même si ses deux parents sont prêts à l'accompagner, parce que son père a été interdit de voyager hors de l'Arabie saoudite en raison de son activisme politique et que sa mère n'est pas considérée comme tuteur légal.

>> AGISSEZ!

L'éducation est un droit humain fondamental et crucial pour garantir la possibilité d’un avenir prospère et fructueux. Selon l'UNICEF, assurer l'accès à une éducation de qualité fondée sur les droits et l'égalité des sexes crée un effet de répercussion des opportunités ayant un impact sur les futures générations. Les politiques éducationnelles de l'Arabie saoudite sont cependant imprégnées de stéréotypes de genre et, selon la politique officielle saoudienne, « la raison d'éduquer une fille est de l'élever de manière islamique de sorte à ce qu’elle effectue son devoir dans la vie : être une femme au foyer idéale, accomplie, et une bonne mère, prête à faire des choses convenant à sa nature, comme l'enseignement, les soins médicaux et la profession d’infirmière.»

Le système de tutelle masculine en Arabie Saoudite limite, entre autres choses, l'accès des filles à l'éducation parce que les filles ne peuvent être éduquées sans le consentement de leur tuteur masculin. De plus, les tuteurs masculins ont le pouvoir d'empêcher les filles de poursuivre leurs études à tous les niveaux scolaires, y compris au niveau supérieur et postuniversitaire. En outre, l’autorisation d'un tuteur de masculin est nécessaire pour choisir un champ d'étude. Le système de tutelle masculine impose également des restrictions sur les femmes dans les établissements scolaires car elles ne sont souvent pas autorisées à quitter les lieux sans un tuteur de sexe masculin, même en cas de maladie. En fait, les femmes saoudiennes rapportent que, dans de nombreux établissements, enseignantes et étudiantes sont enfermées pendant les heures de cours et les étudiantes ne sont pas autorisées à quitter les lieux à moins qu'un tuteur masculin ou un conducteur désigné ne vienne les chercher. Probablement en raison de la lourde obligation d'accompagnement d’un tuteur, seulement 21% des étudiants saoudiens à l'étranger sont des femmes.

En plus des contraintes imposées par le système de tutelle masculine, le système éducatif saoudien non mixte met à la disposition des femmes des infrastructures et équipements pédagogiques de qualité inférieure ainsi que des programmes et champs d’études restreints. Il n'ya pas de programme universitaire public pour les femmes dans des domaines tels que l'ingénierie, l'architecture ou les sciences politiques et certaines universités excluent totalement les étudiantes. Des activistes saoudien(ne)s rapportent que les étudiantes sont souvent reléguées à des anciens bâtiments délabrés et des bibliothèques moins bien équipées, et que leur accès aux bibliothèques mixtes est limité.

L'Arabie saoudite a ratifié la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (CEDAW), qui exige à l’article 10 que les États membres «prennent toutes les mesures appropriées pour éliminer la discrimination à l’égard des femmes afin de leur assurer des droits égaux à ceux des hommes en ce qui concerne l’éducation» et garantissent l'égalité des chances à l'éducation entre hommes et femmes via « les mêmes conditions d’orientation professionnelle, d'accès aux études et d’obtention de diplômes dans les établissements d’enseignement de toutes catégories» , « l’accès aux mêmes programmes, aux mêmes examens, à un personnel enseignant possédant les qualifications de même ordre, à des locaux scolaires et à un équipement de même qualité» et « les mêmes possibilités en ce qui concerne l’octroi des bourses et autres subventions pour les études.»

Le Comité pour l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes, l'organisme qui veille au respect de la CEDAW a, lors de ses observations finales à l'Arabie Saoudite en avril 2008, noté avec préoccupation que «la notion de tutelle masculine sur les femmes […] limite gravement l'exercice par les femmes de leurs droits tels que les garantit la Convention, en particulier eu égard à leur capacité juridique et en ce qui concerne les questions relatives au statut personnel, […], à l’éducation et à l’emploi » et a invité l'Arabie saoudite à prendre des mesures immédiates pour mettre un terme à la pratique de la tutelle masculine sur les femmes. Il a également recommandé que l'Arabie saoudite « sensibilise la société à l'importance de l'éducation en tant que droit fondamental et assise de l'autonomisation de la femme» et «donne aux femmes et aux filles un accès égal à tous les niveaux et à tous les domaines de l'éducation.» En outre, le Comité des droits de l'enfant, l'organisme qui veille au respect de la Convention relative aux droits de l'enfant (CRC) a, lors de ses observations finales à l’Arabie saoudite en Mars 2006, recommandé de «veiller à ce que tous les enfants aient un accès égal à une éducation de qualité à tous les niveaux du système éducatif » et de «prendre des mesures pour éliminer les comportements stéréotypés concernant les rôles et les responsabilités des femmes et des hommes et de procéder à un examen critique des programmes scolaires en vue d'abolir toutes les pratiques discriminatoires dans l'éducation, y compris l'accès limité des filles à l'éducation et à la formation professionnelle.»

Comment agir: 

Veuillez écrire au roi d'Arabie saoudite, au ministre de l'Enseignement supérieur, au ministre de l'Éducation et au Conseil de la Shura en leur demandant de respecter leurs obligations envers le droit international pour donner aux hommes et aux femmes des droits égaux en matière d'éducation et un accès égal à tous les niveaux scolaires, ainsi qu’aux équipements, infrastructures et ressources pédagogiques. Exhortez-les à annuler toutes les obligations entravant les étudiantes dans la poursuite de leurs études à tous les niveaux scolaires, y compris l’obligation selon laquelle un tuteur masculin doit accompagner toute femme saoudienne étudiant à l'étranger avec l’aide une bourse gouvernementale. Exhortez-les à veiller à ce que le système juridique et judiciaire saoudien reflète les proclamations selon lesquelles les femmes ne sont pas soumises à une tutelle masculine, mais qu’elles sont en droit, entre autres aspects, de poursuivre leurs études à tous les niveaux scolaires avec un accès aux mêmes champs d'étude, ressources, infrastructures et équipements pédagogiques, et dans les mêmes conditions que leurs homologues masculins. Veuillez envoyer une copie à la Commission des droits de l’Homme de l'Arabie saoudite.

>> AGISSEZ!

Envoyez les lettres à:

Sa Majesté, Roi Abdullah bin Abdul Aziz Al Saud
Royaume d'Arabie saodite
Fax: +966 1 491 2726

Son excellence, Dr. Khaled Al Anqari
Ministre de l'Enseignement Supérieur
Tel: +966 1 441 5555      
Fax: +966 1 441 9004
contact@mohe.gov.sa

Son excellence, Faisal Bin Abdullah bin Muhammad Al Sud
Ministre de l'Education
Fax: +96614057279

Son ecellence, Dr. Abdullah Bin Mohammed Bin Ibrahim Al-Sheikh
Président du Conseil de la Shura
Tel: +966 1 482 1666, +966 1 482 1666            
Fax: +966 1 481 6985
webmaster@shura.gov.sa

Avec une copie à:

Commission des droits de l'homme
P.O. Box 58889 Riyad 11515
King Fahed Street, Building 373, Riyad
Royaume d’Arabie saoudite
Email: hrc@haq-ksa.org

Lettres: 

[Sa majesté le Roi Abdullah bin Abdul Aziz Al Saud
Royaume d’Arabie saoudite
Fax: +966 1 491 2726]

[Son excellence le Dr. Khaled Al Anqari
Ministre de l’Enseignement supérieur
Tel: +966 1 441 5555
Fax: +966 1 4419004
contact@mohe.gov.sa]

[Son excellence Faisal Bin Abdullah bin Muhammad Al Sud            
Ministre de l’Education]
Fax: +96614057279

[Son excellence le Dr. Abdullah Bin Mohammed Bin Ibrahim Al-Sheikh
Président de la Shura
Conseil de la Shura
Tel: +966 1 4821666, +966 1 4821666      
Fax: +9661 4816985
webmaster@shura.gov.sa]

[Date]

[Votre Altesse] [Monsieur le Ministre],

Je vous écris pour exprimer ma profonde préoccupation au sujet du système de tutelle masculine en Arabie Saoudite qui, entre autres choses, restreint l'accès des filles à l'éducation et, par conséquent, à un avenir prospère et fructueux. Les filles ne peuvent pas être éduquées sans le consentement de leur tuteur masculin, peuvent être limitées dans leurs efforts pour poursuivre leurs études à n'importe quel niveau scolaire, ne peuvent pas quitter les locaux des établissements d'enseignement sans la permission d'un tuteur masculin, et ne peuvent voyager à l'étranger pour étudier avec une bourse gouvernementale sans un tuteur masculin. En outre, le système éducatif saoudien non mixte met également à la disposition des femmes des équipements et infrastructures de qualité inférieure ainsi que des programmes et champs d'études restreints.

Un cas typique est celui de Swsan Ali El Demini, une fille de 18 ans désirant poursuivre ses études aux États-Unis. Cependant, puisque sa famille a besoin de l’aide du gouvernement pour couvrir le coût d'une éducation aux États-Unis, Swsan n'est pas en mesure de postuler en raison de l’obligation du ministère saoudien de l'Education selon laquelle un tuteur masculin doit accompagner toute femme saoudienne étudiant à l'étranger avec l’aide d’une bourse gouvernementale.

Je vous exhorte à veiller à ce que l'Arabie saoudite soit à la hauteur de ses obligations envers le droit international pour donner aux hommes et aux femmes des droits égaux en matière d'éducation et un accès égal à tous les niveaux scolaires, ainsi qu’aux équipements, infrastructures et ressources. À cet égard, je vous exhorte à annuler toutes les obligations entravant les étudiantes dans la poursuite de leurs études à tous les niveaux, y compris l’obligation selon laquelle un tuteur masculin doit accompagner toute femme saoudienne étudiant à l'étranger avec l’aide d’une bourse gouvernementale. Veuillez veiller à ce que le système juridique et judiciaire saoudien reflète les proclamations selon lesquelles les femmes ne sont pas soumises à une tutelle masculine, mais qu’elles sont en droit, entre autres aspects, de poursuivre leurs études à tous les niveaux scolaires avec un accès aux mêmes champs d'étude, ressources, infrastructures et équipements pédagogiques, et dans les mêmes conditions que leurs homologues masculins.

Je vous remercie de votre attention.

Veuillez agréer l’expression de mes salutations les plus respectueuses,

Cc: La Commission des droits humains (email: hrc@haq-ksa.org); Conseil de la Shura