Alerte Urgente : Afrique du Sud : Appel urgent : Coupe du monde de football et exploitation sexuelle – un mélange explosif

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Date: 
10 Mai 2010

 Nobuntu est née à Umthatha, en Afrique du Sud, dans la province du Cap-Oriental. A 14 ans, elle a été contrainte de se prostituer : le frère d’une amie chez qui elle logeait l’a vendue pour 100 rands à un homme qui l’a violée plusieurs fois. Après s’être fait ensuite confisquer ses papiers d’identité par un homme qui avait demandé à les voir sous un faux prétexte, elle s’est retrouvée totalement sous la coupe de cet homme qui l’a vendue à de nombreux clients, la menaçant de la tuer si elle tentait de s’enfuir. A 17 ans, Nubuntu a fait une fausse couche et a dû aller à l’hôpital où elle a trouvé le courage d’échapper à son souteneur. Elle a contacté Ilitha Labantu, une association locale de défense des droits des femmes, qui a pu lui apporter une aide juridique et la loger dans son foyer d’accueil. Aujourd’hui, Nobuntu a 18 ans et Ilitha Labantu essaye de l’aider à engager des poursuites contre son proxénète.

 

Nobuntu n’est que l’une des nombreuses victimes du commerce du sexe, florissant en Afrique du Sud. C’est un fait avéré par les autorités gouvernementales et les ONG que l’Afrique du Sud est une plaque-tournante de la traite des êtres humains aux fins d’exploitation sexuelle, servant de pays à la fois d’origine, de destination et de transit. Des organisations criminelles recrutent des filles dans les villages, les fugueuses sont la proie des trafiquants, et des femmes d’Europe orientale, d’Asie et d’ailleurs sont amenées en Afrique du Sud ou en repartent pour être livrées à la prostitution forcée. Selon l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (UNODC), l’Afrique du Sud est le premier pays de destination pour les victimes de la traite des êtres humains en Afrique australe. Les femmes et les filles représentent la plus grande partie des victimes de la traite à l’intérieur et en provenance de l’Afrique du Sud, et la pauvreté constitue un facteur de vulnérabilité majeur.

Actuellement, en Afrique du Sud, aucune loi ne s’attaque concrètement à la traite des êtres humains, c’est pourquoi il est extrêmement difficile pour les filles comme Nobuntu d’obtenir réparation. Certaines dispositions du code pénal pourraient être invoquées pour punir son proxénète, mais la loi ne prévoit pas de services de prévention et de réinsertion pour les victimes, sans lesquels Nobuntu risque d’être à nouveau victime d’exploitation. En outre, il y a souvent une incompréhension quant à la traite des êtres humains de la part de la police et du public, qui ne savent pas la reconnaître ; pour eux, les victimes sont des fugitifs ou des délinquants. En générant une demande particulièrement forte de prostitution forcée, la Coupe de monde de football 2010 qui aura lieu en Afrique du Sud en juin prochain va aggraver la vulnérabilité des filles comme Nobuntu. Les organismes de défense des droits humains s’attendent à une augmentation importante de la traite des femmes et des filles à la fois à l’intérieur et vers l’Afrique du Sud durant la Coupe du monde. Des mois à l’avance, les maisons de passe se sont rapprochées des stades, s’appropriant des emplacements de choix pour leurs activités d’exploitation sexuelle. Les médias et des associations de défense des droits humains, notamment Ilitha Labantu, ont commencé à signaler des enlèvements de jeunes filles, dont on pense qu’ils sont liés à la demande de sexe anticipée durant la Coupe du monde. La police sud-africaine a déjà commencé à surveiller les trafiquants potentiels.

L’exploitation sexuelle est une entreprise représentant des milliards de dollars, qui est alimentée par la demande de services sexuels. La lutte contre la traite des êtres humains à des fins d’exploitation sexuelle doit donc s’attaquer au problème de la demande et assurer une protection et des services aux victimes, notamment par des programmes procurant aux prostituées et à leurs enfants des solutions de remplacement viables. Le Protocole visant à prévenir, réprimer et punir la traite des personnes, en particulier des femmes et des enfants (le « Protocole de Palerme »), qui a été ratifié par l’Afrique du Sud, appelle les Etats Parties à conférer à la traite des personnes le caractère d’infraction pénale et à « [adopter ou renforcer] des mesures législatives ou autres, telles que des mesures d’ordre éducatif, social ou culturel, notamment par le biais d’une coopération bilatérale ou multilatérale, pour décourager la demande qui favorise toutes les formes d’exploitation des personnes, en particulier des femmes et des enfants, aboutissant à la traite » (article 9, §5). De même, l’article 16 de la Convention pour la répression de la traite des êtres humains et de l’exploitation de la prostitution d’autrui (la « Convention de 1949 »), à laquelle l’Afrique du Sud est également partie, stipule que les Parties « conviennent de prendre ou d’encourager, par l’intermédiaire de leurs services sociaux, économiques, d’enseignement, d’hygiène et autres services connexes, qu’ils soient publics ou privés, les mesures propres à prévenir la prostitution et à assurer la rééducation et le reclassement des victimes de la prostitution… ». Ces obligations internationales sont renforcées par les dispositions de la Section 9, §1, de la Constitution sud-africaine qui garantit l’égalité devant la loi et une égale protection de la loi.

Le Gouvernement sud-africain envisage de voter un projet de loi relatif à la prévention et la lutte contre la traite des êtres humains, le Prevention and Combating of Trafficking in Persons Bill 2010. Ce texte donne une définition large de la traite des êtres humains, conforme aux critères internationaux, il prévoit d’assurer une protection et des services aux victimes, et punit les personnes qui utilisent en connaissance de cause les services de victimes de la traite. Les associations locales, comme Ilitha Labantu qui a réussi à faire voter des lois protégeant les droits des femmes et des filles, soutiennent l’adoption d’une loi contre la traite des personnes en Afrique du Sud et sont en train de lancer des campagnes d’information sur ce problème dans la perspective de la Coupe du monde. Parallèlement aux initiatives des groupes sud-africains, des actions sont menées au niveau régional, par exemple par WLSA (Women and Law in Southern Africa) et SANTAC (Southern Africa regional Network against Trafficking and Abuse of Children) qui ont lancé la campagne Red Light appelant les Etats à mettre en place des mesures et des lois pour lutter contre la traite et protéger les femmes et les enfants.

Comment agir: 

Nous vous invitons à écrire aux hauts fonctionnaires sud-africains ci-dessous pour les exhorter à faire adopter et appliquer le projet de loi relatif à la prévention et la lutte contre la traite des personnes avant le début de la Coupe du monde. Demandez instamment aux pouvoirs publics de fournir une protection et des services aux victimes de la traite, en offrant les ressources nécessaires pour procurer des solutions de remplacement aux prostituées et à leurs familles.

Envoyez vos courriers à :

President Jacob Zuma
Union Buildings
Private Bag X1000,
Pretoria, 0001
Afrique du Sud
Télécopie : +27 12 323 8246
Courriel : president@po.gov.za

Minister Jeffrey Thamsanqa Radebe, MP
Minister of Justice
Private Bag X276,
Pretoria, 0001
Afrique du Sud
Télécopie : +27 12 315 1749
Courriel : Ministry@justice.gov.za

Hon Max Vuyisile Sisulu, MP
Speaker of the National Assembly
Afrique du Sud
Télécopie : +27 21 461 9462
Courriel : speaker@parliament.gov.za

Envoyez des copies de vos lettres à l’Autorité nationale chargée des poursuites :
The National Prosecuting Authority of South Africa – Sexual Offences and Community Affairs (SOCA) Unit
P/Bag X752,
Pretoria, 0001
Afrique du Sud
Courriel : communication@npa.gov.za

Lettre type