Afghanistan: poursuivre les responsables du viol et de l’assassinat de Shakila Bakhsh, 16 ans

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Date: 
25 Nov 2013

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Shakila Bakhsh, une fille de 16 ans, a été violée et assassinée le 31 janvier 2012 dans le centre de la province de Bamyan. Près de deux ans plus tard, personne n'a été tenu pour responsable. Selon des documents de la cour d'appel de Bamyan auxquels Egalité Maintenant a eu accès, Shakila a été retrouvée morte au domicile de M. Mohammad Hadi Wahidi Bihishti, un membre de l’assemblée provinciale de Bamyan, où elle avait aidé sa sœur aînée qui était employée en tant que femme de ménage. Au moment du crime, M. Bihishti était à la maison en compagnie de sa femme et de son neveu. Dans un premier temps, M. Qurban, garde du corps de M. Bihishti et beau-frère de Shakila, avait été inculpé de l'assassinat en dépit du fait que, selon des témoins oculaires, il se trouvait ailleurs. M. Qurban a déclaré avoir été informé de la mort de Shakila lors d’un appel téléphonique de M. Bihishti qui lui a affirmé que Shakila s'était suicidée. Les membres de la famille de Shakila et de M. Qurban soutiennent que M. Bihishti est responsable de la mort de Shakila, mais ils pensent que l’affaire ne fait pas l’objet d’une enquête approfondie en raison de sa position influente au sein de l’assemblée provinciale de Bamyan. Le 21 mai 2012, la cour d'appel a conclu qu’il n’y avait pas assez de preuves contre M. Qurban, et ordonné une nouvelle enquête.

AGISSEZ !

Les documents du tribunal indiquent que ni les forces de sécurité ni la police n’ont été immédiatement informées de la mort de Shakila. En lieu et place, son corps avait été transporté à l’hôpital. La police, qui se trouvait par hasard à l'hôpital, a alors envoyé une équipe pour enquêter. Les documents indiquent que quelqu’un a tenté d’effacer des preuves sur le lieu du crime, et mettent en évidence de nombreuses lacunes dans l'enquête de police, y compris le fait que les policiers ont omis de transmettre les empreintes digitales de M. Bihishti, de sa femme, et de son neveu, à l’institut médico-légal. A ce jour, personne n'a été poursuivi et tenu pour responsable du viol et de l’assassinat de Shakila.

Le fait que la législation n’est pas appliquée, en particulier lorsque les accusés sont des personnes d’influence, est  un problème important en Afghanistan. Par exemple, dans un rapport (en anglais) de décembre 2012, la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA) a souligné qu’en cas de violences envers les femmes il existe des « retards prolongés dans le traitement des affaires, et des documents clés et éléments de preuve disparaissent souvent au cours de procédures à rallonge. » Le rapport fait également état de démarches incohérentes et d’enquêtes approximatives à l'égard de suspects influents et/ou médiatisés.

Les violences envers les femmes et les filles demeurent endémiques en Afghanistan. Les signalements de ces affaires sont généralement faibles, mais la Commission afghane indépendante des droits de l'Homme a fait état de 4 010 affaires de violences contre les femmes entre le 21 mars 2012 et le 21 octobre 2012, contre 2 299 affaires pour l’ensemble de l'année 2011.  Le rapport a également révélé que, plutôt que de suivre les procédures légales requises, la police nationale afghane et les services de poursuites judiciaires continuent à renvoyer de nombreuses affaires, y compris celles concernant de graves crimes, aux conseils locaux, ou chouras, afin d’obtenir des conseils ou une résolution, ce qui compromet souvent la mise en œuvre de la législation et renforce les pratiques néfastes.

L'Afghanistan est membre d’un certain nombre de traités internationaux, notamment de la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (CEDAW), et du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP). Ce dernier stipule à l’article 26 que « Toutes les personnes sont égales devant la loi et ont droit sans discrimination à une égale protection de la loi. » L'article 22 de la constitution afghane prévoit que « Toute forme de discrimination et de privilège entre les citoyens afghans est interdite. Les citoyens afghans, qu’ils soient hommes ou femmes, ont les mêmes droits et devoirs devant la loi. »

Comment agir: 

AGISSEZ !

  • Demandez aux autorités ci-dessous de veiller à ce qu'une enquête impartiale et approfondie soit effectuée dans l’affaire Shakila Bakhsh, et à ce que le ou les auteurs du viol et de l’assassinat soient poursuivis sans délai.
  • Exhortez le gouvernement afghan, conformément à ses obligations juridiques internationales et à la propre constitution du pays, à veiller à ce que de solides mesures soient mises en place pour prévenir toute forme violence contre les femmes et les filles, et à garantir la primauté du droit pour protéger les femmes et les filles.

Les courriers doivent être adressés à:

M. Umar Daudzai
Ministre de l’Intérieur
Islamic Republic of Afghanistan Ministry of Interior Affairs
Kaboul
Afghanistan
Tél: +93 202 102 945 +93 202 102 945 +93 202 201 785 +93 202 201 785
Email: af.moi.press@gmail.com, moi.spokesman.mediadirectorate@gmail.com

M. Habibullah Ghalib
Ministre de la Justice
Islamic Republic of Afghanistan Ministry of Justice
Charayee Pashtoonistan,
Foroushgah
Kaboul
Afghanistan
Tél:  +93 202 104 336
Email: spksperson@gmail.com

Avec une copie à: Président Karzai, Presidential Palace, Kaboul, Afghanistan Tél: +93 (20) 210 2853, +93 (20) 210 3705, +93 (20) 210 3705 Email: president.pressoffice@gmail.com

Lettres: 

Monsieur le ministre de l'Intérieur / Monsieur le ministre de la Justice :

Je suis profondément préoccupé(e) par l'absence de poursuites judiciaires dans l’affaire Shakila Bakhsh, fille de Mohammad Bakhsh, qui le 31 janvier 2012 a été  violée et assassinée à 16 ans à Zargaran, dans le centre de la province de Bamyan.

Selon les documents (affaire numéro 40, 21 mai 2012) de la Cour d'appel de la province de Bamyan, Shakila a été retrouvée morte au domicile de M. Mohammad Hadi Wahidi Bihishti, un membre de l’assemblée provinciale de Bamyan. Au moment du crime, M. Bihishti était à la maison en compagnie de sa femme et de son neveu. Dans un premier temps, M. Qurban, garde du corps de M. Bihishti et beau-frère de Shakila, avait été inculpé de l'assassinat en dépit du fait que, selon des témoins oculaires, il se trouvait ailleurs dans un bazar. M. Qurban a déclaré avoir été informé de la mort de Shakila lors d’un appel téléphonique de M. Bihishti qui lui a affirmé que Shakila s'était suicidée.

Les documents du tribunal indiquent que ni M. Bihishti ni personne d'autre n’a informé les forces de sécurité ou la police de ce qui s'était passé. En lieu et place, le corps de la défunte avait été transporté à l’hôpital. Les documents indiquent également que quelqu’un a tenté d’effacer des preuves sur le lieu du crime. La police, qui se trouvait par hasard à l'hôpital, a alors découvert l’incident et envoyé une équipe pour enquêter. Toutefois, les documents judiciaires mettent également en évidence un certain nombre de lacunes dans l'enquête de police, y compris le fait que les policiers ont omis de transmettre les empreintes digitales de M. Bihishti, de sa femme, et de son neveu, à l’institut médico-légal. Selon nos informations, les membres de la famille de Shakila et de M. Qurban soutiennent que M. Bihishti est responsable de la mort de Shakila, mais qu’il ne fait pas l’objet d’une enquête approfondie en raison de sa position influente au sein de l’assemblée provinciale de Bamyan. Le 21 mai 2012, la cour d'appel a conclu qu’il n’y avait pas assez de preuves contre M. Qurban, et ordonné une nouvelle enquête.

Je vous exhorte à veiller à ce qu'une enquête impartiale et approfondie soit effectuée, et à ce que le ou les auteurs du viol et de l’assassinat soient poursuivis. En conformité avec la propre constitution du pays et ses obligations juridiques internationales, je voudrais aussi respectueusement demander au gouvernement afghan de garantir la primauté du droit, de lutter contre les violences envers les femmes et les filles, et de veiller à ce que ces violences soient punies dans la pleine mesure de la loi.

Je vous remercie de votre attention.

Cordialement,