Afghanistan : la paix et la sécurité compromises—les femmes qui jouent un rôle de premier plan visées

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Numéro de l'action: 
21.6
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Date: 
1 Déc 2008

Malalai JoyaLe 21 mai 2007, Malalai Joya, parlementaire afghane et défenseur des droits de la femme, a été suspendue de ses fonctions au sein du parlement afghan pour avoir vivement critiqué les seigneurs de la guerre et les avoir comparés défavorablement, à l'occasion d'un entretien télévisé, à une étable d’animaux domestiques. La suspension dont elle a écopé est totalement contraire au Règlement de la Wolesi Jirga (la Chambre basse du parlement afghan), qui ne prévoit que des périodes de suspension d’une journée, et n’autorise une suspension pour une période indéterminée que dans le cas où elle serait demandée par le Bureau administratif et approuvée par la Wolesi Jirga. Cette procédure n’a pas été suivie. Il a, en outre, été indiqué que Malalai Joya avait été menacée de viol et de meurtre par des collègues parlementaires, et qu'en dépit de cela, aucune mesure n'avait été prise à l'encontre de ceux-ci au titre des menaces dont a fait l'objet Malalai.

Les femmes qui participent à la vie publique sont de plus en plus fréquemment la cible d’actes de violence en raison de leur défense des droits humains et du rôle public qu'elles jouent dans la société afghane, comme par exemple le commissaire divisionnaire Malalai Kakar, la femme la plus gradée des forces de polices afghanes, qui a été abattue devant son domicile le 28 septembre 2008. Le commissaire divisionnaire Kakar était à la tête du département de la police de Kandahar en charge de la prévention et de répression des crimes contre les femmes, et le strict respect de la loi qu'elle s'efforçait d'appliquer en luttant contre les violences dont sont victimes les femmes lui a valu des menaces quotidiennes, et d'être la cible de nombreuses tentatives d'attentat, qui lui ont finalement coûté la vie lorsqu’elle a été tuée par arme à feu. Le 25 septembre 2006, Safia Ama Jan, représentante du ministère afghan des affaires féminines dans la province sud, a été tuée devant son domicile de Kandahar. Comme Malalai Joya, Shukria Barakzai, elle aussi membre du parlement, a reçu de multiples menaces de mort. Son bureau a été attaqué à plusieurs reprises, et d’après certaines informations, son nom figurerait dans une liste des femmes à abattre, qui comportait également celui de la commissaire divisionnaire Kakar. En juin 2007, deux femmes journalistes ont été assassinées tandis que de nombreuses autres recevaient des menaces de mort.
Malalai Kakar (deceased)

De plus en plus d’écoles de filles sont contraintes de fermer leurs portes après avoir été attaquées. En novembre 2008, à Kandahar, des hommes soupçonnés d’être des militants talibans utilisaient des pistolets à eau pour asperger d’acide des enseignants et des jeunes filles se rendant à l’école. Le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) indique qu’à la mi-novembre 2008, il y a eu 256 incidents scolaires violents, faisant environ 58 morts et 46 blessés.

Depuis la chute du régime taliban en Afghanistan, les femmes réclament l’égalité des droits et insistent sur le besoin de sécurité. Mais ceux qui, comme Malalai Joya, revendiquent ces droits, continuent à être menacés, victimes d’abus et même tués.

La campagne d’Egalité Maintenant pour le rétablissement de Malalai Joya dans ses fonctions parlementaires a permis de soumettre son dossier à des législateurs du monde entier, dans le cadre de l’Union interparlementaire (UIP), l’organisation internationale des parlements des Etats souverains du monde entier. L’UIP s’est réunie initialement pour discuter de la suspension de Malalai en octobre 2007. A cette date, l’organisation a considéré l’affaire comme recevable. S’en est suivie, en avril 2008, une résolution publique du Conseil de gouvernance de l’UIP qui affirmait que la liberté d'expression était l'un des piliers fondamentaux de la démocratie, et que la suspension d'un mandat parlementaire constituait une mesure exceptionnellement grave qui ne pouvait être prise que dans le strict respect de la loi. L’UIP continue à suivre le cas de Malalai, et sa Commission des droits de l’Homme des parlementaires s’est à nouveau réunie, le 11 octobre 2008, pour demander instamment la réintégration de Malalai. Assistait également à la session une délégation de hauts responsables afghans, qui comptait parmi ses membres Mirwas Yasini, Vice-président de la Wolesi Jirga, qui a reconnu que la suspension de Malalai était contraire aux règles parlementaires et n’aurait pas dû avoir lieu. Cette position est également en accord avec les commentaires de M. Gul Padshan Majedi, président de la Commission du parlement afghan sur les immunités et privilèges des membres de parlement, qui aurait déclaré que la suspension infligée à Malalai Joya était illégale. Le Vice-président a de même confirmé qu’aucune sanction n’avait été prise à l’encontre d’autres parlementaires au titre de leurs remarques injurieuses au sujet de Malalai, non plus que pour avoir appelé à son viol ou meurtre. Il a confirmé que tout serait fait pour que Malalai Joya soit rétablie dans ses fonctions parlementaires avant le terme de la session du parlement en cours, c’est-à-dire, à la fin du mois de décembre 2008. À ce jour néanmoins, Malalai n’a eu aucun contact avec quelque représentant du parlement que ce soit pour étudier sa réintégration, et son avocat a été empêché de se rendre au parlement pour s’y entretenir avec le Vice-président. L’UIP a insisté sur le fait qu’une suspension pour la totalité d’un mandat parlementaire équivalait à une révocation de fait du mandat, et qu’à ce titre, elle était totalement illégale, en particulier s'agissant d'un motif tel que la tenue de propos à caractère injurieux.

Malalai elle-même a porté l’affaire devant la Cour suprême afghane afin de tenter de contester sa suspension et d’obtenir le respect de la procédure. La Cour suprême a mis plusieurs mois pour répondre et, à ce stade, il est toujours difficile de dire dans quelle mesure une action juridique sérieuse a été entreprise pour faire pièce à la suspension de Malalai. Le parlement n’a toujours pas répondu aux documents transmis par la cour le mettant en demeure de désigner un représentant pour assurer la défense en l'affaire de Malalai.

En mars 2003, l’Afghanistan a ratifié la Convention sur l’élimination de toutes formes de discrimination envers les femmes (CEDAW). En janvier 2004, le pays a adopté une nouvelle constitution qui prévoit l’égalité des hommes et des femmes devant la loi et protège la liberté de parole. Pourtant, en Afghanistan, les femmes demeurent la cible de violences et se voient dénier l’égalité des droits, ainsi que la protection égale de la loi, et Malalai Joya demeure exclue du parlement. La résolution 1325 du conseil de sécurité des Nations Unies reconnaît le rôle essentiel des femmes dans la promotion de la paix et de la sécurité, et appelle à une représentation accrue des femmes au sein des instances de décision. Malalai Joya a été régulièrement élue au parlement. Elle a systématiquement et de manière courageuse défendu les droits humains, affirmant que leur respect est une condition fondamentale de la paix et de la sécurité. Sa suspension constitue une atteinte à la démocratie en Afghanistan, et une violation de ses droits, mais également de ceux qu’elle représente.

Comment agir: 

Nous vous demandons de bien vouloir écrire aux responsables suivants pour les exhorter à veiller à ce Malalai Joya soit, immédiatement et inconditionnellement, réintégrée dans ses fonctions parlementaires. Insistez sur le fait que le parlement afghan enfreint son propre règlement et que la constitution de l’Afghanistan prévoit la liberté de parole et l’égalité des femmes et des hommes. Demandez-leur également de prendre toutes les mesures requises pour assurer la sécurité personnelle de Malalai Joya, de Shukria Barakzai et de tousceux qui, comme elles, travaillent à protéger et promouvoir la pleine égalité des droits pour les femmes prévue par la constitution.

President Hamid Karzai
Gul Khana Palace
Presidential Palace
Kabul, Afghanistan
president@afghanistangov.org

Yunus Qanooni, Speaker of the House
Afghanistan National Assembly
Wolesi Jirga
Kabul, Afghanistan

Action Femmes 21.1: Octobre 2001
Action Femmes 21.2: Avril 2002
Action Femmes 21.3: Décembre 2004
Action Femmes 21.4: Décembre 2006
Action Femmes 21.5: Octobre 2007