Yémen: mettre fin au mariage précoce par l’adoption et l’application d’une loi fixant un âge minimum de mariage

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Numéro de l'action: 
34.4
Date: 
19 Sep 2013

MISE A JOUR - 10 DECEMBRE 2013: il y a deux semaines, un jeune homme est entré en contact avec le ministère yéménite pour les droits humains afin d’empêcher le mariage de sa sœur âgée de 11 ans, Nada (prénom d'emprunt),  à son cousin de 23 ans. Bien que le ministère soit auparavant intervenu dans des cas similaires, et qu’il ait convaincu des parents de ne pas marier leurs jeunes filles, les autorités ont été incapables d’empêcher le mariage de Nada car il n'existe pas de loi contre le mariage précoce, et le père de la jeune fille a refusé de céder. Hooria Mashhour, le ministre yéménite pour les droits humains, a régulièrement soulevé le problème dans les médias et sensibilisé le public à la question. Il a déclaré que, tant qu'il n’existe pas d'âge minimum du mariage au Yémen, son pouvoir de mettre fin à ces mariages reste très limité.

M. Mashhour continue à demander la réintroduction du projet de loi 2009 qui aurait pour effet d’interdire le mariage précoce dans le pays. Pour que les filles ne soient plus obligées d’en subir les graves conséquences physiques et psychologiques , Egalité Maintenant et nos partenaires,  l'Union des femmes yéménites (YWU - Yemeni Women Union) et la Fondation arabe pour les droits humains  (AHRF - Arab Human Rights Foundation) , soutenons les initiatives du ministre qui ont pour but de garantir que le gouvernement du Yémen soit à la hauteur de ses obligations en vertu du droit international et qu’il adopte une loi interdisant les mariages précoces. Veuillez nous aider et demander à nouveau au gouvernement du Yémen de faire des droits des femmes et des filles une priorité, d’adopter et d’appliquer une loi interdisant le mariage précoce, et de garantir la sécurité et les droits humains de mineures mariées ayant mis fin à leur mariage.


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Wafa
Wafa, enfant mariée

« Mon message à destination des parents, c'est qu'ils ne doivent pas considérer marier leurs filles à un jeune âge. Les filles devraient aller à l'école. Je souhaite  qu’aucune fille ne souffre comme j’ai eu à souffrir. Pour pouvoir vivre heureuse et de manière digne,  les filles doivent être instruites. » - Wafa, mariée à 11 ans, Yémen

La question du mariage précoce au Yémen a récemment fait l’objet d’une couverture médiatique qui a souligné l'impact dévastateur que la pratique peut avoir sur les filles. Egalité Maintenant a été informé d'un certain nombre de cas de jeunes Yéménites qui ont été mariées de force ou risquent de l’être et en subissent les conséquences.

AGISSEZ !

  • Wafa, 11 ans, a été mariée en 2010 à un agriculteur de 40 ans qui l’a violée et torturée à plusieurs reprises. Egalité Maintenant et notre partenaire régional, l’Union des femmes yéménites (Yemeni Women Union  - YWU), ont réussi à trouver un avocat pour plaider sa cause et l’ont aidée à obtenir un divorce.
  • Safiyeh, 11 ans, a été mariée en 2010 à un homme plus âgé. Elle a été hospitalisée à la suite de lésions génitales causées lors de rapports sexuels. Elle a obtenu le divorce grâce à l'intervention de YWU.
  • Ilham, 13 ans, a été mariée en 2010 à un homme plus âgé. Elle est décédée trois jours après le mariage à la suite d'une hémorragie génitale causée lors de rapports sexuels.
  • Sally Al-Sabahi, 10 ans, a été mariée en 2010, puis battue et violée à plusieurs reprises par son mari. Elle a par la suite obtenu le divorce.
  • En 2010, Sarah, 11 ans, a été découverte emprisonnée et enchaînée par son père dans le but de la forcer à se marier.
  • Salwa, 12 ans, s'est suicidée en 2010 en se jetant du toit de sa maison après avoir été forcée de se marier par son père.
  • Hind, 13 ans, a été mariée en 2009 par son père et ses oncles, et a été retenue à la maison enchaînée pendant des mois. Elle a finalement été libérée en mars 2010.
  • Fawziya Abdallah Youssef, 11 ans, a été mariée par son père en 2009 à un agriculteur de 25 ans. Elle est décédée l'année suivante après avoir accouché d’un enfant mort-né.
  • Reem, 11 ans, a été mariée par son père en 2008 à un cousin de 31 ans. Elle a échappé à son mari violent une semaine après le mariage et a ensuite obtenu un divorce.
  • Nujood Ali, 10 ans a été mariée par ses parents en 2008 à un mari violent. Après que ses parents lui ont affirmé que, puisqu’elle était maintenant la propriété de son mari, ils ne pouvaient pas l'aider à s'échapper, elle s’est elle-même rendue au tribunal et a obtenu un divorce.

Depuis 2009, Egalité Maintenant et l'Union des femmes yéménites (YWU) appellent les autorités à prendre immédiatement des mesures afin de protéger les filles des conséquences néfastes du mariage précoce. En dépit de la médiatisation de certaines des affaires mentionnées ci-dessus, en particulier celles qui concernent Nujood et Reem, le gouvernement yéménite n'a pas encore adopté de loi qui établirait un âge minimum du mariage. Au cours des dernières années, Egalité Maintenant a publié Action Femmes 34.1 (novembre 2009), Action Femmes 34.2 (mise à jour d’avril 2010) et Action Femmes 34.3 (mise à jour de mai 2012), demandant au gouvernement yéménite de mettre fin au mariage précoce en adoptant et en appliquant une loi fixant un âge minimum du mariage. En 2009 , l’assemblée législative yéménite a examiné un projet de loi, soumis par deux ministères et soutenu par les femmes et les organisations de défense des droits des enfants, qui fixerait l'âge minimum du mariage pour les filles à 17 ans et comprendrait des sanctions pour les contrevenants. Toutefois, le projet de loi a été bloqué par la Commission de codification de la charia (loi islamique) en octobre 2010.

L’incapacité du gouvernement yéménite à interdire les mariages précoces constitue une violation de ses obligations internationales en vertu de la Convention relative aux droits de l'enfant (CIDE) et de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (CEDAW), qui contiennent toutes deux des dispositions contre la pratique. En 2012, le Comité des droits de l'Homme des Nations Unies a, dans son examen de la conformité du Yémen avec le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), exprimé sa préoccupation que la question de « l'âge minimum du mariage n'a toujours pas été réglée et elle rencontre une forte opposition au sein de l’assemblée » et appelé le Yémen à « fixer un âge minimum du mariage qui soit conforme aux normes internationales ».

Cependant, dans ce qui constitue un développement prometteur, Hooria Mashhour le ministre yéménite pour les droits humains, a demandé la réintroduction du projet de loi de 2009, ce qui de fait rendrait le mariage précoce illégal. Pour que les filles ne soient plus obligées d’en subir les graves conséquences physiques et psychologiques, Egalité Maintenant et YWU soutiennent les initiatives du ministre qui ont pour but de garantir que le gouvernement du Yémen soit à la hauteur de ses obligations en vertu du droit international et qu’il adopte une loi interdisant les mariages précoces.

Veuillez rejoindre Egalité Maintenant et YWU et demander au gouvernement du Yémen de faire des droits des femmes et des filles une priorité, d’adopter et d’appliquer une loi interdisant le mariage précoce, et de garantir la sécurité et les droits humains de mineures mariées ayant mis fin à leur mariage.

Comment agir: 

AGISSEZ !

  • Contactez le président de la République du Yémen, le premier ministre et le président de l’Assemblée et demandez-leur de:
  1. Veiller à ce que le projet de loi interdisant les mariages précoces soit examiné et adopté par le parlement dès que possible.
  2. Veiller à ce que la loi, une fois adoptée, soit effectivement appliquée.
  3. Prendre des mesures pour protéger et promouvoir les droits des filles ayant mis fin à leur mariage ou y ayant échappé, y compris en fournissant un accès au logement, à l'éducation et une aide psychosociale.
  • Aidez-nous à faire passer le message de cette campagne en faisant suivre cette Action à vos amis.

Les courriers doivent être adressés à:

M. Abd-Rabbu Mansour Hadi
Président de la République du Yémen
President Residence
60 Street
Sana’a, Yémen
Fax: +967 1 276 866
Fax: +967 1 252 803
Tel: +967 1 621 062

Mohammed Salem Basindwa
Premier ministre
Fax: +967 1 282 686

M. Yahia El Raei
Président de l’Assemblée
Yemeni Parliament
26 September Street
San’a, Yémen
Fax: +967 1 271 102

Avec une copie à: Hooria Mashhour, Ministre des droits humains, Al-Steen Street, Sana'a, Yémen, Téléphone: +967 1 444 834, Fax: +967 1 444 833, Email: ramif1973@yahoo.com

Lettres: 

Monsieur le président / premier ministre / président de l’Assemblée:

cc: Ministre des droits humains

Je suis profondément préoccupé(e) par la prévalence des mariages précoces au Yémen. Les rapports des organisations  yéménites de droits humains et des médias ont mis en évidence un certain nombre de cas de jeunes Yéménites qui ont été mariées de force, ou risquent de l’être, et en subissent les nombreuses et graves conséquences. Pourtant, à ce jour, le gouvernement n'a toujours pas adopté de législation qui fixerait un âge minimum du mariage. Bien que des agents du ministère soient intervenus au niveau individuel dans des affaires de mariage précoce, leur pouvoir de mettre fin à cette pratique demeure sévèrement limité sans une loi pour l’interdire.

Des organisations internationales telles que l’OMS, l'UNICEF et le FNUAP ont souligné les dommages causés aux filles mariées très jeunes du point de vue physique, émotionnel, psychologique, intellectuel et sexuel, notamment des complications en cas d’avortement, des décès provoqués par les grossesses précoces, une privation d'éducation, un manque de relations sociales, une mobilité restreinte, un accès limité aux ressources, une influence nulle ou limitée dans leur nouveau foyer et un risque accru de violence domestique.

Je comprends qu’un projet de loi fixant l'âge minimum du mariage pour les filles à 17 ans et prévoyant des sanctions pour les contrevenants est en suspens au parlement depuis 2009. Adopter ce projet de loi sans délai constituerait une première étape pour aider les filles à échapper à la violence et leur permettre de réaliser leur potentiel. En vertu de la Convention relative aux droits de l'enfant (CIDE) et de la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l' égard des femmes (CEDAW), qui contiennent toutes deux des dispositions contre le mariage précoce, le Yémen se doit d’interdire la pratique. En 2012, le Comité des droits de l'Homme des Nations Unies a, dans son examen de la conformité du Yémen avec le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), exprimé sa préoccupation que la question de « l'âge minimum du mariage n'a toujours pas été réglée et elle rencontre une forte opposition au sein de l’assemblée» et appelé le Yémen à « fixer un âge minimum du mariage qui soit conforme aux normes internationales ».

Dans ce qui constitue un développement prometteur, Hooria Mashhour le ministre yéménite pour les droits humains, a demandé la réintroduction du projet de loi de 2009, ce qui de fait rendrait le mariage précoce illégal. Pour que les filles ne soient plus obligées d’en subir les graves conséquences physiques et psychologiques, Egalité Maintenant et YWU soutiennent les initiatives du ministre qui ont pour but de garantir que le gouvernement du Yémen soit à la hauteur de ses obligations en vertu du droit international et adopte une loi interdisant les mariages précoces.

 Je vous exhorte à veiller à ce que le projet de loi sur le mariage précoce soit adopté par le parlement dès que possible. Veuillez également veiller à ce que cette loi, une fois adoptée, soit strictement appliquée et que les contrevenants soient punis. En outre, veuillez prendre des mesures pour protéger et promouvoir les droits des filles ayant mis fin à leur mariage ou y ayant échappé, y compris en fournissant un accès au logement, à l'éducation et une aide psychosociale.

Je vous remercie de votre attention.

Cordialement,