Yémen: mettre fin aux mariages d’enfants par l’adoption et l’application d’une loi fixant un âge minimum de mariage

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Date: 
21 Mai 2012

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Wafa
Wafa

La révolution yéménite de 2011 a entraîné un changement de gouvernement et les femmes ont espéré que cela se traduirait par une amélioration de leur qualité de vie et de celle de leurs enfants. Comme en témoigne l'attribution du prix Nobel de la paix 2011 à l’activiste yéménite Tawakul Karman pour sa «lutte non violente en faveur de la sécurité des femmes et de leurs droits à participer pleinement aux processus de paix», les femmes ont joué un rôle de premier plan durant les manifestations. Toutefois, en dépit de leur importante participation à la révolution, les femmes yéménites craignent que leurs droits et leur participation au processus décisionnel ne continuent à être marginalisés. Les activistes sur le terrain ont fait savoir que des questions clés, tel que le mariage d’enfants, ne seront pas considérées comme une priorité par le nouveau gouvernement. Un projet de loi sur les mariages d'enfants fixant un âge minimum de mariage pour les filles à 17 ans et prévoyant des sanctions pour les contrevenants a été présenté au parlement yéménite en 2009 mais il est toujours en suspens. Un nouvel examen du projet de loi a été reporté et il est difficile de savoir si et quand cette question sera abordée.

>> AGISSEZ !

Egalité Maintenant a publié Action Femmes 34.1 (novembre 2009) et une mise à jour - Action 34.2 (avril 2010) appelant le gouvernement du Yémen à empêcher les mariages d'enfants en adoptant une loi fixant un âge minimum de mariage et en la faisant appliquer. Toutefois, le projet de loi sur les mariages d’enfants a été bloqué au parlement par la commission de codification de la charia (loi islamique) en octobre 2010 quand celle-ci a publié 15 pages de recommandations allant à l'encontre d'un âge minimum de mariage et alléguant, entre autres, qu’une maternité précoce empêche le cancer du sein. 

  • Egalité Maintenant, avec notre partenaire Yemen Women Union (YWU), est intervenu en 2010 dans l’affaire “Wafa”, une fille de 11 ans mariée à un agriculteur de 40 ans qui l’a violée à plusieurs reprises et l’a torturée. Egalité Maintenant et YWU ont réussi à trouver un avocat pour plaider sa cause et l'ont aidée à reprendre ses études. Un tribunal de la province Hajjah a finalement accepté d'accorder un divorce à Wafa en 2011 à la condition qu'elle rembourse sa dot – une somme que son père avait dépensé avant qu'il ne décède. L'absence d'une loi interdisant les mariages d’enfants au Yémen signifie que Wafa était légalement mariée et incapable d’échapper à son mariage sans être soumise aux exigences de divorce pour les femmes. Un parent, agissant sous la contrainte et les menaces de la famille de son mari, a emprunté de l'argent pour rembourser la dot, mais il a ensuite forcé Wafa à abandonner l'école et à mendier dans les rues. Il a également tenté d'abuser d'elle sexuellement et a exercé des pressions pour qu’elle l’épouse. A l’heure actuelle, Wafa est temporairement hébergée au foyer d’accueil de YWU et a repris ses études.
  • Egalité Maintenant a également suivi le cas d’une autre enfant mariée qui a fait l’objet d’une couverture médiatique après avoir réussi à obtenir un divorce. Bien que saluée comme une héroïne dans la presse internationale, elle est confrontée à d'énormes difficultés, notamment en étant contrainte à la prostitution par des membres de sa famille.

Comme le montrent ces exemples, sans une loi interdisant les mariages d’enfants, les enfants mariées demeurent sous une constante menace d'exploitation et de violence. Les filles ne peuvent pas obtenir un divorce sans un remboursement de leur dot et elles ne reçoivent aucune réparation après le divorce, elles sont juste remises à leurs familles alors que ce sont celles-ci qui les ont vendues. L'incapacité du gouvernement yéménite à empêcher les mariages d’enfants, y compris par la promulgation de la loi proposée, constitue une violation de ses obligations internationales en vertu de la Convention relative aux droits de l'enfant (CIDE) et de la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (CEDAW) qui contiennent toutes deux des dispositions contre le mariage précoce.

Egalité Maintenant et YWU ont besoin de votre aide pour appeler le nouveau gouvernement du Yémen à faire des droits des femmes et des filles une priorité, à adopter et à appliquer une loi interdisant les mariages d’enfants, et à garantir la sécurité et les droits humains d’enfants mariées ayant mis fin à leurs mariages.

Comment agir: 

Contactez le président de la République du Yémen, le ministre de la Justice et le président de l’Assemblée et demandez-leur de:

  1. Veiller à ce que le projet de loi interdisant les mariages d’enfants soit examiné et adopté par le parlement dès que possible.
  2. Veiller à ce que la loi, une fois adoptée, soit effectivement appliquée.
  3. Prendre des mesures pour protéger et promouvoir les droits des filles ayant mis fin à leurs mariages ou y ayant échappé, y compris en fournissant un accès au logement, à l'éducation et une aide psychosociale.

Aidez-nous à faire passer le message de cette campagne en faisant suivre cette Action à vos amis.

>> AGISSEZ !

Les courriers doivent être adressés à:

M. Abd Rab Mansour Hadi
Président de la République du Yémen
President Residence
60 Street
Sana’a, Yémen
Fax: +967 1 276 866
Fax: +967 1 252 803
Tel: +967 1 621 062

Juge Mursd Al-Arshani
Ministre de la Justice
Ministry of Justice
Justice Street
Sana’a, Yémen
Fax: +967 1 252 138
Tel: +967 1 334 334

M. Yahya Ali Al Raei
Président de l’Assemblée
Yemeni Parliament
26 September Street
Sana’a, Yémen
Fax: +967 1 276 091
Tel: +967 1 272 765

Lettres: 

Cher _____:

Je vous écris pour vous faire part de ma profonde préoccupation au sujet de la prévalence des mariages d’enfants au Yémen et de l'inaction du gouvernement yéménite quant à l’interdiction de cette pratique. Les femmes yéménites ont joué un rôle clé dans la révolution de 2011 qui a conduit à la formation de votre nouveau gouvernement. Nous sommes à une période où le Yémen a besoin de la participation et du soutien de tous ses citoyens. Jusqu’à 50% des filles yéménites sont mariées avant d'avoir atteint l'âge de 18 ans et accepter les mariages d’enfants a pour conséquence que le Yémen ne soigne pas son avenir.

En outre, des organisations internationales telles que l'Organisation mondiale de la Santé, l'UNICEF et le FNUAP ont souligné les dommages causés aux filles mariées très jeunes du point de vue physique, émotionnel, psychologique, intellectuel et sexuel, notamment des complications en cas d’avortement, des décès provoqués par les grossesses précoces, une privation d'éducation, un manque de relations sociales, une mobilité restreinte, un accès limité aux ressources, une influence nulle ou limitée dans leurs nouveaux foyers et un risque accru de violence domestique.

Je comprends qu'un projet de loi fixant un âge minimum de mariage pour les filles à 17 ans et prévoyant des sanctions pour les contrevenants est en suspens au parlement depuis 2009. Adopter ce projet de loi sans délai constituerait une première étape pour aider les filles à échapper à la violence et leur permettre de réaliser leur potentiel. L'absence d'une loi interdisant les mariages d’enfants au Yémen signifie que les enfants mariées, pour pouvoir échapper à leur mariage, doivent recourir aux lois sur le divorce destinées aux femmes (plutôt que d'avoir ces mariages annulés car illégaux) et sont donc tenues de rembourser leur dot pour obtenir un divorce. A titre d’exemple, Wafa, 11 ans, a été mariée par son père en 2009 à un agriculteur de 40 ans qui l’a violée, battue et a tenté de l'étrangler. Souhaitant échapper à la violence et poursuivre ses études, Wafa s'est enfuie mais elle a été incapable d’obtenir un divorce puisqu’elle n’a pas pu rembourser sa dot, son père l’ayant dépensée avant de décéder.

Le gouvernement yéménite est tenu d’empêcher les mariages d’enfants en vertu de la Convention relative aux droits de l'enfant (CIDE) et de la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (CEDAW) qui toutes deux contiennent des dispositions contre la pratique. Veuillez-vous assurer que le projet de loi sur les mariages d'enfants soit examiné et adopté par le parlement dès que possible. Veuillez également veiller à ce que cette loi, une fois adoptée, soit strictement appliquée et que les contrevenants soient punis. En outre, veuillez prendre des mesures pour protéger et promouvoir les droits des filles ayant mis fin à leurs mariages ou y ayant échappé, y compris en fournissant un accès au logement, à l'éducation et une aide psychosociale.

Je vous remercie de votre attention.

Cordialement,