Pleins feux sur Yasmeen Hassan, directrice globale d’Egalité Maintenant

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Yasmeen Hassan

Egalité Maintenant a le plaisir d'annoncer la nomination de Yasmeen Hassan au poste nouvellement créé de directrice globale. Membre estimée du personnel depuis plus de trois ans, Yasmeen a récemment servi en tant que directrice exécutive adjointe et directrice des programmes dans notre bureau de New York. Yasmeen est une avocate ayant une vaste expérience du mouvement d‘émancipation des femmes au niveau international et elle comprend pleinement chacune des activités de terrain de l'organisation. Dans son nouveau rôle, elle sera en mesure de développer la coopération, d’approfondir les connaissances et d’accroître l'efficacité. Yasmeen partage ci-dessous certaines de ses vues sur Egalité Maintenant et sur l'activisme en général :

Depuis quand vous considérez-vous comme activiste ?

Je pense que je me suis toujours considérée comme activiste. Même en grandissant dans une société patriarcale comme le Pakistan, je n'ai jamais eu peur de dire ce que je pense. A l'âge de trois ans, en petite maternelle, j'ai formé un groupe de filles pour nous défendre contre les "grands", les  garçons qui accaparaient l'équipement de la cour de recréation. Le moment déterminant pour moi a eu lieu quand j'avais dix ans et qu’un dictateur militaire a islamisé les lois pakistanaises, faisant effectivement des femmes des citoyennes de seconde classe et facilitant de nombreux abus contre les femmes et les filles. J'ai été inspirée par le mouvement d’émancipation des femmes qui en a découlé et je savais que je ferai partie de ce mouvement, au moins au niveau national. Je suis allée étudier le droit islamique à l’école de droit de Harvard pour contrer l’érosion des droits des femmes commise au nom de la religion. J'ai rédigé  la première étude sur la violence domestique au Pakistan, un rapport qui est ensuite devenu la présentation du Pakistan lors de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes de Beijing en 1995.

Que trouvez-vous le plus gratifiant dans le fait de travailler à Egalité Maintenant ?

J'ai soutenu Egalité Maintenant depuis qu’on m’a fait découvrir l'organisation en 1993, et j’ai contribué en 1999 à la rédaction de Des mots et des faits, notre premier rapport sur les lois discriminatoires dans le monde. Au fil des années, je me suis rendue compte qu’Egalité Maintenant est la seule organisation que je connaisse qui œuvre au niveau international pour sensibiliser sur les violences  subies par des femmes, des violences qui sont souvent considérées comme étant immuables et faisant partie de cultures individuelles. L'organisation n'hésite pas à prendre position sur des questions difficiles et prône résolument le changement malgré une forte résistance. J'ai aussi été attirée par Egalité Maintenant car, tout en travaillant pour assurer un changement institutionnel pour toutes les femmes et les filles, l’organisation traite également d'une question au niveau individuel, à travers les yeux d'une femme. Je suis ravie de faire partie de cette organisation et de contribuer à son indispensable action.

Egalité Maintenant va célébrer son 20e anniversaire en avril prochain. Quels sont les directions que vous souhaiteriez voir l'organisation prendre dans les 20 prochaines années ?

Je ne peux pas croire qu’Egalité Maintenant ait déjà presque 20 ans ! Quoique, quand je considère toutes les réalisations de ces 20 dernières années, notamment le fait que les droits des femmes soient reconnus comme des droits humains, que les Nations Unies s’attaquent à la question des lois sexistes discriminatoires et qu’un grand nombre de ces lois aient été abrogées de par le monde, que les mutilations génitales féminines soient vues comme une violation des droits humains à la suite d’une prise de conscience internationale, et que les violences contre les adolescentes sont une préoccupation internationale, pour n'en nommer que quelques-unes, je pense que nous avons déplacé des montagnes.

Ma préoccupation immédiate, à la lumière de la récession mondiale, est la montée des fondamentalismes dans le monde et le retour de bâton contre les droits des femmes qui en découle. Je constate déjà des reculades significatives dans plusieurs régions, il est donc extrêmement important que nous restions vigilants afin de ne pas perdre le dur combat pour les acquis qui ont déjà été réalisés. Il est également essentiel que nous ne perdions pas de vue le système de droits humains, aussi bien sous prétexte de développement que de relativisme culturel.

Dans les vingt prochaines années,  j'espère que nous serons en mesure d'accélérer la dynamique de changement dans la promotion de l'égalité des sexes en augmentant notre présence au Moyen-Orient, en Asie, en Amérique latine, et en travaillant avec des organisations de terrain dans ces régions pour contribuer à donner une dimension internationale à leurs difficultés. En outre, nous espérons pouvoir impliquer plus de personnes d'horizons différents (âge, race, sexe, situation économique) dans la lutte pour l'égalité des sexes de par le monde. Nous devons investir dans une manière de communiquer collective qui trouve un écho avec diverses personnes et différentes façons d’agir pour attirer plus de gens. C'est un mouvement qui profite à tout le monde et, en tant que tel, tout le monde devrait y participer!