Fonds de défense judiciaire des adolescentes d’Egalité Maintenant

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Pour beaucoup de filles, en particulier dans les pays pauvres et en développement, la période critique de l’adolescence est émaillée d’expériences douloureuses dont les conséquences sont irréversibles et irréparables, souvent à vie. L’apparition de la sexualité des jeunes filles au moment de la puberté entraîne des réactions désastreuses : les sociétés trouvent normal de cesser de s’intéresser à leur scolarité et à leur développement personnel, et de s’approprier leur travail, leur sexualité et leur fécondité. Généralement, les jeunes filles n’ont aucun moyen socialement protégé de protester contre les mauvais traitements dont elles sont l’objet de la part de leurs familles, de leurs partenaires, de leurs professeurs ou d’inconnus.

Le Fonds de défense judiciaire des adolescentes (AGLDF) d’Egalité Maintenant a été créé pour contribuer à remédier aux violations spécifiques et dévastatrices des droits humains dont les jeunes adolescentes sont victimes et qui affectent leur estime de soi, les privent de leurs droits humains et les empêchent d’être protégées par la loi et d’accéder aux droits sociaux et aux opportunités économiques. L’AGLDF apporte un appui et médiatise des affaires judiciaires choisies pour leur intérêt stratégique, sur des sujets variés qui représentent les violations des droits humains les plus importantes et les plus fréquentes commises contre des adolescentes. Les principaux objectifs de l’AGDLF sont les suivants :

  • assurer une meilleure protection juridique des jeunes filles par des procès à fort retentissement et des réformes de la loi ;
  • améliorer la capacité des communautés locales à promouvoir les droits humains des adolescentes ;
  • donner davantage de visibilité aux procès et les utiliser pour faire évoluer les politiques publiques au niveau national, régional et international.

Les procès sont choisis en fonction de leur portée et des perspectives d’obtenir des réparations pour les victimes et de faire progresser la primauté du droit en créant des précédents ou en soulignant la nécessité d’une protection égale devant la loi. En outre, le fait de porter des cas à l’attention du public peut permettre de susciter des débats et d’accroître la demande de droits individuels.

Conseil consultatif de l’AGLDF :

Présidence : Judith Bruce (Population Council)
Lisa Alter (avocate et co-fondatrice de Girls Learn International)
Laura Barnett (réalisatrice, interprète, éducatrice)
Dale Buscher (Women’s Refugee Commission)
Elizabeth Evatt (ancienne Présidente du Comité des Nations Unies sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (United Nations Committee on the Elimination of Discrimination against Women, CEDAW))
Jane Fonda (actrice, philanthrope & activiste)
Marianne Gimon (consultante indépendante, spécialisée dans les questions de genre et le développement international)
Ann Graham (spécialiste en philanthropie féminine et consultante auprès des Nations Unies)
Steve Hammond (Associé au cabinet d’avocats Hughes Hubbard & Reed LLP)
Juge Claire L’Heureux Dubé (ancienne juge de la Cour suprême du Canada ; conduit la formation des juges en Afrique)

Ecolières dans un espace sécurisé, dans le cadre du projet d'Egalité Maintenant pour mettre fin à la violence contre les filles en Zambie

Par le biais de l’AGLDF, Egalité Maintenant apporte actuellement son soutien dans les affaires suivantes : 

 

ÉTHIOPIE : viol, enlèvement et mariage forcé
Le mariage par enlèvement est une pratique courante dans différentes régions d’Ethiopie. Elle consiste pour un homme à kidnapper une femme ou une jeune fille et à la violer afin de pouvoir ensuite faire pression sur elle pour qu’elle l’épouse. La campagne d’Egalité Maintenant s’est focalisée sur le cas de Makeda, enlevée à l’âge de 13 ans et violée. Bien qu’elle ait été sauvée et son violeur arrêté, celui-ci a, après sa remise en liberté sous caution, à nouveau enlevé Makeda et l’a retenue en captivité durant un mois, jusqu’à ce qu’elle parvienne à s’évader, mais uniquement après qu’il l’ait contrainte à signer un certificat de mariage.

Les auteurs et complices de l’enlèvement de Makeda ont été condamnés par une juridiction pénale en juillet 2003 à une peine de prison. Néanmoins, en décembre 2003, le jugement de première instance a été infirmé en appel et les condamnés ont été remis en liberté. Avec le soutien d’Egalité Maintenant et de l’Ethiopian Women Lawyers Association, Makeda et son père se sont pourvus en appel devant la plus haute juridiction éthiopienne, sans résultat. L’auteur de l’enlèvement et ses complices restent libres, et toutes les voies de recours nationales ont été épuisées.

En 2005, les actions menées par Egalité Maintenant et l’EWLA ont abouti à l’abolition de la loi éthiopienne qui exonérait de poursuites l’auteur d’un viol dans la mesure où il épousait ensuite sa victime.

En 2007, EWLA et Egalité Maintenant ont déposé plainte devant la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (Commission africaine) au nom de Makeda au motif qu’en vertu de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, dont l’Ethiopie est signataire, l’auteur du viol aurait dû faire l’objet de sanctions pénales.

A la demande du gouvernement éthiopien, nous négocions depuis 2008 un règlement à l'amiable pour le compte de Makeda. Toutefois, en raison d'une absence de progrès, Egalité Maintenant a demandé en avril 2010 à la Commission africaine de rendre une décision finale quant à savoir si l'affaire est recevable et peut donc se poursuivre. En cas de décision favorable, Egalité Maintenant plaidera l'affaire devant la Commission africaine.

Le cas de Makeda est évoqué dans l’ouvrage récompensé par le prix Pulitzer des reporters Nicholas Kristof et Sheryl WuDunn, Half the Sky (La moitié du ciel), dont l’écho dans les médias (dans l'anglais) a été considérable.  

 

ZAMBIE : le viol des écolières par les enseignants

 Mary à l’école

Les viols sur mineures sont fréquents en Zambie. Egalité Maintenant a soutenu activement une jeune fille de 13 ans, Mary, violée par son professeur.

Les remarques du directeur de l'établissement lorsque l'incident lui a été signalé indiquent qu'il ne s'agissait pas de la première agression de cette nature commise par ce même enseignant, mais que l’établissement n’avait pourtant pris aucune mesure. Sur les instances de la tante de Mary, cet enseignant a été arrêté, avant d’être remis en liberté sans poursuites par la suite.

Egalité Maintenant a travaillé avec un avocat pro bono qui s’est porté partie civile au nom de Mary contre le ministère de l’Education, l’école et le Procureur général. Le 30 juin 2008, la Cour suprême de Lusaka a rendu une décision historique (dans l'anglais, PDF, 330 Ko) accordant à Mary 45 millions de kwachas (14 000 dollars) de dommages et intérêts pour les souffrances subies, la torture mentale, les dommages aggravés et les dépenses médicales.

Le juge a qualifié de « négligence grave » l’absence de poursuites à l’encontre du professeur et a déféré l’affaire au parquet, en la personne du Directeur du ministère public, pour qu’il engage des poursuites pénales. Il a également appelé le ministère de l’Education à préparer « des règlements qui puissent prévenir de tels actes ». Egalité Maintenant a indiqué aux avocats de Mary les traités régionaux et internationaux ratifiés par la Zambie, en conséquence de quoi le jugement rendu par la Cour suprême cite les dispositions pertinentes du Protocole relatif aux droits de la femme en Afrique, ce qui constitue un premier pas vers la transposition du Protocole dans le droit zambien. Le gouvernement zambien a néanmoins annoncé son intention de contester cette décision.

À la suite de l’action de plaidoyer menée par Egalité Maintenant, les autorités zambiennes ont renoncé en août 2009 à interjeter appel du jugement. Celui-ci est donc devenu définitif et Mary attend le versement de l'indemnisation qui lui est due.

Le réseau des garçons de Chongwe, dans le cadre du projet d'Egalité Maintenant pour mettre fin à la violence contre les filles en Zambie

Pour soutenir le dossier de Mary et répondre de manière plus stratégique et collective aux problèmes des violences et sévices sexuels à l’encontre des filles, Egalité Maintenant a aidé à la création d’une coalition regroupant des organisations zambiennes de premier plan. Cette coalition a mis en place un projet complet destiné à mettre un terme aux violences contre les filles en Zambie au moyen d’une approche plurisectorielle impliquant l’autonomisation des filles, la prestation de services de santé et juridiques, des réformes législatives et des campagnes de sensibilisation, avec le soutien financier du Fonds d’affectation spéciale des Nations Unies à l’appui de la lutte contre la violence à l’égard des femmes. La coalition continue à suivre le ministère de l’éducation et à surveiller la mise en place de mesures destinées à prévenir et  à mieux traiter les problèmes de viol d’élèves par des enseignants et les autres formes de violence sexuelle envers les filles. Ce projet, coordonné par Egalité Maintenant et financé par le Fonds d’affectation spéciale des Nations Unies pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, a été initié en 2010. Egalité Maintenant a commandé un documentaire sur l’éradication de la violence contre les filles en Zambie qui devrait être achevé en 2013.

Lettre d’Egalité Maintenant au Ministre zambien de l’éducation (dans l'anglais, PDF, 34 Ko)

 

KENYA : Mutilations génitales féminines (MGF)

Atelier sur les MGF organisé par TNI (Tasaru Ntomonok Initiative) , avec les femmes masaï, y compris les exciseuses

Sasiano Nchoe était une préadolescente masaï de 12 ans qui est décédée le 18 août 2009 après avoir subi des MGF. Bien que le Kenya ait adopté une loi interdisant les MGF en 2001, celles-ci sont toujours largement pratiquées dans certains groupes, au nombre desquels les Masaïs, et la loi n'est pas appliquée. Sasiano avait été enterrée, mais son corps a été exhumé après que la Tasaru Ntomonok Initiative, organisation partenaire d’Egalité Maintenant, s’en soit mêlée et ait alerté les autorités.

À la suite de l’expertise médico-légale, l’exciseuse, Nalangu Ole Sekut, et le père de Sasiano, Kantet Ole Nchoe, ont été arrêtés et mis en cause pour homicide involontaire. Toutefois, les prévenus se sont enfuis alors qu’ils étaient en liberté sous caution, ce qui a retardé le procès.

Ce n’est qu’après qu’Egalité Maintenant ait soulevé la question de l’inertie des autorités policières et de leur peu d'empressement à appliquer la loi contre les MGF que la police a ré-arrêté les prévenus. Le 1er avril 2010, les accusés ont comparu devant le tribunal de Narok et ont reconnu leur culpabilité en relation avec les faits d’homicide involontaire qui leur étaient reprochés. Chacun d’eux a été condamné à une peine de dix ans d’emprisonnement (dans l'anglais).  

 

PAKISTAN : inceste

 Mariam et sa mère devant le tribunal de Lahore avec Sidra Humanyun (WAR) et Mehr Qureshi (Egalité Maintenant)

Il n'existe pas de loi spécifique sur l'inceste dans le code pénal pakistanais. Compte tenu de la nature conservatrice de la société, les victimes de viol et d'inceste sont stigmatisées et ces questions sont très difficiles à traiter.

En 2009, Egalité Maintenant, ainsi que notre partenaire régional War Against Rape, Lahore (WAR), s'est impliqué dans l’affaire Mariam, une jeune fille de 15 ans qui avait été violée par son père. Lorsque la mère de Mariam et ses oncles sont allés signaler le crime, les policiers se sont montrés sceptiques sur le fait qu’un père puisse violer sa fille et ont tenté de dissuader Mariam de porter plainte, lui disant que cela gâcherait la vie de son père. Le père a soudoyé le procureur et la police pour les inciter à abandonner l'affaire. Le juge a également relâché le père sous caution sans en informer Mariam.

En collaboration avec WAR, Egalité Maintenant a trouvé un avocat qui s’est chargé bénévolement du dossier de Mariam. Ensemble, nous avons réussi à persuader la police de ne pas classer l'affaire mais, au contraire, de rouvrir l’enquête. Grâce à la diligence de l’avocat de Mariam, le procureur qui avait autorisé la remise en liberté sous caution du père sans en informer la plaignante a été suspendu et l’affaire a été réaffectée. En outre, un don anonyme a permis à Egalité Maintenant de fournir logement, éducation et aide psychosociale à Mariam et à sa famille.

Bien que le procès a débuté en mai 2010, la première audience n'a eu lieu qu’en janvier 2011 et l’affaire a ensuite été retardée en raison de l'inefficacité du  tribunal et de manœuvres employées par l'auteur du crime et son avocat pour ajourner les procédures. Au cours du procès, Mariam a été forcée de témoigner en faisant face à son père jusqu’à ce que WAR et son avocat obtiennent une autorisation spéciale pour qu’un écran soit mis en place dans la salle d'audience afin de la protéger. En outre, des déclarations faites par le ministère public et le personnel médico-légal ont démontrés un manque de compréhension fondamental de la législation en matière de violences sexuelles. Par exemple, l'avocat de Mariam a dû composer avec une scandaleuse déclaration du médecin légiste affirmant que, en raison de l'absence de signes physiques de violences, Mariam ne pouvait pas avoir été violée. Durant la longue procédure judiciaire, l'avocat de Mariam a dû intervenir à plusieurs reprises pour la défendre, y compris contre le procureur.

Enfin, le 22 juillet 2011, après plus de deux ans d'efforts constants, Mariam a obtenu justice : le juge a reconnu le père coupable d'avoir violé sa fille et l’a condamné à la peine maximale. Egalité Maintenant espère que l’affaire Mariam fera jurisprudence et que des dispositions spécifiques concernant l'inceste seront inclues dans la législation pakistanaise en matière de viol.

 Atelier sur la violence sexuelle et l’inceste à Lahore en 2010

En décembre 2010, Egalité Maintenant et notre partenaire, WAR, ont organisé à Lahore (Pakistan) un atelier sur les violences sexuelles et l'inceste auquel ont participé des représentants de la société civile, des avocats, des parlementaires, des magistrats et représentants des médias.

En janvier 2012, Egalité Maintenant, WAR Lahore et Nasreen Welfare Trust Legal Aid Services ont publié une étude sur l'inceste au Pakistan (en Anglais) qui souligne les obstacles auxquels font face les victimes d'inceste pour obtenir justice et offre des solutions basées sur les meilleures pratiques d'autres pays.

 

YÉMEN : mariages d’enfants

 Tente où Wafa habitait avec sa famille

Des études montrent que, dans les régions rurales du Yémen, l'âge de mariage pour les filles est en moyenne de 12 ou 13 ans, et que jusqu'à 50% des filles yéménites sont mariées avant d'avoir atteint l'âge de 18 ans. Il n’existe pas d'âge minimum légal de mariage au Yémen et les cas de mariages d'enfants sont monnaie courante. Le gouvernement yéménite n'a pris aucune mesure pour interdire de tels mariages. 

En 2010, Egalité Maintenant, avec notre partenaire Yemen Women Union (YWU), est intervenu dans le dossier de Wafa, 11 ans, qui a été déscolarisée et mariée par son père à un agriculteur de 40 ans en 2009. Le marié a versé au père la somme de 215 500 rials yéménites (800€) à titre d’avance sur sa dot de 400 500 rials yéménites (1500€). 

Au bout d’une année de mariage durant laquelle elle était violemment battue par son mari, Wafa lui a échappé et a couru se réfugier chez ses parents. Entre temps, son père était décédé et sa mère était incapable de l'aider en raison de problèmes psychologiques causés par des années de maltraitance. Wafa a menacé de mettre fin à ses jours si sa famille la renvoyait chez son mari. 

En 2011, un tribunal de la province Hajjah a finalement accepté de lui accorder un divorce. YWU et Egalité Maintenant ont espéré que le tribunal accorde le divorce sans qu’il soit nécessaire pour Wafa de rembourser sa dot, mais le tribunal n'est malheureusement pas allé aussi loin. Le père de Wafa avait dépensé la dot de sa fille avant qu'il ne décède et un membre de la famille de Wafa, agissant sous la contrainte et les menaces de la famille de son mari, a emprunté de l'argent pour rembourser la dot, restreignant par la même les chances de Wafa de faire appel des conditions de son divorce. 

Bien qu’officiellement divorcée, Wafa s'est à nouveau enfuie en janvier 2012 car le même parent qui avait remboursé sa dot a tenté d’abuser d'elle sexuellement et a commencé à exercer des pressions afin qu’elle l’épouse. Il l’a également forcée à abandonner l'école et à mendier dans les rues pour qu’elle contribue à entretenir la famille. Wafa a échappé à cette situation et est maintenant temporairement hébergée dans un foyer pour mineurs où elle est scolarisée et poursuit une formation.

Egalité Maintenant est intervenu dans cette affaire (en s'appuyant sur la campagne qui vise à amener le Yémen à adopter une loi fixant un âge minimum de mariage) afin d’aider cette jeune fille à dépasser le traumatisme causé par son mariage précoce et de souligner les problèmes juridiques rencontrés par les filles dans les pays dans lesquels il n’existe pas d’âge minimum de mariage. Sans une loi interdisant les mariages d’enfants, et sans recours pour les enfants mariées voulant échapper à leur mariage sans avoir à rembourser leur dot (somme sur laquelle elles n'ont aucun contrôle), les filles comme Wafa demeurent sous une constante menace d'exploitation.

 

BRÉSIL : tourisme sexuel
D’innombrables filles sont victimes d’exploitation dans le cadre du tourisme sexuel. Les touristes sexuels se rendent dans des pays dans lesquels ils peuvent, en toute impunité, exploiter des femmes et des filles.

Egalité Maintenant institue des poursuites civiles aux États-Unis pour nombre de jeunes filles brésiliennes victimes d’exploitation sexuelle par des clients d’une société d'organisation d'expéditions de pêche au Brésil dirigée par un citoyen américain. Cet américain a organisé à l’intention d’autres américains des voyages de pêche sur l'Amazone. Ses employés et lui avaient pour pratique d’attirer des jeunes filles de communautés locales indigènes, dont certaines avaient à peine 12 ans, sur ses bateaux en leur promettant salaire contre des services de femme de chambre. Les filles étaient contraintes de se soumettre à des rapports sexuels avec les clients sur le bateau (certaines sont, suite à cela, devenues enceintes). Certaines ont également été forcées de réaliser des stripteases et de poser nues pour des photographies.

Egalité Maintenant s'est procuré les services bénévoles d'un cabinet d'avocats, et des poursuites au civil ont été déposées auprès un tribunal fédéral à Atlanta (là où se trouve la partie défenderesse) en juin 2011. Le juge a suspendu le procès en août 2011, tel que requis par les dispositions de recours en matière civile, en attendant la fin de l'enquête criminelle et d’éventuelles poursuites. Le juge a levé la suspension de l’affaire en novembre 2012 afin que le procès au civil puisse avoir lieu. Ce procès contre une société de tourisme sexuel est susceptible de faire jurisprudence car nous pensons qu’il pourrait s’agir de la première action au civil en vertu de la loi sur la traite introduite au nom de victimes du tourisme sexuel. Nous espérons que le procès débouchera sur une indemnisation des victimes et qu’il aura un effet dissuasif sur les touristes sexuels.

 

KENYA : viols collectifs
Par le biais de Federation of Women Lawyer, Kenya (FIDA-Kenya), nous nous sommes impliqués dans l’affaire Niara, une jeune fille de 17 ans venant de Kisumu, au Kenya, qui a été brutalement violée à deux reprises sans qu’à aucun moment la police n’intervienne contre les auteurs des faits.

Niara a d'abord été violée par son père et, suite à ce crime, est devenue séropositive et est tombée enceinte. Elle a signalé le viol mais la police n'a pris aucune mesure. Par la suite, après avoir reçu des menaces de la famille de son père, Niara a été violée par un groupe d'hommes qui ont également inséré des aiguilles dans son abdomen. Une nouvelle fois,  la police n’est pas intervenue.

Egalité Maintenant est intervenu dans cette affaire afin de  mettre en évidence les manquements de la police à ses devoirs dans les affaires de violence sexuelle à l’encontre des filles.

Niara est désormais en sécurité et elle poursuit ses études. Egalité Maintenant, avec notre partenaire FIDA-Kenya, étudie les stratégies à adopter en ce qui concerne les moyens de faire pression sur la police de Kisumu pour la forcer à enquêter sur cette affaire. Nous étudions également la possibilité d'intenter une action au civil contre la police pour défaut d’action.

 

OUGANDA : une jeune fille gravement handicapée victime d’inceste
En 2011, Egalité Maintenant, en partenariat avec Legal Action for Persons with Disabilities (LAPD - Action juridique pour les personnes handicapées), est intervenu dans le cas d'une jeune ougandaise lourdement handicapée (sourde, muette, aveugle et infirme) nommée Sanyu ayant eu un enfant à la suite d'un possible inceste. Sanyu vit maintenant dans un foyer pour personnes handicapées, mais elle s'est vue refuser tout accès à la justice car, du fait des graves handicaps graves dont elle est atteinte, elle n'a pas été en mesure d'identifier son violeur. Le gouvernement n’a pas voulu prendre à sa charge des tests ADN pour son enfant, son père et ses frères, qui sont suspects dans l’affaire de viol, et son bébé lui a été retiré.

Egalité Maintenant a réussi à lever des fonds pour des tests ADN et, après un plaidoyer soutenu auprès des autorités ougandaises,  a obtenu  la réouverture du dossier. Trois des suspects ont été appréhendés en août 2011 et des échantillons d'ADN ont été prélevés sur eux. La police a également prélevé des échantillons d'ADN sur Sanyu et son bébé pour qu’ils soient examinés par le laboratoire gouvernemental. Les tests n’avaient pas pu être effectués sur le dernier suspect, l'un des frères de Sanyu, car celui-ci s'était enfui. Les analyses ont traîné pendant plus d'un an et, quand les résultats ont enfin été connus, ils ont montré que, même si aucun des trois suspects n’était le père de l’enfant, celui-ci était génétiquement de la même ligne paternelle. A notre connaissance, aucune initiative n'a été prise par la police pour arrêter et faire tester le suspect restant, qui a été retrouvé mort début 2013. Avec nos partenaires, nous élaborons des stratégies afin de créer un précédent et que le gouvernement prenne des mesures spécifiques pour combattre et prévenir les violences sexuelles contre les filles atteintes d’un handicap.

Nous espérons que cette affaire mettra en lumière les questions de vulnérabilité des filles handicapées face à la violence et fera jurisprudence quant aux mesures que le gouvernement devrait prendre pour protéger les filles atteintes d’un handicap.

 

PAKISTAN : viols collectifs commis par la police
En 2011, par le biais de notre partenaire régional, Blue Veins, Egalité Maintenant s’est intéressé à Saba, une pakistanaise de 16 ans qui a été a été enlevée, détenue pendant un an, et violée à de nombreuses reprises par plusieurs personnes qui incluraient notamment des policiers et un membre civil de l'armée pakistanaise. Bien que traumatisée, elle a néanmoins été en mesure de donner des détails sur des caractéristiques distinctives et marques corporelles de certains des accusés. Nous sommes intervenus dans le but de créer un précédent pour mettre fin à l'impunité de la police dans les affaires de violence contre les femmes et les filles.

En décembre 2010, des policiers sont entrés chez Saba au prétexte qu’ils recherchaient son frère dans le cadre d’un délit mineur. Son frère n'était pas à la maison et Saba a été emmenée dans une maison où elle a été droguée et violée en réunion. En septembre 2011, Saba, désormais enceinte,  a réussi à s'échapper alors qu'elle était emmenée dans une voiture par deux hommes qui l’avait achetée à ses ravisseurs. Elle a depuis donné naissance à une petite fille en janvier 2012. Saba et sa famille, qui vivaient dans la pauvreté et tentaient de se battre pour obtenir justice malgré les soupçons de corruption policière et les menaces des intégristes locaux, ont été attaquées à la sortie du tribunal et le frère de Saba a été sauvagement abattu.

Bien que des témoins aient assisté à l’assassinat, le policier responsable de l’enquête a refusé d’agir. Les pressions exercées par les organisations de défense des droits humains et les médias ont incité le gouvernement pakistanais à prendre des mesures dans le cas des deux affaires. Suite aux demandes de la Haute Cour de Peshawar pour une enquête approfondie et de strictes mesures contre les auteurs des faits et les officiers de police qui ne sont pas intervenus dans les affaires de viol et d’homicide, en décembre 2011 14 personnes ont été arrêtées en rapport aux viols et 29 policiers ont été suspendus. Des échantillons d'ADN ont été prélevés sur le bébé et les violeurs présumés, mais ils n'ont permis d’identifier aucun des suspects. Le président de la Haute Cour de Peshawar a ordonné que Saba se soumette à plusieurs détecteurs de mensonge. Egalité Maintenant a écrit au tribunal  pour exprimer sa vive inquiétude à ce sujet : soumettre une victime de viol à des détecteurs de mensonge est psychologiquement dommageable et, étant donné le caractère non concluant de ces tests, très préjudiciable. Le 19 juin 2012, la Haute Cour de Peshawar a  cependant abandonné  son enquête dans cette affaire.

Le 31 janvier dernier, après le renvoi de l'affaire par la Haute Cour, le tribunal a acquitté les accusés, y compris plusieurs agents de police, qui étaient poursuivis pour viols collectifs. A la suite de cette décision, nous sommes inquiets pour la sécurité de Saba et de sa famille : elles ne bénéficient plus de la protection de l'Etat et ont déjà été ciblées pour avoir porté l'affaire en justice. Avec nos partenaires, nous évaluons les stratégies à adopter pour pouvoir la protéger.

Les prénoms ont été modifiés pour préserver l'anonymat des personnes concernées.