Inde : la demande de la traite d’êtres humains aux fins d’exploitation sexuelle: la responsabilité des acheteurs de sexe commercial

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Date: 
1 Mai 2008

« Naina a été violée par un vieil homme. Il m’est arrivé la même chose lorsque j’avais dix ans. Je hais les gens qui m’ont achetée et qui m’ont plongée dans ce cauchemar autant que les hommes qui étaient mes clients ! » (Meena, qui a survécu à la prostitution et dont la fille de 13 ans a été victime de la traite aux fins d'exploitation par la prostitution)

« Aucune petite fille ou jeune fille ne veut d’elle-même se livrer à la prostitution. Aucune ! Je pense que toutes les personnes pour lesquelles les vies des jeunes filles sont sacrifiées doivent être punies. Si la police commençait à arrêter les clients, les autres s’arrêteraient. Cela contraindra la société à imaginer des options de vie alternatives. » (Fatima, qui a survécu à la prostitution)

« Une fois, j’ai avalé du poison. La dernière fois, j’ai voulu mettre ma tête sur les rails ; mais j’ai songé : ‘qui s’occupera de ma famille si je meurs ?’ Ici, j’ai vu quelques filles s’ouvrir les veines. Je me suis tailladée les poignets à deux reprises, et j’ai vu le sang jaillir. Je me réveille en me demandant : ‘qui voudrait rester ici ?’ Mais qu’est-ce que je ferais alors ? Je veux donner une éducation à mon fils pour qu’il puisse faire son chemin dans la vie. » (Beenu, femme prostituée)

Meena, survécu à la prostitution

Beenu a été mariée à 13 ans. La même année, elle est tombée enceinte. Elle a vécu trois ans avec son mari, jusqu’à ce qu’il la mette à la porte. Elle a alors été contrainte de retourner chez ses parents. N’étant pas en mesure de subvenir aux besoins de son enfant, elle est partie pour Sonarpur pour tenter d’y trouver du travail en tant que domestique, laissant son jeune fils à ses parents. À Sonarpur, elle s’est liée d’amitié avec une jeune femme qui l'a droguée et l'a emmenée dans une maison close. Beenu a pensé qu’elle n’avait pas d’autre choix, qu’elle n’avait nulle part où aller, qu’elle n’avait reçu aucune éducation et ne possédait aucune compétence susceptible de lui ouvrir les portes du marché du travail, et qu’elle devait subvenir aux besoins d’un fils. Les sept premiers mois, la femme qui l'avait emmenée dans la maison close a confisqué la totalité de ce qu'elle gagnait. Sept à huit hommes achetaient quotidiennement son corps, pour 50 Rs (1,25 $ US) par éjaculation ou 200 Rs (US$5) pour la nuit. Il lui arrivait de gagner jusqu’à 100 Rs (2,50 $ US) par jour. La patronne de la maison close en gardait la moitié. Beenu payait 10 Rs (25 c. US) pour la nourriture et entre 15 Rs et 20 Rs (50 c. US) pour les médicaments, le tabac ou l’alcool. Elle arrive à économiser environ 600 Rs (15 $ US) par mois, qu’elle doit utiliser pour s’acheter des vêtements et du maquillage. Elle parvient seulement à économiser 200 Rs (5 $ US) par mois pour son fils. Beenu décrit ainsi le genre d’hommes qui fréquentent la maison close : « nombreux sont ceux qui consomment de l’alcool avant de venir ici. Certains veulent des trucs pervers. Si on refuse, ils se comportent abominablement. Ils vous battent ou vous mordent. » Beenu ne peut pas se protéger du VIH/SIDA. « Rares sont les hommes qui acceptent d’utiliser un préservatif », dit-elle. « Et s’ils ne veulent pas, je ne peux pas les y contraindre. » Elle ne peut pas non plus refuser l’un ou l’autre de ces acheteurs de sexe commercial, car si elle agissait de la sorte, elle serait battue par le propriétaire de la maison close ou abandonnée sans autre moyen de survivre. Beenu a tenté de mettre fin à ses jours à plusieurs reprises. « Auparavant, j’avais fréquemment le sentiment que cela ne servait à rien de continuer à vivre », raconte-t-elle.

Les autorités indiennes étudient actuellement une réforme de la législation en matière de traite et de prostitution. Le projet de loi de 2006 portant réforme de la loi relative à la traite immorale (prévention) (Immoral Trafficking (Prevention) Amendment (ITPA) Bill 2006) propose des changements importants dans un certain nombre de domaines, parmi lesquels la dépénalisation de la prostitution pour les femmes prostituées et la pénalisation de l’achat de femmes prostituées. Des groupes tels qu’Apne Aap Women Worldwide, une organisation dirigée par des survivantes, née en 1998 sous la forme d’une initiative locale destinée aux femmes prostituées des bas fonds de Mumbai, ont fait du plaidoyer en faveur des changements proposés. Ils doivent toutefois faire face à une opposition croissante à la disposition qui pénaliserait les acheteurs, contenue dans l'article 5C du projet de loi. L’un des arguments avancés par les adversaires de la réforme tient dans la conviction que la réglementation de la prostitution, et de ce fait, sa légalisation, garantirait l’utilisation de préservatifs permettant de prévenir la transmission du VIH/SIDA, très répandu dans l'industrie du sexe. Même si l’utilisation de préservatifs a un effet bénéfique en empêchant la diffusion de maladies sexuellement transmissibles et du VIH/SIDA, l’approche de la prostitution qui sous-tend la disposition relative au préservatif omet de prendre en compte le fait que les femmes prostituées, ainsi que l’explique Beenu plus haut, ne sont pas en mesure de contraindre les acheteurs de sexe commercial à utiliser des préservatifs. La réglementation de l’industrie du sexe n’a pas, à ce jour, permis de réaliser des progrès significatifs quant à la négociation de l'utilisation de préservatifs. En fait, dans les pays dans lesquels la prostitution a été légalisée, un commerce illégal du sexe a fleuri en parallèle et la traite des femmes augmente pour répondre à la demande de prostitution.

Il serait plus efficace de combattre la crise du VIH/SIDA, ainsi que les crises de vie des jeunes filles et des femmes comme Beenu, en réduisant, plutôt qu’en encourageant, l'industrie du sexe commercial, qui joue un rôle considérable dans la diffusion du VIH/SIDA. La réduction de la demande de femmes prostituées et la pénalisation des comportements des acheteurs de sexe commercial, telle que prévue par l'article 5C du projet de loi ITPA, constituent à cet égard des étapes essentielles. Dans le même temps, des programmes durables doivent être proposés afin d'offrir aux femmes et aux jeunes filles prostituées des alternatives réelles à la prostitution. Cette politique est conforme à l’article 14 de la Constitution de l’Inde, qui garantit l’égalité devant la loi et la protection égale de la loi, ainsi qu’aux dispositions de la Convention pour la répression et l’abolition de la traite des êtres humains et de l’exploitation de la prostitution d’autrui (la Convention de 1949) à laquelle l’Inde est partie. En vertu de l’article 16 de la Convention de 1949, les Etats parties conviennent « de prendre ou d’encourager, par l’intermédiaire de leurs services sociaux, économiques, d’enseignement, d’hygiène et autres services connexes, qu’ils soient publics ou privés, les mesures propres à prévenir la prostitution et à assurer la rééducation et le reclassement des victimes de la prostitution ».

D’après les rapports des pouvoirs publics et des ONG, des centaines de milliers, voire des millions, de femmes et de jeunes filles seraient ainsi victimes de la prostitution en Inde, dont un grand nombre du fait de la traite d’êtres humains à des fins d’exploitation sexuelle. La majorité des femmes prostituées et victimes de la traite d’êtres humains en Inde sont originaires des “basses” castes (ou considérées comme telles), de même que nombre de petites filles et de jeunes filles, dont certaines tombent entre les griffes de l'industrie du sexe commercial dès l'âge de 13 ans. En mars 2007, le Comité des Nations Unies pour l’élimination de la discrimination raciale a fait part à l’Inde de son inquiétude concernant l'exploitation sexuelle des femmes dalit (la caste “inférieure”) et de régions tribales victimes de la traite à des fins de prostitution. Le Comité permanent des ressources humaines et du développement du Parlement indien a, lui-même, à l'occasion de la discussion, en novembre 2006, du projet de loi ITPA 2006, attiré l'attention sur « le fait que la prostitution fondée sur la caste et la religion continuait à exister », relevant que les « trafiquants utilisaient clandestinement cette voie pour alimenter les réseaux de prostitution ». En dépit de l’article 15 de la constitution indienne, qui interdit les discriminations fondées sur la religion, la race, la caste, le sexe ou le lieu de naissance, l’exploitation des femmes et des jeunes filles continue.

Kumkum, survivante de l’industrie du sexe commercial, a déposé devant le parlement en faveur des modifications qu’il est proposé d’apporter au Projet de loi : « la douleur que j’ai gardée au fond de moi des années durant n’est pas seulement la mienne. Elle est partagée par des milliers de mes sœurs, qui sont piégées dans la prostitution et qui sont des victimes de proxénètes et de trafiquants. C’est la raison pour laquelle je voudrais l'exprimer pour toutes. Lorsque l’on nous a dit que l’article 5C, qui fera du fait de nous demander des relations sexuelles dans un cadre prostitutionnel, serait inclus dans la loi, nous nous sommes sentis soulagées, parce que, les vrais criminels, ce sont eux. »

Comment agir: 

Ecrivez aux personnes ci-dessous, en appelant les autorités indiennes à adopter des mesures vigoureuses pour mettre fin à la traite d’êtres humains et à leur exploitation sexuelle commerciale, y compris l’article 5C de la loi de 2006 portant réforme de la loi relative à la traite immorale (prévention) (Immoral Trafficking (Prevention) Amendment (ITPA) Bill 2006), qui réprimerait l’achat de sexe prostitué. Demandez-leur de s’attaquer au problème sous-jacent de l’inégalité des sexes et au système qui permet l’exploitation à des fins sexuelles des personnes les plus marginalisées au sein de la société, et notamment des femmes et des enfants de “basse” caste. Demandez au gouvernement indien de mettre en place des programmes destinés à offrir des alternatives viables à la prostitution, afin que les femmes comme Beenu, Meena, Fatima et d’autres, disposent d’options alternatives pour gagner leur vie et faire vivre leur famille.

Prime Minister Dr Manmohan Singh
Prime Minister’s Office
South Block, Raisina Hill
New Delhi, 110011, INDIA
Email: pmosb@pmo.nic.in
Fax: +91 (0)1123016857

Mrs. Sonia Gandhi, President
Indian National Congress
10 Janpath/24 Akbar Road
New Delhi, 110011, INDIA
Email: soniagandhi@sansad.nic.in
Fax: +91 (0)1123017047

Shri Kapil Sibal, Minister of State
Science & Technology/Earth Sciences
19, Teen Murti Marg
New Delhi, 110011, INDIA
Email: ksibal@sansad.nic.in
Fax: +91 (0)1123018705